L'école des princesses : chapitre 79
79) Les dessous de la chute du sire de Viersoul
Après le départ du seigneur déchu, le roi s'adressa aux convives qui avaient assisté, muets de stupeur à cette extraordinaire scène :
"Messires et gentes dames, il est à présent temps que vous receviez quelques explications sur les évènements dont vous venez d'être témoin. Et, pour commencer, je souhaite laisser la parole à ma chère épouse
- Je vous remercie, mon cher mari, répliqua la reine. Il y a deux mois, cette jeune fille, Marie Fabre, est venue au palais avec la troupe de l'Illustre Tragédie pour une représentation de la pièce '"Horace et Calircé" dont elle est l'auteur et l'interprète. A cette occasion, elle m'a informée du viol qu'elle avait subi de la part du seigneur de Viersoul, alors qu'elle habitait dans son fief, chez des parents d'un de ses anciens partenaires de la Compagnie de la Libre Comédie qu'elle aidait dans une situation difficile, et me suppliait de l'aider à obtenir justice.
- Je savais, poursuivit Marie, qu'en l'absence de preuves matérielles, il serait difficile de confondre Gaston de Viersoul, et qu'une accusation directe ne mènerait nulle part ; ce serait parole contre parole. Cependant, je devinai que ce seigneur ignorait que je connaissais Votre Majesté, et je décidai d'en tirer parti. Je suggérai alors à Son Altesse le plan suivant : l'organisation d'une visite royale au château de Viersoul, dont le motif officiel serait un désir par le souverain de découvrir une région de son royaume qu'il ne connaît que peu, et faire connaissance avec un de ses vassaux. Ainsi, le seigneur, préoccupé de recevoir un visiteur si illustre, et désireux d'en tirer un maximum profit, serait complètement pris par surprise lorsque son souverain lui présenterait sa victime comme une de ses proches. A ce moment, sa réaction spontanée, devant maints témoins, trahirait sa culpabilité.
- Lorsque mon épouse me présenta la situation, reprit le roi, je fus profondément touché par la souffrance de cette jeune fille qu'elle avait pris en amitié et jugeai ses accusations suffisamment sérieuses pour mériter une investigation. De plus, je dois avouer que je souhaitais aussi découvrir un fief où je n'e m'étais jamais rendu auparavant. Aussi, dès le surlendemain, je fis informer mademoiselle Fabre de mon accord, ainsi que des dates et des modalités de ma visite chez le seigneur de Viersoul. Je n'en informai néanmoins ce dernier qu'un mois plus tard, ce qui lui laissait cependant bien assez de temps pour préparer mon arrivée.
- Dès que j'appris la nouvelle, continua Marie, j'en avertis mon ami et ancien tuteur Jean Drake, et lui demandai de se rendre chez mon amie la Francine, afin de l'informer de la visite du roi, et surtout, de son véritable motif. En effet, je souhaitais que d'autres victimes de Gaston de Viersoul puissent aussi accuser leur agresseur publiquement. Bonne mère, pouvez vous poursuivre, je vous prie?
- Quand M'sieur Drake m'raconta que la visite du roi, c'était un plan d'Marie pour punir le seigneur, j'l'ai pas cru au début. Mais, je m'rappelai que mon Jacquot avec ses aut's saltimbanques font leur numéro parfois d'vant le roi. Alors, j'm'suis dit : c'est peut êt' vrai. Et puis, y avait trop de filles qui avaient souffert à cause du seigneur ; et si y avait un espoir qu'elles aient justice, alors autant tenter l'coup. M'sieur Drake m'dit alors qu'il fallait qu'j'raconte aux filles qu'y aurait un p'tit espoir que leur violeur soit puni, mais qu'pour c'la, elles devaient v'nir tel jour à l'auberge d'mon village, et surtout, qu'y fallait en parler à personne d'aut', car ça pourrait marcher que si ça restait un s'cret.
- Comme j'habite dans l'même village, continua la jeune paysanne violée à l'époque des récoltes, c'est à moi qu'la Francine causa en premier du plan. J'souffrais tant à cause de ce méchant sire, que j'étais prête à m'accrocher à ct'espoir. Et puis, j'racontai le plan à mon amie, qui à son tour, en parla à la fille qui avait été violée en mêm' temps qu'la Marie. Et on jura toutes trois d'garder l'secret.
