L'école des princesses : chapitre 80
80) Le nouveau grand projet de Marie
Le lendemain matin, le roi accorda plusieurs audiences avant son départ. Il reçut d'abord l'épouse du seigneur de Viersoul, qui demanda au souverain de consentir à annuler son mariage, car elle souhaitait rompre au plus vite tout lien avec son indigne mari. Le roi lui donna son accord de principe, mais lui conseilla au préalable d'en informer sa famille; néanmoins, il ne doutait pas que dès que celle-ci apprendrait la sinistre vérité sur Gaston de Viersoul, elle approuverait sans réserve la démarche de leur parente.
L'audience suivante fut consacrée aux modalités d'administration du fief de Viersoul en attendant le successeur officiel du seigneur déchu; le roi nomma un de ses plus fidèles conseillers pour assurer l'intérim, et lui confia des membres de la garde royale afin de lui permettre d'asseoir son autorité. Il conseilla aussi au nouveau seigneur par interim de s'assurer au maximum la collaboration des notables du fief qui n'avaient pas été complices des exactions de Gaston de Viersoul, afin que la transition du pouvoir se déroule dans les conditions les plus propices.
Enfin, le couple royal accorda leur dernière audience avant le départ à Marie Fabre. Celle-ci avait en effet sollicité un entretien qui se déroulerait le lendemain de la chute de Gaston de Viersoul, sans toutefois en préciser le motif.
"Marie, commença le roi, à présent que ce seigneur criminel est hors d'état de nuire, accepterais tu de nous faire part de ce que tu souhaiterais nous demander?
- Votre Majesté, répondit la jeune fille, je tiens d'abord à vous remercier du fond du coeur de tout ce que vous avez fait, non seulement pour moi-même, mais surtout pour toutes celles et ceux qui ont souffert des méfaits du sinistre sire de Viersoul . Cependant, j'ai bien conscience que tout cela n'a été possible que parce que le seigneur a commis l'erreur de s'attaquer à une personne qui pourrait le faire répondre de ses actes en faisant appel à la justice royale. Mais en vérité, comment ai-je pu faire votre connaissance, et ainsi me plaindre devant vous contre mon agresseur? Cela ne fut possible que parce que j'avais impressionné Jean Polequin par mes connaissances et mes opinions sur ses pièces, ce qui l'a incité à me recruter dans sa troupe. Et si j'ai pu acquérir ce regard critique qui l'a tant marqué, je le dois à l'éducation que j'ai reçue de mon tuteur et qui m'a permis d'entretenir mon esprit. C'est grâce à elle que je suis parvenue à mettre au point la stratégie qui a fait tomber Gaston de Viersoul.
Or, Votre Majesté, dans nos campagnes, les paysans n'ont pas pu bénéficier de l'instruction que j'ai pu recevoir. Dès leur enfance, leur vie est complètement consacrée aux travaux agricoles, et, pour cette raison, ils demeurent dans une ignorance qui les rend vulnérables face à des personnes sans scrupules qui peuvent ainsi abuser de leur pouvoir sur eux en toute impunité, puisqu'ils n'ont pas les moyens de se défendre. Votre Majesté, afin de permettre à vos sujets de pouvoir combattre des injustices semblables à celles dont vous avez été témoin, il est indispensable de leur fournir les outils dont il ont besoin pour faire valoir leurs droits. Et le premier d'entre eux est l'éducation.
- Je ne peux qu'approuver de tels propos, répondit la reine. Mais si ton intention est louable, sa mise en pratique n'est pas aussi simple que tu le souhaiterais. D'une part, notre royaume ne dispose pas de suffisamment de personnes capables de se charger de l'éducation de tous nos sujets : seuls les précepteurs en ont la compétence, et ils exigent d'être payés pour leur travail à des tarifs prohibitifs pour l'immense majorité de notre population. Et même si les paysans d'un même village avaient la possibilité, en réunissant leurs faibles moyens, de payer un précepteur, est ce vraiment ce qu'ils désirent? Comme tu l'a bien exprimé, la plupart d'entre eux sont trop occupés à travailler afin d'assurer simplement leur survie, pour se soucier d'acquérir une instruction. Et il me semble difficile d'imposer à nos sujets une éducation dont ils ne voudraient pas.
