L'école des princesses : chapitre 85
85) Réactions des villageois au discours
Dès que Marie eût terminé son discours, la salle fut envahie par un immense brouhaha. De nombreuses personnes au sein du public avaient pris la parole pour poser leur question à la jeune fille, mais comme tous parlaient en même temps, il n'en résultait qu'un vacarme assourdissant et incompréhensible. Le chef du conseil frappa à nouveau de son bâton pour demander le silence, puis, s'adressant à la foule :
"Les amis, pas tous à la fois, sinon on s'entend plus. Chacun posera sa question à son tour. Levez la main, et la personne que j'montrerai d'mon bâton pourra parler."
De nombreux bras se levèrent ; le chef leur indiqua d'un geste le moment où chacun pouvait s'exprimer : les questions fusèrent alors les unes après les autres :
"- Mamzelle Marie, qu'est que c'est qu'une leçon?
- Comment qu'ça se passe, une leçon?
- Et quand qu'ça va commencer?
- Et où?
- Et c'est quoi qu't'appelles "éducation de base"?
- Et qu'est c'qu'on doit faire pour être éduqué?
- Et ceux qui irons à la l'çon, qui va faire leur boulot à la ferme, aux champs ou à l'atelier?
- Et t'es sûre qu'avec ça, on peut battre les méchants?
- Et y'aura b'soin qu'on amène quequ'chose pour la l'çon? Et si y a b'soin de queq'chose et qu'on l'a pas, comment qu'on fait?
- Et pourquoi qu'tu dis que l'éducation, c'est pour tout l'monde, et après qu'tu dis que y en aura que quequ'zuns seulement qui pourrons la r'cevoir?
- Et puis, l'instruction, c'est pas pour les gens d'la ville?
Marie écouta patiemment les nombreuses questions qui lui furent posées. Souvent, plusieurs personnes lui demandaient la même chose, et elle jugea préférable d'attendre que chacun se soit exprimé avant de répondre.
Enfin, le chef du conseil demanda à nouveau le silence, et indiqua à Marie que c'était à son tour de s'exprimer.
"Merci, maître, répondit la jeune fille. Et merci à vous tous, et pour vos questions qui sont toutes pertinentes, et je vais essayer de vous répondre du mieux que je peux. Ce que j'appelle "l'éducation de base", cela veut dire d'abord apprendre à lire, à écrire et à compter. C'est ce qu'on doit d'abord apprendre, avant de pouvoir aller plus loin. Et c'est pendant les leçons que vous pourrez apprendre tout ça. Ensuite, pour le "où" et le "quand", je ne peux pas vous répondre encore, car je dois m'entretenir avec ceux qui voudront s'inscrire ainsi qu'avec le conseil pour pouvoir organiser tout cela au mieux. De plus, il faut que je prépare tout ce qui sera nécessaire pour les leçons, ce qui prendra des jours, et peut être des semaines. J'espère cependant pouvoir commencer le plus vite possible. Pour le matériel et tout ce dont vous aurez besoin, ne vous faites pas de souci. Ce projet d'éducation que je vous propose est soutenu par le couple royal, et votre nouveau seigneur m'a promis qu'il m'apporterait son secours pour me fournir ce dont nous aurons besoin. Et même s'il est vrai que je souhaiterais que vous tous puissiez recevoir une éducation, je sais que je ne pourrai donner la leçon de manière convenable si j'ai trop de personnes dont je dois m'occuper. C'est pourquoi je suis obligée de faire un choix, et de ne choisir qu'un nombre limité d'élèves, mais qui recevront des cours dans les meilleurs conditions, et ainsi, apprendront mieux et plus rapidement. Et c'est aussi pour cela que j'ai suggéré que chaque famille choississe un ou une volontaire pour devenir mon élève, afin de limiter la charge de travail supplémentaire pour les autres. Mais ne croyez pas que mes cours soient du repos par rapport à vos travaux habituels. Acquérir de l'instruction demande beaucoup de travail, d'attention et d'efforts, au moins autant, voire plus que pour accomplir l'ouvrage dans les champs, la ferme ou l'atelier. Et surtout, cela implique aussi de la patience et beaucoup d'investissement sur une longue période, car l'éducation demande du temps. Il est important que vous gardiez tout cela à l'esprit avant de vous inscrire à mes cours."
Pendant quelques instants, le murmure sourd de nombreuses conversations à voix basse retentit dans la pièce. Puis, la Francine prit à sont tour la parole
"Les gars, j'la connais bien, la Marie. Si elle nous propose son éducation, c'est parce qu'elle pense qu'ça peut nous aider. Moi, j'lui fait confiance et j'dis qu'il faut lui donner sa chance. Avant la réunion, elle nous avait parlé d'son idée, et on en a parlé avec les enfants l'Antoine et moi. Et on a été d'accord pour qu'l'un d'ent'nous y aille à ses l'çons. C'est not' p'tite Jeanne qui a été d'accord pour r'cevoir l'instruction. C'était mieux qu'une p'tite jeune ait l'éducation plutôt qu'l'Antoine ou moi, qui sommes d'jà vieux."