- J'avais accompagné le roi et sa cour pendant leur voyage vers le château de Viersoul, reprit Marie. Cependant, je me séparai d'eux dans une petite ville voisine du fief, et ce ne fut qu'aujourd'hui, en fin de matinée, que je rejoignis l'auberge où j'avais rendez-vous avec la Francine et les autres accusatrices. Celles-ci arrivèrent en début d'après midi, chacune séparément, et nous nous retrouvâmes dans une chambre que j'avais réservée où nous restâmes jusqu'à la tombée de la nuit pour nous préparer pour le bal, en attendant le carrosse qui devait nous conduire au château.
Quand celui-ci arriva, nous étions prêtes, coiffées, habillées et masquées, et nous nous rendîmes toutes au château, accompagnées de ce brave serviteur qui devait nous soutenir. Nous fûmes introduites, moi-même en tant que pupille du roi, et mes compagnes comme mes suivantes, et nous pûmes entrer sans problème. Le bal venait de commencer quand je rejoignis la grande salle, et je décidai d'y participer, tandis que les autres, qui ne connaissaient pas les danses de cour, préférèrent se contenter de regarder.
Enfin, à la fin du bal, le roi me fit appeler, et vous connaissez la suite.
- Et c'est ainsi, conclut le roi, que la vilenie de Gaston de Viersoul fut révélée au grand jour. A présent, il croupit dans un cachot, où ses complices ne devraient pas tarder à l'y rejoindre. Que son destin serve de leçon à tous ceux qui voudraient abuser de leur pouvoir et faire souffrir les plus faibles qu'eux pour leur plaisir personnel, au mépris des lois royales : qu'ils ne croient pas que leur pouvoir leur apporte l'impunité, car je suis attentif aux souffrances de mes sujets, et je peux faire tout perdre à ceux qui leur causent du malheur.
Mais je vois que la nuit est fort avancée. En tant que nouveau maître du château, j'annonce la fin des festivités pour cette nuit".
Et, progressivement, la grande salle se vida des convives, ceux logeant au château rejoignant leurs appartements tandis que les autres retournèrent à leurs foyers.
Après le départ du seigneur déchu, le roi s'adressa aux convives qui avaient assisté, muets de stupeur à cette extraordinaire scène :
"Messires et gentes dames, il est à présent temps que vous receviez quelques explications sur les évènements dont vous venez d'être témoin. Et, pour commencer, je souhaite laisser la parole à ma chère épouse
- Je vous remercie, mon cher mari, répliqua la reine. Il y a deux mois, cette jeune fille, Marie Fabre, est venue au palais avec la troupe de l'Illustre Tragédie pour une représentation de la pièce '"Horace et Calircé" dont elle est l'auteur et l'interprète. A cette occasion, elle m'a informée du viol qu'elle avait subi de la part du seigneur de Viersoul, alors qu'elle habitait dans son fief, chez des parents d'un de ses anciens partenaires de la Compagnie de la Libre Comédie qu'elle aidait dans une situation difficile, et me suppliait de l'aider à obtenir justice.
- Je savais, poursuivit Marie, qu'en l'absence de preuves matérielles, il serait difficile de confondre Gaston de Viersoul, et qu'une accusation directe ne mènerait nulle part ; ce serait parole contre parole. Cependant, je devinai que ce seigneur ignorait que je connaissais Votre Majesté, et je décidai d'en tirer parti. Je suggérai alors à Son Altesse le plan suivant : l'organisation d'une visite royale au château de Viersoul, dont le motif officiel serait un désir par le souverain de découvrir une région de son royaume qu'il ne connaît que peu, et faire connaissance avec un de ses vassaux. Ainsi, le seigneur, préoccupé de recevoir un visiteur si illustre, et désireux d'en tirer un maximum profit, serait complètement pris par surprise lorsque son souverain lui présenterait sa victime comme une de ses proches. A ce moment, sa réaction spontanée, devant maints témoins, trahirait sa culpabilité.
