L'école des princesses : chapitre 90
90) Le faux percepteur
Mais l'évènement qui marqua le plus les esprits, et persuada les plus sceptiques de l'intérêt de l'éducation survint près de trois ans après l'arrivée de Marie au village. A cette époque, un étrange personnage parcourait les campagnes du royaume. Se déplaçant en chariot en compagnie de deux complices, il se présentait devant les paysans comme le percepteur chargé de collecter les impôts au nom du roi. Afin d'appuyer ses propos, il présentait un document au bas duquel était apposé le sceau royal. Après avoir ainsi persuadé ses victimes, en tirant avantage de leur illettrisme, il pouvait leur prendre en argent ou en nature l'équivalent du montant de la taxe. Les bandits se partageaient alors le butin, vendant régulièrement la marchandise volée au grand port. Ils avaient ainsi dépouillé de nombreux paysans lorsqu'ils arrivèrent dans un des villages du fief de Viersoul. Suivant leur habitude, ils se rendirent de maison en maison pour la "collecte de l'impôt". Ils avaient déjà réussi à duper quelques habitants lorsqu'ils entrèrent dans une petite ferme. Après avoir expliqué le motif de leur visite, le père de famille demanda :
"Et comment qu'je sais que c'est bien le roi qui vous a dit d'chercher la taxe?
- Regardez ce document, répondit le chef de la bande, indiquant une feuille de papier. Voyez ce sceau : c'est celui du roi. Il prouve que c'est lui-même qui m'a confié ce rôle.
- Est ce que j'peux moi aussi voir le document?" interrogea à son tour Nicole.
Le faux collecteur d'impôts, espérant impressionner son interlocutrice, lui montra à son tour son papier. Mais Nicole avait à peine posé les yeux quelques instants sur la feuille qu'on lui tendit qu'elle éclata de rire. Tous la regardèrent complètement déconcertés tandis que la jeune paysanne s'esclaffait.
Enfin maîtrisant son hilarité, elle dit :
"Vot' papier, ça peut pas être le roi qui l'a écrit. Le roi, il écrirait pas comme ça, c'est pas possible. Il ne laisserait pas un document aussi important avec autant de fautes d'orthographe et de grammaire. Et puis, les phrases seraient mieux construites, et le style meilleur. Non, c'document est un faux, y a aucun doute là dessus".
Voilà en effet ce que Nicole avait lu :
"Moi, le roi, je dis que meussieu filip Targon, avec ses homes, ils sont la pour prendre les zimpos. quand ils dise queq'chose, il faut obeir et y peuve faire c'qui veule si cé pour avoir les sous. et cé come sa et pa otreman. y faut leur doner vot' arjan".
Alors que les bandits n'avaient pas encore eu le temps de se remettre de leur surprise en voyant leur ruse démasquée, la mère sortit précipitamment de la ferme et appela les passants dans la rue :
"Au voleur, au voleur. Les gens qui disent qu'ils sont là pour la taxe, ce sont des voleurs. A l'aide, au secours".
Dans la ferme, les autres membres de la famille s'approchèrent avec colère les trois escrocs. Mais ceux-ci avaient repris leurs esprits, et après avoir repris leur faux document des mains de Nicole, se précipitèrent à l'extérieur de la ferme pour prendre la fuite. Mais à peine étaient ils sortis qu'ils furent encerclés par un groupe de villageois qui les empêchèrent de passer, se saisirent d'eux et les frappèrent. Les voleurs, complètement dépassés par le nombre de leurs assaillants et incapables de se défendre, gisèrent bientôt presque assommés sur le sol. Ils furent ensuite solidement attachés avec des cordes, sous la garde de trois solides gaillards, tandis qu'une délégation de paysans se rendit au château du seigneur. Quelques temps plus tard, une dizaine de gardes arrivèrent au village, s'emparèrent des trois hommes et confisquèrent leurs chariot. Après que tous les biens volés aux habitants furent restitués à leurs légitimes propriétaires, les criminels furent emmenés, avec leur véhicule, au château du seigneur, qui les fit enfermer dans ses cachots.
Au village, Nicole était devenue l'héroïne du jour. Tous étaient admiratifs devant la jeune fille qui avait réussi à protéger leurs biens en déjouant les plans des bandits. A ceux qui lui demandaient comment elle avait fait, elle répondait avec fierté :
"Eh, vous voyez ce que c'est que d'avoir de l'éducation. Tous ceux qui m'avaient traité de feignasse parce que j'allais en cours au lieu de travailler, ils font moins les malins maintenant. Avant, quand j'étais pas instruite, un méchant seigneur faisait ce qu'il voulait de moi, et maintenant, voilà que j'arrive à faire attraper des voleurs. Vous voyez, la Marie avait raison, que l'éducation c'est bien utile".
