L'école des princesses : chapitre 82

82) Réminiscences de la vie au château

Alors qu'elle se préparait à quitter le palais, Marie se remémora avec émotion les deux années qu'elle y avait passées. Bien que son apprentissage occupa l'essentiel de son temps et de son attention, elle avait néanmoins partagé le quotidien des habitants du palais pendant toute cette période. Elle consacrait l'essentiel de son temps libre en compagnie des domestiques et servantes, qui, pour la plupart d'entre eux, travaillaient déjà pour ses parents avant son enlèvement par le dragon, et donc l'avaient intimement connue. Recréer une relation avec eux sous son identité d'emprunt se révéla certes très enrichissant et intéressant pour Marie, mais aussi fort complexe et souvent douloureux. Elle éprouvait une grande joie à redécouvrir toutes ces personnes qu'elle avait tant appréciées, et cela d'autant plus qu'une fois qu'elle avait réussi à gagner leur confiance, les domestiques et servantes lui parlaient bien plus librement qu'ils ne l'auraient fait devant leur princesse. Ils n'hésitaient pas à discuter avec elle de leur vie familiale, de leurs moments heureux, mais aussi des conflits, des difficultés dans leurs relations avec leurs parents, leurs enfants, leurs proches. Marie les écoutait souvent aussi lui évoquer leurs difficultés professionnelles, les conflits entre collègues, la pénibilité du labeur. Or, pendant son enfance et sa jeunesse, elle n'avait jamais entendu le personnel à son service se plaindre de quoi que ce soit ; tous faisaient bonne figure devant elle. En découvrant toute cette facette de la vie de ses serviteurs, elle se rendit compte à quelle point elle avait été ménagée pendant toutes ces années. De leur côté, domestiques et servantes se prirent rapidement d'affection pour cette jeune fille qui leur prêtait une oreille compatissante et savait trouver les mots pour les réconforter.
Cependant, cette affection qu'elle recevait se révéla souvent fort éprouvante pour Marie. En effet, tous ceux qu'elle avait connu avant son enlèvement constatèrent rapidement les similitudes entre la personnalité de la jeune Marie Fabre et celle de la princesse disparue, et cette dernière constitua très souvent le principal sujet de conversation. La jeune fille ne pouvait s'empêchait de ressentir une profonde douleur lorsqu'elle était confrontée directement à la souffrance que suscitait sa disparition dans le coeur du personnel du palais, en particulier ceux qui avaient été le plus proches d'elle pendant son enfance, comme ses femmes de chambre ainsi que ses compagnons et compagnes de jeu. Cette douleur était d'autant plus intense qu'elle s'accompagnait d'un profond sentiment de culpabilité, car elle savait que ses choix de vie prolongeaient ces souffrances. Plus d'une fois, elle fut tentée de leur révéler à toutes et tous la vérité, et elle devait mobiliser tous ses efforts pour garder le contrôle d'elle-même et conserver son secret. Néanmoins, les discussions sur la princesse ne se révélaient pas uniquement source de souffrances. En effet, les domestiques et servantes n'hésitaient pas à lui parler de leur ancienne maîtresse avec une familiarité qu'ils n'auraient jamais pu montrer en sa présence, n'hésitant pas à parler de ses défauts et d'anecdotes ne la présentant pas toujours à son avantage. Ces récits amusaient beaucoup Marie, et lui permettait d'autant plus d'apprécier ces nouvelles relations d'égal à égal avec eux.
De plus, la jeune fille prenait plus que jamais conscience de l'impact majeur de ses entretiens semestriels à travers le miroir. En effet, non seulement ils avaient largement contribué à diminué le chagrin ressenti par ses serviteurs et servantes, mais en plus, ceux-ci découvraient une princesse que la captivité avait rendue plus apte à les comprendre, et avec laquelle ils pouvaient établir une relation plus proche et plus sincère qu'auparavant.
Ses relations avec ses parents ne se révélèrent pas moins complexes. Elle ne les rencontra que fort occasionnellement au cours de ces deux ans, car leurs charges officielles ne leur laissaient que peu de temps libre. Ils discutaient alors ensemble de sa formation, de ses relations avec ses maîtres, de ses difficultés, de ses progrès. Parfois, ils s'entretenaient de sujets divers, tels que la vie quotidienne dans le palais, ou même,occasionnellement, de politique. En revanche, à la différence des domestiques, son père et sa mère évitaient autant que possible, par pudeur, de parler de leur fille, car, malgré toute l'affection qu'ils éprouvaient pour Marie Fabre, elle restait néanmoins une étrangère, devant qui une certaine réserve s'imposait. Cela n'était pas pour déplaire à Marie, pour qui de telles discussions auraient constitué une douloureuse épreuve émotionnelle
Pourtant, le couple royal dérogeait à cette règle après chacun des entretiens semestriels avec leur fille, qui représentaient un évènement bien trop important pour eux pour qu'ils puissent s'abstenir de lui en parler. Lorsque Marie écoutait ses parents lui parler de ces conversations à travers le miroir, elle percevait dans le ton de leur voix, les expressions de leur visage, une intensité, un enthousiasme et une vitalité qu'ils ne montraient à aucune autre occasion. Le couple royal ressentait toujours une profonde surprise, mêlée malgré tout de soulagement, en constatant que leur fille conservait sa joie de vivre et son optimisme en dépit de sa captivité. De plus, au cours du temps, ils l'observaient développer une maturité et une sagesse toujours plus remarquables, et cela remplissait leur coeur de fierté. Tandis que ses parents lui parlaient ainsi, Marie ne parvenait pas toujours à dissimuler complètement les profondes émotions qu'elle ressentait en les écoutant, et parfois de chaudes larmes coulaient de ses yeux. Et lorsque le couple royal s'étonnait de la voir pleurer ainsi, la jeune fille attribuait ses larmes à sa grande sensibilité devant leur triste situation.
Marie savait qu'elle n'oublierait jamais ces deux années extraordinaires qu'elle avait vécues au palais. Cependant, elle devait à présent se focaliser sur son départ et son voyage vers le fief de Viersoul et le village de la Francine, où elle poursuivrait son projet éducatif.

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