- J'en ai bien conscience, Votre Altesse. Et c'est pourquoi il est essentiel de persuader les paysans du royaume de l'utilité de l'instruction avant de la proposer à grande échelle. Dans ce but, je souhaiterais effectuer une expérience dans ce fief où j'ai vécu: je voudrais tenter d'enseigner aux habitants les bases de l'éducation, tels que la lecture, l'écriture et le calcul, et ainsi, leur en démontrer l'intérêt. C'est un projet qui me tient à coeur depuis que j'ai découvert l'illettrisme généralisé dont souffre cette contrée. A ce jour, je n'ai plus d'obligation notable : en effet, depuis près d'un mois, j'ai quitté la troupe de l'Illustre Tragédie, d'une part, du fait de ma mésentente avec M. Corcine, et surtout, parce que je n'avais plus de motif de continuer ma carrière théâtrale. En effet, je ne l'avais reprise que comme moyen de pouvoir vous rencontrer à nouveau afin de vous faire part de mes griefs contre Gaston de Viersoul. Et j'ai sollicité cette audience afin de vous demander votre aide pour la réalisation de ce projet.
- Marie, continua le roi, si nobles que soient tes intentions, tu dois prendre conscience que tu ne peux t'improviser enseignante du jour au lendemain, sans avoir reçu la moindre formation ni acquis la moindre expérience. Néanmoins, si tu est sincèrement déterminée à te dévouer afin d'éduquer nos sujets, je suis prêt à te proposer mon aide. Je vais demander aux anciens précepteurs de ma fille de t'apprendre les bases de la pédagogie. Ainsi, tu pourras acquérir les compétences nécessaires pour enseigner à ton tour. Ce n'est qu'à ce moment que tu pourras mener à bien ta noble entreprise.
- Je ne peux qu'exprimer ma profonde reconnaissance pour tout le secours que vous m'apportez, et mon bonheur de constater que mon projet trouve grâce à vos yeux. Je vous promets que je me montrerai digne de la confiance que vous m'accordez.
- Je t'en prie, Marie, répondit la reine. Et crois bien que nous souhaitons de tout notre coeur que tes efforts soient couronnés de succès"
A la conclusion de cet entretien, les préparatifs du départ étaient achevés. Le roi et la reine convièrent Marie dans leur carrosse pour le voyage du retour, ce que la jeune fille accepta avec joie. Alors qu'ils rejoignaient leur véhicule, Marie remarqua un attelage surveillé par plusieurs gardes ; elle devina qu'il était destiné à transporter les prisonniers. Bientôt, quand tous furent installés, le convoi quitta le château de Viersoul et se mit en route pour la capitale.
Le lendemain matin, le roi accorda plusieurs audiences avant son départ. Il reçut d'abord l'épouse du seigneur de Viersoul, qui demanda au souverain de consentir à annuler son mariage, car elle souhaitait rompre au plus vite tout lien avec son indigne mari. Le roi lui donna son accord de principe, mais lui conseilla au préalable d'en informer sa famille; néanmoins, il ne doutait pas que dès que celle-ci apprendrait la sinistre vérité sur Gaston de Viersoul, elle approuverait sans réserve la démarche de leur parente.
L'audience suivante fut consacrée aux modalités d'administration du fief de Viersoul en attendant le successeur officiel du seigneur déchu; le roi nomma un de ses plus fidèles conseillers pour assurer l'intérim, et lui confia des membres de la garde royale afin de lui permettre d'asseoir son autorité. Il conseilla aussi au nouveau seigneur par interim de s'assurer au maximum la collaboration des notables du fief qui n'avaient pas été complices des exactions de Gaston de Viersoul, afin que la transition du pouvoir se déroule dans les conditions les plus propices.
Enfin, le couple royal accorda leur dernière audience avant le départ à Marie Fabre. Celle-ci avait en effet sollicité un entretien qui se déroulerait le lendemain de la chute de Gaston de Viersoul, sans toutefois en préciser le motif.
"Marie, commença le roi, à présent que ce seigneur criminel est hors d'état de nuire, accepterais tu de nous faire part de ce que tu souhaiterais nous demander?
- Votre Majesté, répondit la jeune fille, je tiens d'abord à vous remercier du fond du coeur de tout ce que vous avez fait, non seulement pour moi-même, mais surtout pour toutes celles et ceux qui ont souffert des méfaits du sinistre sire de Viersoul . Cependant, j'ai bien conscience que tout cela n'a été possible que parce que le seigneur a commis l'erreur de s'attaquer à une personne qui pourrait le faire répondre de ses actes en faisant appel à la justice royale. Mais en vérité, comment ai-je pu faire votre connaissance, et ainsi me plaindre devant vous contre mon agresseur? Cela ne fut possible que parce que j'avais impressionné Jean Polequin par mes connaissances et mes opinions sur ses pièces, ce qui l'a incité à me recruter dans sa troupe. Et si j'ai pu acquérir ce regard critique qui l'a tant marqué, je le dois à l'éducation que j'ai reçue de mon tuteur et qui m'a permis d'entretenir mon esprit. C'est grâce à elle que je suis parvenue à mettre au point la stratégie qui a fait tomber Gaston de Viersoul.
