L'école des princesses : chapitre 84
84) Le discours de Marie
Le lendemain matin, alors que Marie aidait la Francine au jardin potager, la fille du chef du conseil entra dans la ferme. Elle leur annonça que son père avait décidé que la réunion se déroulerait dans le grande salle du bâtiment du conseil au coucher du soleil. Au cours de l'après midi, Marie quitta la ferme et rejoignit Drake afin de répéter avec lui le discours qu'elle avait préparé avant son départ du château. Une heure et demie avant le coucher du soleil, elle rejoignit la grande salle, et aida les villageois qui l'aménageaient pour l'évènement. Peu à peu, la pièce se remplit de monde, et Marie ressentit une profonde appréhension devant la perspective de s'adresser directement à une telle foule.
Néanmoins, à l'heure dite, elle monta sur l'estrade où l'attendait le chef du conseil. Dans l'assistance, les conversations des gens constituaient un vacarme confus et assourdissant. Le chef du conseil s'adressa à la foule en frappant l'estrade de son bâton afin de demander le silence, puis présenta brièvement Marie, rappelant en particulier son rôle dans la chute du méchant seigneur, puis lui céda la parole.
Pendant quelques instants, la jeune fille, paralysée par le trac, ne parvint pas à prononcer un mot; mais, tandis qu'elle observait son auditoire, elle reconnut au premier rang Drake, la Francine et l'Antoine qui lui souriaient et l'encourageaient du regard ; se ressaisissant, elle s'adressa à l'audience d'une voix forte :
"Bonsoir, mes amis. Je suis heureuse de vous revoir tous, et de vous expliquer la raison pour laquelle je suis revenue parmi vous. Comme vous le savez, j'ai vécu durant quelques mois dans votre village. J'ai beaucoup appris pendant mon séjour parmi vous, et je vous en serai toujours très reconnaissante. Sachez que ces mois furent parmi les plus heureux de ma vie, et cela, malgré les souffrances que j'ai subies de la part du vil Gaston de Viersoul. Je savais que je n'avais pas été sa seule victime, et c'est pourquoi je fut heureuse d'avoir pu contribuer à ce qu'il reçoive le châtiment qu'il méritait. Et pourtant, ce seigneur semblait tout puissant : qu'un tel homme soit forcé de payer pour ses crimes semblait impossible, à moins d'un miracle. Et pourtant j'ai réussi à faire de ce prodige une réalité. Est ce parce que je possède des pouvoirs extraordinaires, qui me permettent d'accomplir des exploits dont nul autre ne serait capable? Bien sûr que non. Je ne suis qu'une jeune fille ordinaire, et il faut chercher ailleurs l'explication de mon succès. D'abord, je dois admettre que la chance m'a aidée. En effet, c'est grâce à ma rencontre avec la troupe de Jean Polequin que j'ai eu l'opportunité de faire connaissance avec Sa Majesté le roi et la reine, ce qui m'a permis de gagner plus facilement leur attention. Ensuite, je n'oublie pas le rôle important que bien d'entre vous, la Francine bien sûr, mais surtout les autres victimes du seigneur ont joué. Elles ont accepté de participer à mon plan, malgré les immenses risques qu'elles pouvaient courir. Elles ont témoigné de leurs souffrances devant le couple royal et la cour, y compris le responsable de leur malheur. Tout cela demande un extraordinaire courage qui mérite une profonde admiration. Je n'aurais jamais pu réussir sans leur aide. Mais surtout, je dois mon succès au fait que je disposais d'une arme décisive dont Gaston de Viersoul ignorait l'existence. Il ne pouvait en effet imaginer que celle qu'il voyait comme une simple paysanne puisse la posséder. Et cette arme a joué un rôle décisif lors de toutes les étapes qui ont permis la chute du méchant seigneur. Cette arme, c'est l'éducation que j'ai reçue, grâce à mon tuteur Drake ici présent. C'est grâce à elle que j'ai réussi à tant impressionner M. Polequin qu'il a souhaité me recruter dans sa troupe. C'est aussi grâce à elle que j'ai pu écrire une pièce de théâtre qui a pu toucher le coeur de la reine, et ainsi, me permettre d'être plus facilement écoutée par Sa Majesté. De plus, elle m'a permis de mesurer l'ampleur des abus dont le sire de Viersoul se rendait coupable contre vous. Enfin et surtout, c'est grâce à elle que j'ai pu élaborer un plan efficace permettant à ce que ces crimes soient révélés au grand jour devant ceux qui disposaient d'une autorité sur le coupable, et ainsi, le forcer à répondre de ses mauvaises actions.
