L'école des princesses : chapitre 102

102) Epilogue

Au cours des jours qui suivirent, des festivités furent organisés pour célébrer le retour de la princesse, d'abord au château de Viersoul, puis, après le retour de Marie et ses parents dans la capitale, au palais royal. Si le personnel du palais en voulut un peu à la princesse de leur avoir caché la vérité, en particulier lors de son séjour pour sa formation, l'affection et la fierté l'emportèrent aisément sur un quelconque ressentiment. Thomas apprit avec un mélange de surprise et joie que ses efforts, loin d'avoir été vains, avaient joué un rôle déterminant dans la libération de sa jeune maîtresse et amie. Heureux et fier, il impressionna durant les fêtes données au palais par son jeu virtuose au luth.

Le récit de l'extraordinaire aventure de la princesse se répandit dans l'ensemble du royaume et passionna ses habitants. Lorsque Jean Pierre Corcine apprit que l'auteur qu'il avait traitée avec tant de rudesse n'était autre que la princesse, il ressentit une telle honte qu'il se présenta personnellement devant elle pour s'excuser de son comportement. Celle-ci pardonna sans hésitation au vieux dramaturge qui eut le plaisir d'apprendre que ses oeuvres occuperaient une place de choix dans l'instruction des élèves.

Dès la fin des célébrations, Marie consacra en effet toute son énergie à la poursuite de sa grande oeuvre éducative. D'abord, elle fit envoyer deux précepteurs au fief de Viersoul, l'un pour la remplacer auprès de ses élèves, et l'autre pour prendre en charge la nouvelle classe dont elle avait inscrit les membres à la fin de l'été de l'année précédente. Ensuite, elle parcourut le royaume à la rencontre des seigneurs et bourgmestres, afin de s'assurer leur collaboration pour la mise en place d'établissements consacrés à l'instruction. Pendant cette période, elle rencontra un jeune duc qui, passionné par le projet de la princesse, se révéla un allié et un collaborateur indispensable. Bientôt, les deux jeunes gens s'éprirent l'un de l'autre, et, un an après leur rencontre, leurs fiançailles furent annoncées. Quelques mois plus tard, leur mariage fut célébré .

Afin de disposer du nombre d'enseignants nécessaires pour instruire son peuple, la princesse fonda dans la capitale un grand centre de formation pour les précepteurs. Jeanne et Nicole comptèrent parmi les premiers étudiants qui s'y inscrivirent, dès qu'elles eussent complété leur propre instruction. Lorsqu'elle emménagea dans la capitale pour sa formation, Jeanne amena avec elle ses grands-parents, la Francine et l'Antoine. Ils furent hébergés dans un logement fourni par la princesse elle-même, et le vieux couple de paysans put enfin, après une longue vie de dur labeur, profiter d'un repos bien mérité. Ils consacrèrent leur retraite à acquérir eux mêmes de l'instruction, bénéficiant de l'aide de leur petite fille, et tous les étés, ils applaudirent leur neveu au grand théâtre, où ils disposaient de sièges qui leur étaient réservés, lors du passage annuel à la capitale de la Compagnie de la Libre Comédie.

Pendant les premières années qui suivirent sa libération, Marie se consacra exclusivement à la mise en place du système éducatif pour tous dans son royaume, y compris en donnant elle-même des cours au centre de formation afin de transmettre son expérience aux futurs enseignants. Ensuite, elle fut forcée de limiter son investissement, afin de se préparer pour la succession de son père qui la forma au dur métier de souverain. Lorsqu'il considéra qu'elle était prête à le remplacer et qu'il se jugea lui-même inapte à continuer à assumer convenablement ses responsabilités de monarque, le vieux roi abdiqua en faveur de sa fille. Le long règne de la reine Marie dite "Fabre" se révéla une période de paix et de prospérité pour le royaume qui bénéficia de la forte alphabétisation de sa population ainsi que d'une diplomatie prudente et conciliante.

Toute sa vie, Marie resta fidèle à son amitié avec Drake. Après la libération de la princesse, le dragon était retourné au Pays Enchanté, afin de prêter main-forte à sa famille dans leur travail de gardiens des vallées de leur contrée. Grâce à leur amie au royaume des humains, la surveillance de ce dernier ne se justifiait plus. Marie et Drake se donnaient régulièrement de leurs nouvelles grâce à leurs médaillons et se rendaient visite aussi souvent que possible. Le dragon créait alors un portail magique qui s'ouvrait dans les appartements privés de son amie, qui le rejoignait alors, accompagnée par la suite de son mari, puis des enfants qui naquirent de leur union, dans la caverne où il les attendait. Chaque année, tous se réunissaient afin de profiter de quelques jours de détente dans les Pyralpes. Et occasionnellement, Marie et, lorsqu'ils furent considérés comme suffisamment dignes de confiance pour garder le secret, son mari et leurs enfants, se rendaient au Pays Enchanté pour visiter la famille de Drake. Les dragons se passionnaient pour la vie de princesse héritière puis de souveraine de leur amie, et ne tarissaient jamais d'éloges sur son travail remarquable en faveur de l'éducation.

Dans la capitale, une grande statue de bronze rend hommage à l'oeuvre de la reine Marie dite "Fabre". La souveraine, couronnée et vêtue de sa robe royale, est représentée assise à sa table de travail en train d'écrire sur une feuille de papier, un livre ouvert à ses côtés.


FIN

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