L'école des princesses : chapitre 81

81) La formation de Marie

Dix jours plus tard, le convoi royal était de retour dans la capitale. Le roi et la reine avaient proposé à Marie de l'héberger au palais pendant la durée de sa formation, ce que la jeune fille avait accepté avec reconnaissance. Elle y disposerait du statut d'apprentie préceptrice, et disposerait d'une petite chambre située dans les logements destinés aux domestiques.
Le roi avait sélectionné quatre précepteurs à qui il confierait la responsabilité de former Marie. Deux d'entre eux avaient éduqué la princesse pendant son enfance en lui inculquant les connaissances de base, et les deux autres leur avaient succédé pendant l'adolescence de l'héritière du trône et lui avaient prodigué un enseignement plus approfondi et plus spécialisé, l'un en littérature, l'autre en sciences. Les quatre enseignants arrivèrent au palais quelques jours après le retour du couple royal qui leur présenta Marie et leur expliqua son projet. La jeune fille, qui, bien évidemment les connaissait fort bien, eut bien de la peine à dissimuler le plaisir qu'elle ressentait en revoyant les précepteurs de son enfance. Ceux-ci demandèrent à s'entretenir avec Marie avant de donner leur réponse. Pendant trois heures, ils lui décrivirent leur travail quotidien, en détaillant toutes leurs obligations, n'hésitant pas à insister sur les difficultés de leur profession. Pendant cet entretien, Marie resta le plus souvent silencieuse, ne s'exprimant que pour poser de rares questions, ou à la demande des pédagogues. Néanmoins, elle leur réaffirma sa détermination dans sa vocation d'enseignante, et, au terme de cet entrevue, les précepteurs consentirent à la former.

Au cours des trois semaines au cours desquelles les quatre maîtres planifièrent la formation de Marie, celle-ci consacra une bonne partie de cette période à lire attentivement dans la bibliothèque royale des ouvrages consacrés à la pédagogie, que les précepteurs lui avaient conseillés d'étudier afin d'acquérir quelques bases préalables. Néanmoins, elle demanda au couple royal de lui accorder trois jours afin de lui permettre de rendre visite à son tuteur M. Drake, qui demeurait alors dans la capitale. Bien évidemment, le véritable objectif de son absence consistait à organiser avec le dragon, qu'elle avait prévenu au préalable à l'aide de son médaillon, son entretien semestriel avec ses parents en tant que princesse Marie. Deux jours après son départ, elle revit ses parents à travers le miroir magique. Comme elle s'y attendait, Marie Fabre constitua le principal sujet de leur conversation, avec le récit de la disgrâce de Gaston de Viersoul dans tous ses détails, et leur décision d'aider cette courageuse jeune fille dans sa vocation de préceptrice. La princesse dut simuler l'étonnement et l'émerveillement en écoutant le récit de ses propres aventures. Pourtant, elle ne put s'empêcher de ressentir un grand bonheur en constatant l'affection que ses parents semblaient éprouver envers Marie Fabre, car cela signifiait qu'elle avait réussi à toucher leur coeur par ce qu'elle était au plus profond d'elle-même, au delà du lien familial. Bien évidemment, dès son retour au palais, le couple royal lui raconta leur entretien avec leur fille captive, déplorant son absence qui ne leur avait pas permis de la lui présenter. Marie feignit de regretter ce fâcheux contretemps et d'espérer être disponible pour une prochaine fois.

Enfin, au terme de ces trois semaines, les précepteurs revinrent au palais avec le programme de la formation de Marie pour les six prochains mois. La jeune fille devrait suivre dix sessions hebdomadaires d'une demi-journée, réparties équitablement entre les quatre enseignants. Ceux-ci apprirent à Marie à préparer des cours, des exercices sur des sujets divers, adaptés à toutes les classes d'âge et de niveau d'éducation d'élèves. Elle devait présenter les sessions d'enseignements qu'elle avait préparées devant ses formateurs qui tenaient le rôle du disciple. Les précepteurs évaluaient les performances de Marie, les points forts comme les faiblesses qu'elle devait améliorer pour la session suivante.

