L'école des princesses : chapitre 101

101) Retour et révélations de la reine et de la princesse

Lorsque le roi s'éveilla ce matin là, il constata rapidement l'absence de son épouse. Peu après, il apprit que la présence du dragon avait été signalée. Redoutant qu'il soit arrivé un malheur à sa femme, il appela le seigneur et se rendit avec lui et sa garde en direction de la colline où le monstre séjournait. A leur arrivée, ils retrouvèrent le cheval de la reine sans sa cavalière. Approchant avec précautions de la caverne, ils ne virent nulle trace du dragon, de la princesse ou de la souveraine. Le roi, désespéré, se blâma de n'avoir pu empêcher son épouse de s'être exposée au danger. Mais après de longues minutes d'attente, un garde aperçut deux femmes qui sortaient de la caverne. Le roi reconnut avec soulagement son épouse, puis avec un ébahissement mêlée d'une immense joie, sa fille bien-aimée.
Lorsque la reine vit son époux, ainsi que ses compagnons, elle leur annonça :
"Le dragon a disparu. Ma fille est enfin libre".
Tous s'immobilisèrent de stupeur. Contre toute attente, la reine avait réussi à délivrer la princesse du monstre, alors que tous ceux qui l'avaient précédée, même les plus braves avaient échoué. Immédiatement, le roi se précipita en direction de son épouse et de sa fille enfin retrouvée et les embrassa. Enfin, le cauchemar était terminé et la famille était enfin réunie. Lorsqu'il lui demanda comment elle avait réussi cet exploit, la reine répondit à son époux:
"Vous saurez tout à notre retour. Mais ma fille est à présent très fatiguée. Qu'on lui amène un cheval"
Et bientôt, la famille royale, escortée par le seigneur et ses gardes, retournèrent au château.
A leur arrivée, la princesse échangea quelques mots avec sa mère, puis se retira dans la chambre qui lui fut fournie pour prendre du repos. Après avoir ordonné que sa fille ne soit dérangée sous aucun prétexte, la reine rejoignit le seigneur, et lui demanda de faire venir au château la Francine et sa famille, ainsi que les élèves de la classe de Marie Fabre. Geoffroy de Viersoul s'étonna de cette requête insolite, mais donna des ordres pour que les ordres de la souveraine soient exécutés. Puis, cette dernière retrouva son mari pour une longue conversation privée.
La nouvelle de la libération de la princesse s'était rapidement répandue dans le fief. Tous étaient stupéfaits et incrédules devant cette information sensationnelle et l'extraordinaire exploit de la reine. C'est dans ce contexte que les serviteurs du seigneur réunirent les personnes convoquées par la souveraine, et les amenèrent au château, sous les regards perplexes de la population. Bientôt, tous furent amenés vers la grande salle où, un peu anxieux, ils attendirent la suite des évènements. Peu après, le couple royal et leur fille ainsi que le couple seigneurial entrèrent et s'installèrent sur leur sièges.
Puis, la reine se leva et s'adressa en souriant aux paysans réunis :
"Bonjour, mes amis. Aujourd'hui est jour de joie pour mon époux et moi-même, car après de longues années d'absence, notre fille est enfin à nouveau revenue parmi nous. Et je puis vous confirmer les rumeurs qui affirment que c'est moi-même qui l'ai délivrée du dragon. Mais vous vous demandez tous comment une femme sans entraînement pour le combat a pu réussir là où les plus valeureux avaient échoué. Il est temps à présent que je vous fournisse la réponse à vous tous réunis : j'ai réussi parce qu'à la différence de tous ceux qui m'avaient précédée, je connaissais le véritable motif qui retenait ma fille captive. En effet, contrairement aux apparences, ce n'était pas du dragon que la princesse était prisonnière, mais d'un terrible secret qu'elle ne pouvait révéler. Et c'est en le découvrant que je suis parvenue à libérer mon enfant bien-aimée.
Mais vous devez vous interroger sur la raison pour laquelle je vous ai fait venir ici et vous révèle tout cela. Je l'ai fait à la demande de ma fille, qui a estimé que vous deviez être les premiers à être informés de ce secret. Marie, peux tu nous rejoindre, je te prie?"
La princesse se leva à son tour, puis, avec hésitation, se rapprocha de sa mère et des paysans. Ensuite, elle sortit son médaillon, puis le caressa en prononçant quelques paroles. Un instant après, elle était devenue Marie Fabre.
Devant ce miracle, tous s'immobilisèrent de stupeur et d'effroi et un grand silence se fit dans la salle. Celui-ci fut rompu par un grand cri tandis la Francine s'évanouit, submergée par le choc que constituait cette révélation. Elle revint bientôt à elle, en marmonnant d'une voix confuse :