Jeanne, qui, à onze ans, montrait déjà les premiers signes de l'adolescence, se détacha de la foule et s'exprima à son tour
"Mamzelle Marie, est c'que j'peux devenir ton élève s'il te plaît?
- Et nous aussi, on voudrait recevoir l'éducation" s'écrièrent trois voix féminines en choeur. C'était les trois jeunes filles qui avaient témoigné devant le couple royal avec Marie contre Gaston de Viersoul. "On t'a fait confiance une fois, et on a vu qu'on a eu raison. Alors, même si c'est dur, même si ça nous d'mandra beaucoup d'travail, on est prêtes à t'suivre de nouveau
- Et moi aussi, je voudrais prendre les cours" s'exclama le chef du conseil. "Ma responsabilité, c'est d'aider tout le monde dans l'village. Et si tu dis que l'instruction, ça peut apporter du bien, c'est mon d'voir d'apprendre ça. Et c'est pas tout. Si t'as b'soin d'un endroit pour faire cours, j'propose qu'on ait les l'çons ici, à la salle du conseil. Y a d'la place, et on y s'ra bien. T'as qu'à nous dire quand t'en auras b'soin, et on s'arrang'ra pour qu'elle soit libre pour nous
- Et puis Marie, reprit la Francine, pendant qu'tu f'ras ton éducation ici, tu sais qu'chez nous, t'es chez toi. Tu peux rester dans not' maison aussi longtemps qu't'as b'soin."
Marie ressentit une immense joie en constatant le soutien qu'elle recevait de la part de ces quelques personnes, la Francine en premier, qui lui offraient sa confiance sans conditions. Elle savait aussi que grâce à ces premiers volontaires, les autres paysans seraint plus aisément persuadés du bien fondé de sa démarche. Elle donna bien évidemment son accord à ces premiers volontaires, car elle ne doutait pas de la sincérité de leur motivation. Néanmoins, en accord avec le chef du conseil, elle suggéra aux autres membres de l'assistance de s'accorder un temps de réflexion avant que d'autres volontaires se désignent. Elle les informa que s'ils souhaitaient lui faire part de leur souhait de participer aux leçons, elle serait prête à les accueillir tous les jours pendant une heure dans la salle du conseil, à partir du coucher du soleil.
Sur ces mots, le chef du conseil déclara la réunion terminée, et, progressivement, la salle se vida de ses occupants.
Dès que Marie eût terminé son discours, la salle fut envahie par un immense brouhaha. De nombreuses personnes au sein du public avaient pris la parole pour poser leur question à la jeune fille, mais comme tous parlaient en même temps, il n'en résultait qu'un vacarme assourdissant et incompréhensible. Le chef du conseil frappa à nouveau de son bâton pour demander le silence, puis, s'adressant à la foule :
"Les amis, pas tous à la fois, sinon on s'entend plus. Chacun posera sa question à son tour. Levez la main, et la personne que j'montrerai d'mon bâton pourra parler."
De nombreux bras se levèrent ; le chef leur indiqua d'un geste le moment où chacun pouvait s'exprimer : les questions fusèrent alors les unes après les autres :
"- Mamzelle Marie, qu'est que c'est qu'une leçon?
- Comment qu'ça se passe, une leçon?
- Et quand qu'ça va commencer?
- Et où?
- Et c'est quoi qu't'appelles "éducation de base"?
- Et qu'est c'qu'on doit faire pour être éduqué?
- Et ceux qui irons à la l'çon, qui va faire leur boulot à la ferme, aux champs ou à l'atelier?
- Et t'es sûre qu'avec ça, on peut battre les méchants?
- Et y'aura b'soin qu'on amène quequ'chose pour la l'çon? Et si y a b'soin de queq'chose et qu'on l'a pas, comment qu'on fait?
- Et pourquoi qu'tu dis que l'éducation, c'est pour tout l'monde, et après qu'tu dis que y en aura que quequ'zuns seulement qui pourrons la r'cevoir?
- Et puis, l'instruction, c'est pas pour les gens d'la ville?
Marie écouta patiemment les nombreuses questions qui lui furent posées. Souvent, plusieurs personnes lui demandaient la même chose, et elle jugea préférable d'attendre que chacun se soit exprimé avant de répondre.
Enfin, le chef du conseil demanda à nouveau le silence, et indiqua à Marie que c'était à son tour de s'exprimer.