Mais l'évènement qui marqua le plus les esprits, et persuada les plus sceptiques de l'intérêt de l'éducation survint près de trois ans après l'arrivée de Marie au village. A cette époque, un étrange personnage parcourait les campagnes du royaume. Se déplaçant en chariot en compagnie de deux complices, il se présentait devant les paysans comme le percepteur chargé de collecter les impôts au nom du roi. Afin d'appuyer ses propos, il présentait un document au bas duquel était apposé le sceau royal. Après avoir ainsi persuadé ses victimes, en tirant avantage de leur illettrisme, il pouvait leur prendre en argent ou en nature l'équivalent du montant de la taxe. Les bandits se partageaient alors le butin, vendant régulièrement la marchandise volée au grand port. Ils avaient ainsi dépouillé de nombreux paysans lorsqu'ils arrivèrent dans un des villages du fief de Viersoul. Suivant leur habitude, ils se rendirent de maison en maison pour la "collecte de l'impôt". Ils avaient déjà réussi à duper quelques habitants lorsqu'ils entrèrent dans une petite ferme. Après avoir expliqué le motif de leur visite, le père de famille demanda :
"Et comment qu'je sais que c'est bien le roi qui vous a dit d'chercher la taxe?
- Regardez ce document, répondit le chef de la bande, indiquant une feuille de papier. Voyez ce sceau : c'est celui du roi. Il prouve que c'est lui-même qui m'a confié ce rôle.
- Est ce que j'peux moi aussi voir le document?" interrogea à son tour Nicole.
Le faux collecteur d'impôts, espérant impressionner son interlocutrice, lui montra à son tour son papier. Mais Nicole avait à peine posé les yeux quelques instants sur la feuille qu'on lui tendit qu'elle éclata de rire. Tous la regardèrent complètement déconcertés tandis que la jeune paysanne s'esclaffait.
Enfin maîtrisant son hilarité, elle dit :
"Vot' papier, ça peut pas être le roi qui l'a écrit. Le roi, il écrirait pas comme ça, c'est pas possible. Il ne laisserait pas un document aussi important avec autant de fautes d'orthographe et de grammaire. Et puis, les phrases seraient mieux construites, et le style meilleur. Non, c'document est un faux, y a aucun doute là dessus".
Voilà en effet ce que Nicole avait lu :
"Moi, le roi, je dis que meussieu filip Targon, avec ses homes, ils sont la pour prendre les zimpos. quand ils dise queq'chose, il faut obeir et y peuve faire c'qui veule si cé pour avoir les sous. et cé come sa et pa otreman. y faut leur doner vot' arjan".
Alors que les bandits n'avaient pas encore eu le temps de se remettre de leur surprise en voyant leur ruse démasquée, la mère sortit précipitamment de la ferme et appela les passants dans la rue :
"Au voleur, au voleur. Les gens qui disent qu'ils sont là pour la taxe, ce sont des voleurs. A l'aide, au secours".
Dans la ferme, les autres membres de la famille s'approchèrent avec colère les trois escrocs. Mais ceux-ci avaient repris leurs esprits, et après avoir repris leur faux document des mains de Nicole, se précipitèrent à l'extérieur de la ferme pour prendre la fuite. Mais à peine étaient ils sortis qu'ils furent encerclés par un groupe de villageois qui les empêchèrent de passer, se saisirent d'eux et les frappèrent. Les voleurs, complètement dépassés par le nombre de leurs assaillants et incapables de se défendre, gisèrent bientôt presque assommés sur le sol. Ils furent ensuite solidement attachés avec des cordes, sous la garde de trois solides gaillards, tandis qu'une délégation de paysans se rendit au château du seigneur. Quelques temps plus tard, une dizaine de gardes arrivèrent au village, s'emparèrent des trois hommes et confisquèrent leurs chariot. Après que tous les biens volés aux habitants furent restitués à leurs légitimes propriétaires, les criminels furent emmenés, avec leur véhicule, au château du seigneur, qui les fit enfermer dans ses cachots.
Au village, Nicole était devenue l'héroïne du jour. Tous étaient admiratifs devant la jeune fille qui avait réussi à protéger leurs biens en déjouant les plans des bandits. A ceux qui lui demandaient comment elle avait fait, elle répondait avec fierté :
"Eh, vous voyez ce que c'est que d'avoir de l'éducation. Tous ceux qui m'avaient traité de feignasse parce que j'allais en cours au lieu de travailler, ils font moins les malins maintenant. Avant, quand j'étais pas instruite, un méchant seigneur faisait ce qu'il voulait de moi, et maintenant, voilà que j'arrive à faire attraper des voleurs. Vous voyez, la Marie avait raison, que l'éducation c'est bien utile".
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