"La princesse. C'est la princesse qu'était chez moi pendant tout'c'temps".
Bientôt, de nouvelles voix se levèrent parmi les paysans :
"C'était donc vous, Votre Majesté qui avez partagé si longtemps nos peines et nos joies?" demanda Jeanne avec hésitation.
"C'était vous, Votre Altesse, qui fûtes ma compagne d'infortune lors de cette terrible journée?" ajouta Nicole.
"Et vous aussi, qui toutes ces années nous avez appris toutes ces choses?" interrogèrent à leur tour plusieurs membres de sa classe.
"Oui, bonne mère, oui, Jeanne, Nicole, oui, mes chers élèves, c'était bien moi répondit alors Marie. Peu après avoir été enlevée par le dragon, celui-ci me rendit ma liberté, à condition que je revienne dans le royaume sans être reconnue, et, dans ce but, a ainsi modifié mon apparence. Devenue Marie Fabre, je parcourus pendant de longues années mon royaume, exerçant divers métiers tels que boulangère, actrice et dramaturge à la Compagnie de la Libre Comédie, avant d'arriver dans votre village pour aider la Francine à l'époque où son époux l'Antoine était blessé. C'est auprès de vous que j'appris le plus, et que je découvris votre terrible vulnérabilité devant ceux qui utilisent vos faiblesses pour abuser de leur pouvoir. Et c'est grâce à vous que j'ai découvert ce dont mon royaume avait le plus besoin : aider les plus vulnérables à pouvoir se défendre face à ceux qui voudraient profiter d'eux. C'est pourquoi, au cours des années qui suivirent, je me suis consacré à vous apporter cet atout remarquable que représente l'éducation. Et c'est la raison pour laquelle j'ai jugé que vous deviez être les premiers, après mes parents, à connaître ma véritable identité.
Bonne mère, (car vous resterez toujours pour moi "Bonne mère"), bon père, je ne pourrai jamais assez vous remercier de tout ce que vous avez fait pour moi. Votre hospitalité et votre bonté resteront gravées à jamais dans ma mémoire. Je vous promets de veiller à ce que vous soyez à l'abri du besoin jusqu'à la fin de vos jours. Mes chers élèves, je vous dois tant, car sans vous, jamais je n'aurais pu réussir mon projet éducatif et et persuader les autres paysans de son utilité. J'ai le regret de vous annoncer qu'à partir de ce jour, je ne pourrai plus continuer à assurer les cours, car bien des obligations m'appellent à la cité royale. Néanmoins, je vous promets que j'enverrai dès que possible un précepteur qui me remplacera pour terminer votre instruction. Pour terminer, je vous demande pardon à vous tous de vous avoir caché pendant si longtemps ma véritable identité."
Pendant quelques instants, pas un mot ne fut prononcé lorsque la princesse eut terminé de parler. Mais bientôt, la Francine s'approcha de Marie et la prit dans ses bras d'un geste bourru, mais plein d'affection.
"Mamzelle Marie, p'tet que vot' corps était l'faux, mais y a une chose que j'sais moi, c'est qu'vot coeur, il était vrai. Alors vous savez, qu'vous soyez princesse ou pas, qu'est que ça fait? Quand j'vois tout c'que vous avez fait pour nous, moi j'dis qu'y a qu'une chose à dire, c'est merci. Et puis c'est pas tous les jours qu'une princesse parl' si gentiment à celle qui l'a tant grondée quand elle plantait pas ben les radis"
A ce moment, la salle éclata de rire, et Marie ressentit enfin l'angoisse qui la dévorait depuis son entrée dans la grande salle s'évanouir enfin. Bientôt, l'Antoine, les enfants puis tous ses élèves vinrent l'embrasser à leur tour et la remercièrent de tout ce qu'elle avait fait pour eux. Un immense bonheur envahit enfin le coeur de Marie. Enfin, sa délivrance était complète.
C'est à ce moment que le roi, qui était resté jusqu'alors silencieux, se leva à son tour pour faire une déclaration :
"A vous tous réunis ce jour dans cette salle, je vous annonce de manière solennelle que, au vu de des immenses services que ma fille Marie a rendu à mon royaume, j'ai décidé de modifier les règles de succession à la couronne. Désormais, celle-ci sera aussi ouverte aux filles, et je déclare la princesse Marie comme l'héritière officielle du trône. Lorsqu'elle décidera, et le choix sera le sien et uniquement le sien, de prendre un époux, celui-ci n'aura que le statut de prince consort et ne pourra prétendre à la couronne".
Lorsqu'elle entendit ces paroles, Marie se précipita en direction de son père et tous deux s'embrassèrent, sous les applaudissements de la foule et le regard ému de la reine.







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