L'école des princesses : chapitre 78

78) La disgrâce de Gaston de Viersoul

A la vue de Marie, le visage de Gaston de Viersoul blêmit, son sourire disparut et son expression se figea. Quelques instants après, il tenta de se ressaisir, et répondit d'une voix tremblante à la jeune fille :
"Enchanté ... de faire votre connaissance ... mademoiselle"
La reine demanda alors au seigneur :
"Messire, il est fort singulier que la vue de notre pupille suscite en vous une telle émotion. Mais peut-être l'avez vous déjà rencontrée auparavant?
- N..Non, Votre Majesté. C'est la première fois que je la vois
- Et vous mademoiselle? l'interrogea le roi. Auriez vous peut être déjà rencontré Messire de Viersoul?
- En toute vérité, Votre Altesse,  répondit Marie, je dois répondre que j'ai déjà eu le plaisir de rencontrer ce valeureux seigneur. Je me souviens même des fort aimables propos qu'il me tint lors de notre entrevue :
""OUVRE TES JAMBES, SALE GUEUSE, QUE MON EPEE ENTRE DANS TON JOLI FOURREAU""
A cet instant, la salle était devenue complètement silencieuse, et tous les regards se focalisèrent sur la jeune fille, le seigneur et le couple royal.
"Votre Majesté, continua Marie, j'accuse le seigneur Gaston de Viersoul de m'avoir enlevée, conduite de force dans son château, et de m'y avoir violée. Pouvez vous me permettre d'appeler les personnes qui m'ont accompagnée pour cette soirée?
-Je vous en prie, répondit le roi"
Marie se retira quelques instants, puis revint avec trois jeunes filles, une femme d'âge mûr et un homme, tous masqués. Quand ils firent face au seigneur et au couple royal, ils retirèrent leurs masques. La femme d'âge mûr n'était autre que la Francine, qui accompagnait trois paysannes, dont celle qui avait été violée le même jour que Marie. Toutes étaient sous la protection de l'homme, un serviteur du roi. Marie parla d'abord à la Francine :
"Bonne mère, vous avez été à mes côtés après le viol. Vous pouvez témoigner des souffrances que j'ai endurées pendant les semaines qui suivirent
- Oh oui, Vot' Majesté. La pauvre Marie était ben mal après êt' rev'nue du château. C'est sûr que c'est pas beau c'qui s'est passé là-bas pour ell"
Ensuite, Marie s'adressa aux jeunes paysannes :
"Mesdemoiselles, vous pouvez parler librement, personne ne vous fera de mal. Dites à Leurs Majestés ce que le sire de Viersoul vous a fait
- Vot' Majesté, commença la première paysanne, j'étais là quand mamzelle Marie a été violée par'c'seigneur. Et moi aussi j'ai été violée par lui. J'me rappelle ben, c'était trois jours après la fête de l'été
- Moi aussi j'ai été violée par l'seigneur, continua une autre paysanne, mais c'tait alors un' semaine après la fin des récoltes
- Et moi aussi poursuivit la troisième paysanne; L'seigneur m'a violée trois semaines avant qu'l'hiver commence"
Pendant que les jeunes filles lançaient leurs accusations, le roi et la reine remarquèrent que l'épouse du seigneur détournait les yeux et que son visage exprimait une profonde détresse. En effet, elle avait constaté que les jours pendant lesquels les viols se seraient déroulés correspondaient à des dates où elle s'était absentée du château pour aller rendre visite à sa famille. Elle découvrait avec horreur les sinistres activités auxquelles se consacrait son époux en son absence.
De son côté, le seigneur, abasourdi, écoutait les accusations dont il faisait l'objet. Quand les jeunes filles eurent fini de s'exprimer, le roi demanda à son hôte
"Eh bien, messire, qu'avez vous à répondre face à ces accusations?
- Votre Majesté, sauf votre respect, toutes ces femmes mentent. Je suis la cible d'un immonde complot par des gens qui souhaitent ma perte. Et je peux le prouver. Je dois vous avouer, votre Altesse, que j'ai en réalité bien rencontré cette jeune fille qui se prétend votre pupille. En réalité, c'est une aventurière, qui vous a abusée en vous faisant croire qu'elle était d'origine noble, alors que la vérité est qu'elle n'est qu'une fille de paysanne. Et en se faisant passer pour noble, elle vous soutire ainsi de l'or à son profit. Et cette vieille femme, et ces trois gueuses sont ses complices. Croyez moi, je vous en prie, je ne fais que me préoccuper des intérêts de mon illustre souverain.
- Mon pauvre Gaston, lui répondit ironiquement le roi, nous savions très bien qui étaient ces jeunes filles, sans avoir besoin de tes informations. Nous n'avons pas été abusées par ces jeunes personnes ; c'est toi que nous avons abusé en te présentant Marie comme notre pupille. De plus, nous savions déjà à quoi nous en tenir avec toi dès notre arrivée au château, avec tout ce luxe insolent que tu as déployé pour nous éblouir. Ton fief n'est pas riche ; je ne peux qu'imaginer les moyens immondes que tu as utilisés pour extorquer à tes sujets l'argent nécessaire pour financer cette somptueuse réception. Et de toute façon, tes réactions face à Marie et ses compagnes, ainsi que celles de ton épouse n'ont fait que confirmer ta culpabilité
- V.. Votre Altesse, tout ceci est faux, je vous le jure" supplia Gaston de Viersoul. S'adressant à sa femme, il continua "Ma chère, vous me croyez innocent, n'est ce pas?
Mais l'épouse du seigneur continuait de détourner son regard de son mari.
Le roi s'adressa à nouveau au seigneur :
"Gaston de Viersoul, je t'arrête pour les viols prémédités de Marie Fabre et de ces trois jeunes paysannes, en attendant que tes autres forfaits soient révélés à notre connaissance. Tous tes biens et titres sont saisis au profit de la couronne en attendant de trouver un successeur plus digne à qui les restituer. Gardes, emmenez ce seigneur félon dans un de ses propres cachots, où il restera jusqu'à notre départ demain. Gaston, je t'avais dit que je te chargerais des réceptions au palais. Je suis sûr que les rats et les cafards de nos prisons apprécieront beaucoup tes talents pour les divertir. Et n'essaie pas d'appeler tes gardes pour empêcher ton arrestation. Tu ne voudrais pas ajouter la haute trahison à la liste de tes crimes, n'est ce pas?"
Le seigneur restait hébété face à sa propre disgrâce. Mais quand il observa le visage de Marie Fabre, le petit sourire triomphal et narquois qu'elle lui adressait, ainsi que les regards complices qu'elle échangeait avec la reine, il comprit alors enfin la terrible vérité. Pour une raison qu'il ignorait, cette jeune femme bénéficiait de l'oreille du couple royal, et c'était elle qui avait manigancé avec eux cette visite, dont l'unique but avait été de provoquer sa chute. Et il était tombé dans leur piège, et avait ainsi tout perdu, ses ambitions, ses biens, et sa liberté. Il n'arrivait plus à soutenir le regard de cette Marie Fabre, qui avait si bien réussi à le mener à sa perte. Et, accablé par son malheur, il se laissa emmener par les gardes du roi sans opposer aucune résistance.

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