L'école des princesses : chapitre 69
69) Rencontre avec la troupe de l'Illustre Tragédie
"Marie, commença M. de la Salle, à présent que vous avez officiellement rejoint notre théâtre, il est temps de vous présenter au reste de la troupe.
- Je vous laisse vous en charger, grogna M. Corcine; de mon côté, je retourne dans ma chambre afin de réviser une de mes pièces."
Et, sur ces mots, le dramaturge quitta le bureau. Le directeur sortit à son tour avec Marie et ils se dirigèrent vers la grande salle, où les comédiens travaillaient. Tandis que sur la scène, certains comédiens répétaient leurs répliques, d'autres relisaient leur texte assis sur les gradins. Avec vingt membres, l'Illustre Tragédie constituait la plus nombreuse et la plus renommée des troupes théâtrales du royaume. M. de la Salle appela les acteurs et actrices afin de leur présenter la nouvelle venue. Marie reconnaissait certains d'entre eux pour les avoir vus à plusieurs reprises en représentation, alors qu'elle vivait encore chez ses parents, en particulier les deux têtes d'affiche de la troupe, les célèbres et talentueux Baptiste Lemaître et Armande Bernard, à qui M. Corcine destinait les rôles les plus importants de ses pièces. M. Lemaître, un homme de trente cinq ans imposait aisément sa présence sur scène par sa grande taille, son corps élancé et vigoureux et un visage large aux traits carrés surmontés de courts cheveux bruns. A trente trois ans, Mme Bernard, avec sa taille fine, ses cheveux noirs d'ébène et son visage aux joues rebondies impressionnait par sa beauté; mais son regard vif laissait aussi deviner un caractère bien trempé qui imposait le respect. Ceux-ci accueillirent la jeune fille poliment, mais froidement, tandis que leurs partenaires affichèrent une courtoise indifférence. Seul Michel Bournès, un petit homme déjà âgé, au crâne fort dégarné, mais dont l'expressivité du visage rappelait à Marie le souvenir de Jacques, témoigna un sincère plaisir à la rencontrer. Tous connaissaient le motif de sa présence, et, à l'exception de M. Bournès, observèrent la nouvelle venue avec méfiance, lui faisant clairement comprendre qu'ils ne la laisseraient pas leur dicter leur conduite. Bien conscience qu'elle ne se situait point en terrain conquis, Marie tenta, par une attitude humble et polie, de faire bonne impression.
Après cette première rencontre avec la troupe, le directeur emmena la jeune fille à l'étage, vers la chambre où elle serait logée pendant la durée de son contrat. Ce n'était qu'un petit réduit qui comprenait juste assez d'espace pour une couche, une petite table et sa chaise. M. de la Salle s'excusa auprès de Marie de l'exiguïté de ce logis, le seul disponible qu'il pouvait mettre à sa disposition ; mais la jeune fille ne s'en formalisa aucunement.
Après avoir déposé ses affaires, Marie s'installa sur sa couche et y prit un peu de repos. Une demi-heure, rejoignit les comédiens qui répétaient leurs rôles dans la grande salle, et les observant en silence. Bientôt, M. Bournès la rejoignit, pour lui proposer ses services. Marie lui demanda de l'aider à convaincre Armande Bernard d'accepter un entretien avec elle au sujet de sa pièce. Bournès la quitta et se dirigea vers l'illustre comédienne. Quelques minutes plus tard, il informa Marie que Mme Bernard consentirait à lui parler le lendemain entre deux répétitions.
Peu après, M. Corcine entra dans la grande salle et se dirigea vers la jeune fille :
" Mademoiselle, je tiens à ce que vous soyez présente à la représentation de ce soir, qui commencera à huit heures précises afin que vous mesuriez à sa juste valeur la grande qualité de notre travail. Ce n'est pas du petit théâtre ambulant, comme celui de Polequin, mais de l'art authentique. Nos exigences de qualité dépassent tout ce que vous avez connu jusqu'à présent, et vous comprendrez aisément pourquoi je ne montrerai aucune complaisance à votre égard"
Le dramaturge l'ignorait, mais Marie connaissait bien les grands talents d'auteur et de metteur en scène de son interlocuteur, dont elle avait étudié les tragédies et pièces historiques alors qu'elle vivait encore au palais. Aussi, malgré son comportement hostile, elle se contenta de l'approuver poliment. Semblant satisfait de sa réponse, M. Corcine la quitta pour superviser le travail de sa troupe.
