L'école des princesses : chapitre 95

95) Une princesse à délivrer

Lorsque le roi reçut le message de son vassal, il en fut profondément bouleversé. Même s'il savait sa fille en bonne santé grâce à ses entretiens avec elle, il la croyait perdue pour toujours, prisonnière dans une contrée lointaine et inconnue. Et à présent, son enfant avait été aperçue deux jours de suite dans le royaume pour la première fois depuis qu'il l'avait perdue. Cela signifiait aussi que le monstre qui la retenait prisonnière était aussi de retour, et que si la créature était vaincue, sa fille pourrait enfin revenir à lui. Aussi, il fit proclamer dans l'ensemble de son royaume qu'il offrirait la main de sa fille et, de ce fait, le titre de prince héritier, à celui qui parviendrait à la délivrer en terrassant le dragon.

A la suite de cette annonce, bien des jeunes hommes décidèrent de se rendre au fief de Viersoul, où la princesse et le dragon avaient été signalés, afin de tenter leur chance. Les héritiers des familles nobles du royaume en constituaient la majorité, mais on comptait aussi des personnes d'origine modeste qui avaient appris le maniement des armes, et même des princes étrangers. Leurs motivations incluaient l'espoir d'un mariage apportant un royaume en dot, la quête de la gloire et la notoriété par une action héroïque, ou, plus modestement, le désir de porter secours à une belle jeune femme en détresse.

C'est dans cette atmosphère d'effervescence que, un mois après la première apparition de la princesse dans le royaume, Marie Fabre revint chez la Francine. Au village, tous ne parlaient que des  apparitions du dragon et de sa captive, ou bien du dernier jeune noble qui était passé dans le village avant d'affronter le monstre. Chacun attendait avec impatience les dernières nouvelles. Mais Marie ne s'intéressait guère à tous ces bavardages, préférant se focaliser sur sa mission éducative. Pendant les jours qui suivirent, elle reçut des paysans désireux d'acquérir une instruction. Elle les informa de son projet de créer une nouvelle classe et accepta d y inscrire ceux qui lui paraissaient les plus motivés, tout en les avertissant que les cours ne commenceraient pas avant plusieurs mois, le temps de tout mettre en place, et surtout de trouver un nouveau précepteur. A la fin de la saison des récoltes, elle retrouva ses élèves, et, au cours des mois qui suivirent, aborda avec eux un programme incluant la lecture et l'analyse de pièces de Jean Polequin en classe de lettres, la découverte des nombre décimaux simples et des fractions, ainsi que l'apprentissage des divisions en classe de calcul.

Mais bien qu'elle fît tous ses efforts pour intéresser ses élèves, elle ne pouvait les empêcher de se passionner par les évènements incessants qui se déroulaient autour d'eux, et leurs innombrables rebondissements. Elle ne pouvait guère leur en vouloir, car elle savait qu'elle en était la cause directe.
Depuis l'annonce de son père, elle ne cessait de voir arriver les uns après les autres tous ces aspirants sauveurs. Parfois, sous son identité de Marie Fabre, elle tentait de faire connaissance avec certains d'entre eux avant leur confrontation avec le dragon. Elle percevait sur leurs visages et dans leurs discours des rêves d'aventures, de renommée, d'honneurs, d'amour, de romance et parfois, à son grand dégoût, de richesses et de pouvoir.

Mais tous ces espoirs étaient voués à se briser face à la dure réalité. En effet, s'ils furent nombreux à essayer de vaincre le dragon, toutes les tentatives se révélèrent vouées à l'échec. Certains, terrifiés à la simple vue du monstre, rebroussaient chemin sans même engager l'affrontement ; et figuraient souvent parmi eux ceux qui s'étaient le plus vantés de leur courage et de leur habileté avant d'être confrontés à l'épreuve. D'autres perdaient tous leurs moyens dès que le dragon commençait à répondre à leurs attaques, et, rapidement désarmés, étaient contraints de fuir. Néanmoins, quelques uns révélèrent un vrai courage dans leur confrontation avec l'immense créature, et celle-ci montra quelque difficultés à repousser leurs attaques. Mais le dragon se révélait imperméable à leurs assauts, car il avait entouré de sortilèges protecteurs toutes les régions sensibles de son corps. Les combats se terminaient soit par la fuite, soit par la capture de l'adversaire du monstre. Celui-ci proposait toujours à son ennemi vaincu sa liberté, s'il reconnaissait sa défaite et s'engageait à quitter le fief et de ne plus y revenir. Si certains se résignaient à accepter, d'autres, plus fiers, refusaient de s'avouer vaincu tant que le combat ne s'était pas conclu par la mort d'un des assaillants. Bien que cette option le répugnât profondément, Drake était contraint d'enfermer ces adversaires récalcitrants dans une prison souterraine enchantée, se promettant de les libérer dès que les circonstances le lui permettraient.
Quant à la princesse, elle observait toutes ces tentatives infructueuses avec un mélange de résignation et de soulagement. Elle éprouvait parfois de la sympathie pour ces jeunes hommes qui venaient risquer leur vie pour elle. Mais elle ne pouvait cautionner la démarche de son père qui la traitait comme une récompense à remporter. Néanmoins, elle ne pouvait que constater l'impasse dans laquelle elle se trouvait. Comment faire pour que la princesse Marie puisse enfin recouvrer la liberté?  

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