Mais comment expliquer que j'ai pu disposer de cette éducation, qui s'est révélée si utile, si puissante? J'ai simplement eu la chance d'avoir un maître, en l'occurrence M. Drake, qui me l'a apportée. Car l'éducation se transmet de maître à élève. Or, je sais bien que malheureusement, dans le royaume, beaucoup ne peuvent en bénéficier, faute de précepteurs pour apporter l'instruction, en particulier dans les campagnes. Et même quand ceux-ci sont présents, seuls les plus riches peuvent payer leur rémunération et ainsi profiter de leurs services. Or, l'éducation ne devrait pas n'être réservée qu'aux plus fortunés : tous doivent en profiter. Et aujourd'hui, si je suis de retour parmi vous, c'est parce que je souhaite vous apporter cette instruction. J'ai tant appris grâce à vous tous; il est temps à présent pour moi de vous remercier de tout ce que vous m'avez apporté, et je ne connais pas de cadeau plus beau, plus utile et plus précieux que l'éducation. Au cours des deux dernières années, j'ai appris auprès de plusieurs précepteurs le métier d'instruire. A présent, je suis prête et je propose à ceux qui le souhaiteraient des leçons qui leur permettront d'acquérir les premières bases de l'éducation. Bien entendu, je ne demande aucun paiement, excepté votre hospitalité. Je propose à ceux qui seraient intéressés de venir me rencontrer, soit dès ce soir, ou bien au cours des prochains jours et je les inscrirai dans la liste de mes élèves. Cependant, je dois admettre que je ne pourrai être en mesure de pouvoir éduquer toute seule qu'un nombre limité d'élèves, une trentaine au maximum. En cas de demandes très nombreuses, je ne pourrai accepter que les plus motivés. De plus, afin que le plus grand nombre bénéficie des avantages de l'éducation, j'encourage chaque famille à choisir le plus intéressé de leur membre pour qu'il devienne mon élève.
Maintenant, je vous laisse la parole, et suis disposée à répondre à vos questions"
Le lendemain matin, alors que Marie aidait la Francine au jardin potager, la fille du chef du conseil entra dans la ferme. Elle leur annonça que son père avait décidé que la réunion se déroulerait dans le grande salle du bâtiment du conseil au coucher du soleil. Au cours de l'après midi, Marie quitta la ferme et rejoignit Drake afin de répéter avec lui le discours qu'elle avait préparé avant son départ du château. Une heure et demie avant le coucher du soleil, elle rejoignit la grande salle, et aida les villageois qui l'aménageaient pour l'évènement. Peu à peu, la pièce se remplit de monde, et Marie ressentit une profonde appréhension devant la perspective de s'adresser directement à une telle foule.
Néanmoins, à l'heure dite, elle monta sur l'estrade où l'attendait le chef du conseil. Dans l'assistance, les conversations des gens constituaient un vacarme confus et assourdissant. Le chef du conseil s'adressa à la foule en frappant l'estrade de son bâton afin de demander le silence, puis présenta brièvement Marie, rappelant en particulier son rôle dans la chute du méchant seigneur, puis lui céda la parole.