"Merci, maître, répondit la jeune fille. Et merci à vous tous, et pour vos questions qui sont toutes pertinentes, et je vais essayer de vous répondre du mieux que je peux. Ce que j'appelle "l'éducation de base", cela veut dire d'abord apprendre à lire, à écrire et à compter. C'est ce qu'on doit d'abord apprendre, avant de pouvoir aller plus loin. Et c'est pendant les leçons que vous pourrez apprendre tout ça. Ensuite, pour le "où" et le "quand", je ne peux pas vous répondre encore, car je dois m'entretenir avec ceux qui voudront s'inscrire ainsi qu'avec le conseil pour pouvoir organiser tout cela au mieux. De plus, il faut que je prépare tout ce qui sera nécessaire pour les leçons, ce qui prendra des jours, et peut être des semaines. J'espère cependant pouvoir commencer le plus vite possible. Pour le matériel et tout ce dont vous aurez besoin, ne vous faites pas de souci. Ce projet d'éducation que je vous propose est soutenu par le couple royal, et votre nouveau seigneur m'a promis qu'il m'apporterait son secours pour me fournir ce dont nous aurons besoin. Et même s'il est vrai que je souhaiterais que vous tous puissiez recevoir une éducation, je sais que je ne pourrai donner la leçon de manière convenable si j'ai trop de personnes dont je dois m'occuper. C'est pourquoi je suis obligée de faire un choix, et de ne choisir qu'un nombre limité d'élèves, mais qui recevront des cours dans les meilleurs conditions, et ainsi, apprendront mieux et plus rapidement. Et c'est aussi pour cela que j'ai suggéré que chaque famille choississe un ou une volontaire pour devenir mon élève, afin de limiter la charge de travail supplémentaire pour les autres. Mais ne croyez pas que mes cours soient du repos par rapport à vos travaux habituels. Acquérir de l'instruction demande beaucoup de travail, d'attention et d'efforts, au moins autant, voire plus que pour accomplir l'ouvrage dans les champs, la ferme ou l'atelier. Et surtout, cela implique aussi de la patience et beaucoup d'investissement sur une longue période, car l'éducation demande du temps. Il est important que vous gardiez tout cela à l'esprit avant de vous inscrire à mes cours."
Pendant quelques instants, le murmure sourd de nombreuses conversations à voix basse retentit dans la pièce. Puis, la Francine prit à sont tour la parole
"Les gars, j'la connais bien, la Marie. Si elle nous propose son éducation, c'est parce qu'elle pense qu'ça peut nous aider. Moi, j'lui fait confiance et j'dis qu'il faut lui donner sa chance. Avant la réunion, elle nous avait parlé d'son idée, et on en a parlé avec les enfants l'Antoine et moi. Et on a été d'accord pour qu'l'un d'ent'nous y aille à ses l'çons. C'est not' p'tite Jeanne qui a été d'accord pour r'cevoir l'instruction. C'était mieux qu'une p'tite jeune ait l'éducation plutôt qu'l'Antoine ou moi, qui sommes d'jà vieux."
Jeanne, qui, à onze ans, montrait déjà les premiers signes de l'adolescence, se détacha de la foule et s'exprima à son tour
"Mamzelle Marie, est c'que j'peux devenir ton élève s'il te plaît?
- Et nous aussi, on voudrait recevoir l'éducation" s'écrièrent trois voix féminines en choeur. C'était les trois jeunes filles qui avaient témoigné devant le couple royal avec Marie contre Gaston de Viersoul. "On t'a fait confiance une fois, et on a vu qu'on a eu raison. Alors, même si c'est dur, même si ça nous d'mandra beaucoup d'travail, on est prêtes à t'suivre de nouveau
- Et moi aussi, je voudrais prendre les cours" s'exclama le chef du conseil. "Ma responsabilité, c'est d'aider tout le monde dans l'village. Et si tu dis que l'instruction, ça peut apporter du bien, c'est mon d'voir d'apprendre ça. Et c'est pas tout. Si t'as b'soin d'un endroit pour faire cours, j'propose qu'on ait les l'çons ici, à la salle du conseil. Y a d'la place, et on y s'ra bien. T'as qu'à nous dire quand t'en auras b'soin, et on s'arrang'ra pour qu'elle soit libre pour nous
- Et puis Marie, reprit la Francine, pendant qu'tu f'ras ton éducation ici, tu sais qu'chez nous, t'es chez toi. Tu peux rester dans not' maison aussi longtemps qu't'as b'soin."
Marie ressentit une immense joie en constatant le soutien qu'elle recevait de la part de ces quelques personnes, la Francine en premier, qui lui offraient sa confiance sans conditions. Elle savait aussi que grâce à ces premiers volontaires, les autres paysans seraint plus aisément persuadés du bien fondé de sa démarche. Elle donna bien évidemment son accord à ces premiers volontaires, car elle ne doutait pas de la sincérité de leur motivation. Néanmoins, en accord avec le chef du conseil, elle suggéra aux autres membres de l'assistance de s'accorder un temps de réflexion avant que d'autres volontaires se désignent. Elle les informa que s'ils souhaitaient lui faire part de leur souhait de participer aux leçons, elle serait prête à les accueillir tous les jours pendant une heure dans la salle du conseil, à partir du coucher du soleil.
Sur ces mots, le chef du conseil déclara la réunion terminée, et, progressivement, la salle se vida de ses occupants.
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