"Marie, commença M. de la Salle, à présent que vous avez officiellement rejoint notre théâtre, il est temps de vous présenter au reste de la troupe.
- Je vous laisse vous en charger, grogna M. Corcine; de mon côté, je retourne dans ma chambre afin de réviser une de mes pièces."
Et, sur ces mots, le dramaturge quitta le bureau. Le directeur sortit à son tour avec Marie et ils se dirigèrent vers la grande salle, où les comédiens travaillaient. Tandis que sur la scène, certains comédiens répétaient leurs répliques, d'autres relisaient leur texte assis sur les gradins. Avec vingt membres, l'Illustre Tragédie constituait la plus nombreuse et la plus renommée des troupes théâtrales du royaume. M. de la Salle appela les acteurs et actrices afin de leur présenter la nouvelle venue. Marie reconnaissait certains d'entre eux pour les avoir vus à plusieurs reprises en représentation, alors qu'elle vivait encore chez ses parents, en particulier les deux têtes d'affiche de la troupe, les célèbres et talentueux Baptiste Lemaître et Armande Bernard, à qui M. Corcine destinait les rôles les plus importants de ses pièces. M. Lemaître, un homme de trente cinq ans imposait aisément sa présence sur scène par sa grande taille, son corps élancé et vigoureux et un visage large aux traits carrés surmontés de courts cheveux bruns. A trente trois ans, Mme Bernard, avec sa taille fine, ses cheveux noirs d'ébène et son visage aux joues rebondies impressionnait par sa beauté; mais son regard vif laissait aussi deviner un caractère bien trempé qui imposait le respect. Ceux-ci accueillirent la jeune fille poliment, mais froidement, tandis que leurs partenaires affichèrent une courtoise indifférence. Seul Michel Bournès, un petit homme déjà âgé, au crâne fort dégarné, mais dont l'expressivité du visage rappelait à Marie le souvenir de Jacques, témoigna un sincère plaisir à la rencontrer. Tous connaissaient le motif de sa présence, et, à l'exception de M. Bournès, observèrent la nouvelle venue avec méfiance, lui faisant clairement comprendre qu'ils ne la laisseraient pas leur dicter leur conduite. Bien conscience qu'elle ne se situait point en terrain conquis, Marie tenta, par une attitude humble et polie, de faire bonne impression.
Après cette première rencontre avec la troupe, le directeur emmena la jeune fille à l'étage, vers la chambre où elle serait logée pendant la durée de son contrat. Ce n'était qu'un petit réduit qui comprenait juste assez d'espace pour une couche, une petite table et sa chaise. M. de la Salle s'excusa auprès de Marie de l'exiguïté de ce logis, le seul disponible qu'il pouvait mettre à sa disposition ; mais la jeune fille ne s'en formalisa aucunement.
Après avoir déposé ses affaires, Marie s'installa sur sa couche et y prit un peu de repos. Une demi-heure, rejoignit les comédiens qui répétaient leurs rôles dans la grande salle, et les observant en silence. Bientôt, M. Bournès la rejoignit, pour lui proposer ses services. Marie lui demanda de l'aider à convaincre Armande Bernard d'accepter un entretien avec elle au sujet de sa pièce. Bournès la quitta et se dirigea vers l'illustre comédienne. Quelques minutes plus tard, il informa Marie que Mme Bernard consentirait à lui parler le lendemain entre deux répétitions.
Peu après, M. Corcine entra dans la grande salle et se dirigea vers la jeune fille :
" Mademoiselle, je tiens à ce que vous soyez présente à la représentation de ce soir, qui commencera à huit heures précises afin que vous mesuriez à sa juste valeur la grande qualité de notre travail. Ce n'est pas du petit théâtre ambulant, comme celui de Polequin, mais de l'art authentique. Nos exigences de qualité dépassent tout ce que vous avez connu jusqu'à présent, et vous comprendrez aisément pourquoi je ne montrerai aucune complaisance à votre égard"
Le dramaturge l'ignorait, mais Marie connaissait bien les grands talents d'auteur et de metteur en scène de son interlocuteur, dont elle avait étudié les tragédies et pièces historiques alors qu'elle vivait encore au palais. Aussi, malgré son comportement hostile, elle se contenta de l'approuver poliment. Semblant satisfait de sa réponse, M. Corcine la quitta pour superviser le travail de sa troupe.
Commentaires
Enregistrer un commentaire