L'école des princesses : chapitre 86

86) Préparatifs pour le début des classes

Le lendemain de la réunion, Marie se rendit au château pour s'entretenir avec le nouveau seigneur, Geoffroy de Viersoul, cousin de son prédécesseur Gaston. Celui-ci attendait sa visite, et la reçut en début d'après-midi, en présence de son épouse et principale conseillère, Anne. Ils informèrent Marie que le roi leur avait envoyé toutes les fournitures que la jeune fille avait réclamé, et l'emmenèrent dans la salle où elles étaient entreposées. Un grand tableau d'ardoise noire était incliné contre le mur au fond dans le pièce, ainsi qu'un grand boulier contre un des murs adjacents. Quatre grands coffres disposés sur le sol contenaient une trentaine de petites tablettes d'ardoise, des petits bâtons de craie des feuilles de papier, des plumes d'oie, une trentaine d'encriers, des flacons d'encre et enfin des ouvrages de Jean Polequin et de Jean Pierre Corcine.
Marie constata avec satisfaction qu'elle disposait de toutes les fournitures nécessaires pour commencer son enseignement. Elle annonça à ses hôtes son souhait d'organiser une nouvelle entrevue, en présence du chef du conseil du village et de ses adjoints, afin de mettre en place les modalités de gestion des stocks et des commandes de matériel. Au cours de cette réunion qui se déroula trois jours plus tard, il fut décidé que Marie surveillerait les stocks et transmettrait les besoins au couple seigneurial, qui ferait acheter les fournitures au grand port. Lorsque celles-ci arriveraient au château, le chef du conseil serait informé et se chargerait de les faire transporter au village. Enfin, toutes les partie s'accordèrent pour organiser le premier transfert du matériel une fois que le nombre final d'élèves inscrits pour les leçons serait connu.

Les inscriptions se déroulèrent au cours des deux semaines qui suivirent la grande réunion où Marie avait informé le village de son projet éducatif. Chaque soir, la jeune fille recevait les familles au bâtiment du Conseil. Elle les informait des modalités des leçons, des exigences que demandaient l'apprentissage et le maintien des connaissances, de l'importance d'un travail soutenu et régulier, et insistait sur l'importance de prolonger sur plusieurs années afin d'acquérir les bases essentielles de l'éducation. Ainsi les familles pourraient choisir en toute connaissance de cause, bien conscientes des conséquences que cela impliquait sur leur vie quotidienne. Marie constata avec tristesse que face à l'ampleur de l'effort demandé, plusieurs familles renonçaient à l'éducation. Heureusement, plusieurs paysans témoignèrent un vif intérêt après les explications de la jeune fille, et devant leur enthousiasme, leur famille consentirent à les laisser recevoir l'instruction. Au bout de deux semaines, Marie parvint à inscrire vingt cinq villageois dans sa classe, en majorité des adolescentes et des jeunes femmes, mais aussi quelques jeunes hommes, qui, souvent chétifs et en butte aux moqueries du fait de leur faible constitution physique, espéraient trouver dans l'éducation un moyen de retrouver l'estime d'eux mêmes.

Une fois les inscriptions terminées, et le matériel nécessaire amené au village, Marie et le chef du Conseil préparèrent l'aménagement de la salle dans laquelle se dérouleraient les leçons. Enfin, la jeune fille convia ses élèves et leurs familles pour organiser l'emploi du temps des cours. Un compromis devait être trouvé entre Marie qui souhaitait un nombre d'heures d'enseignement  hebdomadaire suffisant pour assurer un apprentissage efficace, et les familles, qui souhaitaient que les élèves puissent leur prêter main-forte pour le travail quotidien. Après des heures de discussions, les parties s'accordèrent sur trois séances par semaines; une longue session se déroulerait pendant la matinée et le début de l'après midi du dernier jour de la semaine, au cours duquel l'ampleur de l'ouvrage était moindre que les autres jours, ainsi que deux sessions de deux heures chacune les soirées des deuxième et quatrième jour. Néanmoins, Marie réclama la tenue d'une nouvelle réunion le mois suivant, afin d'effectuer un premier bilan et, si nécessaire, rediscuter l'organisation des cours, ce qui lui fut accordé.


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