Au terme de ces six mois, les quatre pédagogues estimèrent que la jeune fille avait acquis suffisamment les fondamentaux de la pédagogie pour pouvoir à présent l'emmener sur le terrain. Après s'être assurés du consentement des familles, ils emmenèrent leur disciple chez leurs élèves. Comme chacun de ses maîtres avait sa propre spécialité, elle rencontra ainsi des enfants d'âge et de niveau fort divers. Au départ, la jeune fille se contentait d'observer le précepteur à l'oeuvre, mais, très vite, ses maîtres commencèrent à l'impliquer dans leur travail. Elle fut d'abord chargée de préparer et corriger les exercices destinés aux élèves, puis, progressivement, les précepteurs lui demandèrent de donner elle-même la leçon aux enfants, sous leur surveillance. Ainsi, elle dut suivre l'apprentissage de ses élèves, constater leurs difficultés, adapter son enseignement en conséquence, et suivre leurs progrès. Mais surtout, elle dut apprendre à gérer des enfants et adolescents d'âge et de caractères très différents, et parvenir à s'imposer et se faire respecter d'eux. Si elle ne rencontra que peu de difficultés pour ceux qui montraient une soif de savoir et des facilités d'apprentissage, elle se heurta souvent à des personnalités bien plus rebelles qui refusaient son autorité. Ainsi, Marie fut souvent contrainte de faire appel à ses maîtres pour pouvoir maîtriser des élèves indisciplinés. Pendant tous ces longs mois de formation sur le terrain, la jeune fille prit plus que jamais de la difficulté du métier d'enseignant, et des grandes capacités de patience, de maîtrise de soi, de capacité d'adaptation, et de psychologie qu'il exigeait.

Néanmoins, Marie parvint à gagner l'estime de ses maîtres, qu'elle impressionnait par son travail acharné et ses progrès continus. Au fil des mois, elle gagnait de plus en plus en autonomie, parvenant à se faire respecter d'enfants réputés difficiles, et ses cours devenaient de plus en plus maîtrisés. De plus, les précepteurs appréciaient sa personnalité, et plus d'une fois, ils lui confièrent qu'elle leur rappelait une ancienne de leurs élèves dont ils avaient gardé un très bon souvenir, la fille du roi malheureusement disparue. Ces propos touchaient profondément le coeur de la jeune fille qui devait alors mobiliser tous ses efforts pour se retenir de leur avouer la vérité.

Sa double identité lui posait aussi des difficultés dans le cadre de ses entrevues familiales semestriels, d'autant plus que ses parents souhaitaient vivement présenter Marie Fabre à leur fille. Elle en discuta avec Drake peu avant le deuxième entretien devant le miroir depuis son retour au palais. Celui-ci avait aussi anticipé le problème et lui avait proposé la solution suivante : lorsque Marie Fabre et la princesse Marie devaient apparaître ensemble, il ferait appel à un double pour prendre la place de la princesse. Il avait demandé à sa soeur Kazuladon de tenir ce rôle et, malgré ses réticences devant une telle imposture, la dragonne se laissa convaincre par affection pour son frère, sympathie pour Marie, et pour le plaisir de faire la connaissance des parents de son amie humaine. Quelque temps avant la date des retrouvailles devant le miroir de la princesse et de ses parents , elle prétexta une visite chez son tuteur pour rejoindre Drake et Kazuladon et préparer cette dernière pour qu'elle puisse bien jouer son rôle. En cas de difficulté, Marie enverrait par télépathie des messages à Drake qui aiderait ainsi sa soeur en cas de problème. Ainsi, lors de cet entretien, le subterfuge fonctionna sans problème, même si "la princesse" se révéla relativement peu loquace ce jour là. Néanmoins, afin d'éviter des problèmes à l'avenir, Marie Fabre demanda à ne pas assister aux entretiens suivants, officiellement au nom du respect de l'intimité familiale.

Enfin, au bout de deux ans, les précepteurs annoncèrent au couple royal que Marie avait terminé avec succès sa formation, et qu'elle pouvait à présent exercer officiellement la profession d'enseignante.



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