Or, Votre Majesté, dans nos campagnes, les paysans n'ont pas pu bénéficier de l'instruction que j'ai pu recevoir. Dès leur enfance, leur vie est complètement consacrée aux travaux agricoles, et, pour cette raison, ils demeurent dans une ignorance qui les rend vulnérables face à des personnes sans scrupules qui peuvent ainsi abuser de leur pouvoir sur eux en toute impunité, puisqu'ils n'ont pas les moyens de se défendre. Votre Majesté, afin de permettre à vos sujets de pouvoir combattre des injustices semblables à celles dont vous avez été témoin, il est indispensable de leur fournir les outils dont il ont besoin pour faire valoir leurs droits. Et le premier d'entre eux est l'éducation.
- Je ne peux qu'approuver de tels propos, répondit la reine. Mais si ton intention est louable, sa mise en pratique n'est pas aussi simple que tu le souhaiterais. D'une part, notre royaume ne dispose pas de suffisamment de personnes capables de se charger de l'éducation de tous nos sujets : seuls les précepteurs en ont la compétence, et ils exigent d'être payés pour leur travail à des tarifs prohibitifs pour l'immense majorité de notre population. Et même si les paysans d'un même village avaient la possibilité, en réunissant leurs faibles moyens, de payer un précepteur, est ce vraiment ce qu'ils désirent? Comme tu l'a bien exprimé, la plupart d'entre eux sont trop occupés à travailler afin d'assurer simplement leur survie, pour se soucier d'acquérir une instruction. Et il me semble difficile d'imposer à nos sujets une éducation dont ils ne voudraient pas.
- J'en ai bien conscience, Votre Altesse. Et c'est pourquoi il est essentiel de persuader les paysans du royaume de l'utilité de l'instruction avant de la proposer à grande échelle. Dans ce but, je souhaiterais effectuer une expérience dans ce fief où j'ai vécu: je voudrais tenter d'enseigner aux habitants les bases de l'éducation, tels que la lecture, l'écriture et le calcul, et ainsi, leur en démontrer l'intérêt. C'est un projet qui me tient à coeur depuis que j'ai découvert l'illettrisme généralisé dont souffre cette contrée. A ce jour, je n'ai plus d'obligation notable : en effet, depuis près d'un mois, j'ai quitté la troupe de l'Illustre Tragédie, d'une part, du fait de ma mésentente avec M. Corcine, et surtout, parce que je n'avais plus de motif de continuer ma carrière théâtrale. En effet, je ne l'avais reprise que comme moyen de pouvoir vous rencontrer à nouveau afin de vous faire part de mes griefs contre Gaston de Viersoul. Et j'ai sollicité cette audience afin de vous demander votre aide pour la réalisation de ce projet.
- Marie, continua le roi, si nobles que soient tes intentions, tu dois prendre conscience que tu ne peux t'improviser enseignante du jour au lendemain, sans avoir reçu la moindre formation ni acquis la moindre expérience. Néanmoins, si tu est sincèrement déterminée à te dévouer afin d'éduquer nos sujets, je suis prêt à te proposer mon aide. Je vais demander aux anciens précepteurs de ma fille de t'apprendre les bases de la pédagogie. Ainsi, tu pourras acquérir les compétences nécessaires pour enseigner à ton tour. Ce n'est qu'à ce moment que tu pourras mener à bien ta noble entreprise.
- Je ne peux qu'exprimer ma profonde reconnaissance pour tout le secours que vous m'apportez, et mon bonheur de constater que mon projet trouve grâce à vos yeux. Je vous promets que je me montrerai digne de la confiance que vous m'accordez.
- Je t'en prie, Marie, répondit la reine. Et crois bien que nous souhaitons de tout notre coeur que tes efforts soient couronnés de succès"
A la conclusion de cet entretien, les préparatifs du départ étaient achevés. Le roi et la reine convièrent Marie dans leur carrosse pour le voyage du retour, ce que la jeune fille accepta avec joie. Alors qu'ils rejoignaient leur véhicule, Marie remarqua un attelage surveillé par plusieurs gardes ; elle devina qu'il était destiné à transporter les prisonniers. Bientôt, quand tous furent installés, le convoi quitta le château de Viersoul et se mit en route pour la capitale.
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