L'école des princesses : chapitre 68

68) Rencontre avec Jean Pierre Corcine

Le lendemain matin, tous deux se rendirent sur le nouveau lieu de travail de Drake. Peu avant leur arrivée, celui-ci lui indiqua l'auberge où il avait l'intention de s'installer pendant son séjour à la capitale. A leur arrivée à l'atelier, il lui indiqua :
"Marie, en cas de besoin, tu pourras me retrouver soit ici, soit à l'auberge. En cas d'absence, n'hésite pas à entrer pour te renseigner à mon sujet".
Sur ces mots, les deux amis se séparèrent.
A l'heure convenue, Marie se rendit au grand théâtre. Lorsqu'elle entra dans le bureau de M. de la Salle, celui-ci l'attendait en compagnie d'un homme de grande taille, corpulent, âgé d'une cinquantaine d'années, et à l'expression sévère. Tous deux se levèrent à l'arrivée de la jeune fille, et le directeur fit les présentations :
"Mademoiselle Fabre, commença celui-ci, je vous présente M. Jean Pierre Corcine, auteur, metteur en scène et fondateur de l'Illustre Tragédie, notre compagnie résidente. Maître, voici Marie Fabre, la jeune comédienne et auteur dont je vous ai parlé
- Enchantée de faire votre connaissance, maître, salua la jeune fille avec déférence.
- Bonjour mademoiselle, répondit M. Corcine d'une voix dépourvue de toute cordialité. Vous devez immédiatement savoir que je n'ai jamais mis en scène ni interprété de pièce dont je ne suis pas l'auteur. Aussi, lorsque M. de la Salle m'a parlé de votre projet, je lui clairement fait comprendre que je n'étais pas intéressé. Cependant, sur son insistance, j'ai consenti à au moins lire le manuscrit de votre petite féerie. Je vous avoue que je n'ai guère été impressionné par votre texte ; votre style est dépourvu d'originalité et ne fait qu'imiter celui de Polequin dont déjà, je considère la réputation de dramaturge comme très surfaite. Vous racontez le mythe d'Horace et Calircé de manière correcte, mais assez conventionnelle. J'ai montré votre texte à mes partenaires, et dans l'ensemble, ils partagent mon opinion. Le seul qui ait montré un quelconque enthousiasme a été M. Bournès
- M. Bournès? demanda Marie
- Michel Bournès est notre comédien spécialisé dans les rôles ridicules, destinés à déclencher le rire du public. Et il semble avoir particulièrement apprécié votre choix, de mon point de vue fort discutable, d'insister sur les éléments bouffons du mythe, avec ce personnage assez grotesque de compagnon d'Horace.
- Lorsque j'ai écrit "Horace et Calircé", j'ai souhaité écrire un rôle important pour mon partenaire Jacques Guérin, qui lui permettrait de mettre en valeur ses talents comiques
- Quoi qu'il en soit, dès qu'il a lu votre texte, il nous a signifié très clairement qu'il souhaitait jouer ce rôle de Vadius. Il a joint ses supplications à celles de M. de la Salle afin que je consente à mettre en scène votre pièce. Or, bien que je la trouve plus que médiocre, un refus de ma part risque de créer une brouille entre M. Bournès et moi. Je ne peux me permettre une telle situation, car si je ne goûte que fort peu les comédies et autres farces, ce n'est pas le cas du public, et M Bournès est mon meilleur atout pour le satisfaire. C'est pourquoi, malgré mes réticences, j'accepte de mettre en scène votre pièce, mais sous certaines conditions.
D'abord, je ne travaille pas comme Polequin : je fais répéter mes comédiens avec un texte complet, sans aucune improvisation; aussi, il vous faudra écrire toutes les répliques que les interprètes devront apprendre pour la représentation. De plus, une fois que vous aurez complété votre texte, je demande le droit de pouvoir le réviser à ma guise. Par ailleurs, même si je consens à vous inclure dans la distribution, j'exige que ma principale comédienne, Mme Armande Bernard, puisse disposer d'un rôle important où ses talents pourront être mis en valeur. Enfin, c'est moi et moi seul qui déciderai du nombre et de la planification des représentations.  Souscrivez vous à ces conditions, mademoiselle Fabre? Sachez qu'elles ne sont pas négociables."

A mesure qu'elle écoutait M. Corcine, Marie ressentit une antipathie grandissante envers cet homme arrogant, même si elle admit en elle-même que certaines de ses critiques n'étaient pas totalement infondées. Cependant, elle avait obtenu l'essentiel : "Horace et Calircé" serait à nouveau représenté dans la cité royale. Aussi, elle accepta les conditions que le chef de la troupe lui imposait, à la grande joie du directeur de théâtre.


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