Pendant quelques instants, la jeune fille, paralysée par le trac, ne parvint pas à prononcer un mot; mais, tandis qu'elle observait son auditoire, elle reconnut au premier rang Drake, la Francine et l'Antoine qui lui souriaient et l'encourageaient du regard ; se ressaisissant, elle s'adressa à l'audience d'une voix forte :
"Bonsoir, mes amis. Je suis heureuse de vous revoir tous, et de vous expliquer la raison pour laquelle je suis revenue parmi vous. Comme vous le savez, j'ai vécu durant quelques mois dans votre village. J'ai beaucoup appris pendant mon séjour parmi vous, et je vous en serai toujours très reconnaissante. Sachez que ces mois furent parmi les plus heureux de ma vie, et cela, malgré les souffrances que j'ai subies de la part du vil Gaston de Viersoul. Je savais que je n'avais pas été sa seule victime, et c'est pourquoi je fut heureuse d'avoir pu contribuer à ce qu'il reçoive le châtiment qu'il méritait. Et pourtant, ce seigneur semblait tout puissant : qu'un tel homme soit forcé de payer pour ses crimes semblait impossible, à moins d'un miracle. Et pourtant j'ai réussi à faire de ce prodige une réalité. Est ce parce que je possède des pouvoirs extraordinaires, qui me permettent d'accomplir des exploits dont nul autre ne serait capable? Bien sûr que non. Je ne suis qu'une jeune fille ordinaire, et il faut chercher ailleurs l'explication de mon succès. D'abord, je dois admettre que la chance m'a aidée. En effet, c'est grâce à ma rencontre avec la troupe de Jean Polequin que j'ai eu l'opportunité de faire connaissance avec Sa Majesté le roi et la reine, ce qui m'a permis de gagner plus facilement leur attention. Ensuite, je n'oublie pas le rôle important que bien d'entre vous, la Francine bien sûr, mais surtout les autres victimes du seigneur ont joué. Elles ont accepté de participer à mon plan, malgré les immenses risques qu'elles pouvaient courir. Elles ont témoigné de leurs souffrances devant le couple royal et la cour, y compris le responsable de leur malheur. Tout cela demande un extraordinaire courage qui mérite une profonde admiration. Je n'aurais jamais pu réussir sans leur aide. Mais surtout, je dois mon succès au fait que je disposais d'une arme décisive dont Gaston de Viersoul ignorait l'existence. Il ne pouvait en effet imaginer que celle qu'il voyait comme une simple paysanne puisse la posséder. Et cette arme a joué un rôle décisif lors de toutes les étapes qui ont permis la chute du méchant seigneur. Cette arme, c'est l'éducation que j'ai reçue, grâce à mon tuteur Drake ici présent. C'est grâce à elle que j'ai réussi à tant impressionner M. Polequin qu'il a souhaité me recruter dans sa troupe. C'est aussi grâce à elle que j'ai pu écrire une pièce de théâtre qui a pu toucher le coeur de la reine, et ainsi, me permettre d'être plus facilement écoutée par Sa Majesté. De plus, elle m'a permis de mesurer l'ampleur des abus dont le sire de Viersoul se rendait coupable contre vous. Enfin et surtout, c'est grâce à elle que j'ai pu élaborer un plan efficace permettant à ce que ces crimes soient révélés au grand jour devant ceux qui disposaient d'une autorité sur le coupable, et ainsi, le forcer à répondre de ses mauvaises actions.
Mais comment expliquer que j'ai pu disposer de cette éducation, qui s'est révélée si utile, si puissante? J'ai simplement eu la chance d'avoir un maître, en l'occurrence M. Drake, qui me l'a apportée. Car l'éducation se transmet de maître à élève. Or, je sais bien que malheureusement, dans le royaume, beaucoup ne peuvent en bénéficier, faute de précepteurs pour apporter l'instruction, en particulier dans les campagnes. Et même quand ceux-ci sont présents, seuls les plus riches peuvent payer leur rémunération et ainsi profiter de leurs services. Or, l'éducation ne devrait pas n'être réservée qu'aux plus fortunés : tous doivent en profiter. Et aujourd'hui, si je suis de retour parmi vous, c'est parce que je souhaite vous apporter cette instruction. J'ai tant appris grâce à vous tous; il est temps à présent pour moi de vous remercier de tout ce que vous m'avez apporté, et je ne connais pas de cadeau plus beau, plus utile et plus précieux que l'éducation. Au cours des deux dernières années, j'ai appris auprès de plusieurs précepteurs le métier d'instruire. A présent, je suis prête et je propose à ceux qui le souhaiteraient des leçons qui leur permettront d'acquérir les premières bases de l'éducation. Bien entendu, je ne demande aucun paiement, excepté votre hospitalité. Je propose à ceux qui seraient intéressés de venir me rencontrer, soit dès ce soir, ou bien au cours des prochains jours et je les inscrirai dans la liste de mes élèves. Cependant, je dois admettre que je ne pourrai être en mesure de pouvoir éduquer toute seule qu'un nombre limité d'élèves, une trentaine au maximum. En cas de demandes très nombreuses, je ne pourrai accepter que les plus motivés. De plus, afin que le plus grand nombre bénéficie des avantages de l'éducation, j'encourage chaque famille à choisir le plus intéressé de leur membre pour qu'il devienne mon élève.
Maintenant, je vous laisse la parole, et suis disposée à répondre à vos questions"
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