- Lorsque mon épouse me présenta la situation, reprit le roi, je fus profondément touché par la souffrance de cette jeune fille qu'elle avait pris en amitié et jugeai ses accusations suffisamment sérieuses pour mériter une investigation. De plus, je dois avouer que je souhaitais aussi découvrir un fief où je n'e m'étais jamais rendu auparavant. Aussi, dès le surlendemain, je fis informer mademoiselle Fabre de mon accord, ainsi que des dates et des modalités de ma visite chez le seigneur de Viersoul. Je n'en informai néanmoins ce dernier qu'un mois plus tard, ce qui lui laissait cependant bien assez de temps pour préparer mon arrivée.
- Dès que j'appris la nouvelle, continua Marie, j'en avertis mon ami et ancien tuteur Jean Drake, et lui demandai de se rendre chez mon amie la Francine, afin de l'informer de la visite du roi, et surtout, de son véritable motif. En effet, je souhaitais que d'autres victimes de Gaston de Viersoul puissent aussi accuser leur agresseur publiquement. Bonne mère, pouvez vous poursuivre, je vous prie?
- Quand M'sieur Drake m'raconta que la visite du roi, c'était un plan d'Marie pour punir le seigneur, j'l'ai pas cru au début. Mais, je m'rappelai que mon Jacquot avec ses aut's saltimbanques font leur numéro parfois d'vant le roi. Alors, j'm'suis dit : c'est peut êt' vrai. Et puis, y avait trop de filles qui avaient souffert à cause du seigneur ; et si y avait un espoir qu'elles aient justice, alors autant tenter l'coup. M'sieur Drake m'dit alors qu'il fallait qu'j'raconte aux filles qu'y aurait un p'tit espoir que leur violeur soit puni, mais qu'pour c'la, elles devaient v'nir tel jour à l'auberge d'mon village, et surtout, qu'y fallait en parler à personne d'aut', car ça pourrait marcher que si ça restait un s'cret.
- Comme j'habite dans l'même village, continua la jeune paysanne violée à l'époque des récoltes, c'est à moi qu'la Francine causa en premier du plan. J'souffrais tant à cause de ce méchant sire, que j'étais prête à m'accrocher à ct'espoir. Et puis, j'racontai le plan à mon amie, qui à son tour, en parla à la fille qui avait été violée en mêm' temps qu'la Marie. Et on jura toutes trois d'garder l'secret.
- J'avais accompagné le roi et sa cour pendant leur voyage vers le château de Viersoul, reprit Marie. Cependant, je me séparai d'eux dans une petite ville voisine du fief, et ce ne fut qu'aujourd'hui, en fin de matinée, que je rejoignis l'auberge où j'avais rendez-vous avec la Francine et les autres accusatrices. Celles-ci arrivèrent en début d'après midi, chacune séparément, et nous nous retrouvâmes dans une chambre que j'avais réservée où nous restâmes jusqu'à la tombée de la nuit pour nous préparer pour le bal, en attendant le carrosse qui devait nous conduire au château.
Quand celui-ci arriva, nous étions prêtes, coiffées, habillées et masquées, et nous nous rendîmes toutes au château, accompagnées de ce brave serviteur qui devait nous soutenir. Nous fûmes introduites, moi-même en tant que pupille du roi, et mes compagnes comme mes suivantes, et nous pûmes entrer sans problème. Le bal venait de commencer quand je rejoignis la grande salle, et je décidai d'y participer, tandis que les autres, qui ne connaissaient pas les danses de cour, préférèrent se contenter de regarder.
Enfin, à la fin du bal, le roi me fit appeler, et vous connaissez la suite.
- Et c'est ainsi, conclut le roi, que la vilenie de Gaston de Viersoul fut révélée au grand jour. A présent, il croupit dans un cachot, où ses complices ne devraient pas tarder à l'y rejoindre. Que son destin serve de leçon à tous ceux qui voudraient abuser de leur pouvoir et faire souffrir les plus faibles qu'eux pour leur plaisir personnel, au mépris des lois royales : qu'ils ne croient pas que leur pouvoir leur apporte l'impunité, car je suis attentif aux souffrances de mes sujets, et je peux faire tout perdre à ceux qui leur causent du malheur.
Mais je vois que la nuit est fort avancée. En tant que nouveau maître du château, j'annonce la fin des festivités pour cette nuit".
Et, progressivement, la grande salle se vida des convives, ceux logeant au château rejoignant leurs appartements tandis que les autres retournèrent à leurs foyers.
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