L'école des princesses : chapitre 65
65) Visite guidée du Pays Enchanté : visite du village des gobelins
Albermimich, accompagné de sa garde rapprochée, commença à traverser le village, suivi par la princesse, tandis que Smaugnir les accompagnait par les airs. Bientôt, ils arrivèrent à un grand fourneau, entouré de multiples ateliers.
"Mademoiselle, commença le chef, voici le plus important centre d'activité de notre village : c'est ici que nous extrayons le fer de son minerai et que nous travaillons l'acier et la fonte. Chacun des ateliers que vous voyez ici est spécialisé dans la fabrication d'objets différents. Nous sommes très exigeants sur la qualité de nos produits. Je vais vous présenter à quelques un de nos artisans."
Albermimich ordonna à ses gardes d'entrer dans trois des ateliers, afin d'informer leur propriétaire qu'il sollicitait leur présence. Lorsqu'ils revinrent, accompagnés des artisans, le chef et la princesse se rapprochèrent d'un gobelin d'âge mûr, vêtu d'un tablier noir, tenant à la main un marteau.
"Mademoiselle, dit Albermimich, voici Gorgoch. Il est spécialisé dans la fabrication d'armes, épées, poignards, pointes de flèches et de lances. Ses armes sont remarquables par leur dureté, leur solidité et leur tranchant. Elles nous sont indispensables pour la chasse, qui nous fournit une part importante de notre alimentation, mais aussi, pour nous défendre en cas de besoin contre des créatures hostiles. Tenez, regardez cette dague qu'il a fabriquée à mon intention."
La princesse prit l'arme, la soupesa, la retourna et en admira tout autant la beauté et la qualité. Pour qui savait s'en servir, cette dague pouvait se révéler une arme redoutable. Elle s'adressa ensuite au forgeron:
"Enchanté de faire votre connaissance, et félicitations pour votre remarquable ouvrage"
Après que Smaugnir eût traduit ses propos, le gobelin, surpris par la cordialité de cette étrange créature, inclina légèrement la tête en signe de remerciement.
Mais Albermimich amena la jeune fille devant un autre artisan, plus jeune, et dont l'apparence trahissait son appartenance à la gente féminine
" Voici Marmach ; elle est spécialisée dans la fabrication des fils et câbles de fer et d'acier. Personne n'en fait de plus solide qu'elle, et elle a accepté de vous montrer un échantillon de son travail"
La gobeline avait amené avec elle un petit rouleau de fil en acier qu'elle tendit à la princesse. Celle-ci en déroula quelques pouces, et ne put qu'approuver les propos de son guide. Elle rendit ensuite le rouleau à sa propriétaire, après l'avoir poliment remerciée.
Enfin, Albermimich amena la jeune fille vers un couple de gobelins
" Pour terminer, je vous présente le couple Nibalt ; le mari Gurch et la femme Fridach : à la différence des deux autres, qui sont plus spécialisés, eux produisent plutôt des objets divers utilisés dans le cadre de la vie quotidienne : accessoires de cuisine, lampes, poignées de porte, outils, et même jouets pour enfants. Des objets aisés à fabriquer, mais néanmoins indispensables."
Les deux artisans avaient apporté quelques objets produits dans leur atelier : des couverts, un marteau, une poignée de porte, et de petits anneaux qu'ils vendaient pour les enfants. La princesse les palpa et les admira : leur facture était simple, mais irréprochable. Après avoir rendu leur bien au couple et l'avoir remercié, la jeune fille s'adressa au chef :
" Votre excellence, je vous suis bien obligée de l'honneur que vous m'avez offert d'admirer l'ouvrage de vos artisans. De plus cette visite réveille en moi des souvenirs personnels. En effet, j'ai moi-même travaillé pendant quelques semaines chez un forgeron, et le travail du métal m'a profondément intéressé. Cependant, je dois reconnaître que l'ouvrage que j'ai pu observer de vos artisans dépasse en qualité les meilleurs productions de nos propres forgerons."
Le visage d'Albermimich ne put dissimuler une expression de vif plaisir lorsque Smaugnir lui traduisit les louanges de la princesse.
La petite troupe quitta le quartier sidérurgique, afin de visiter les autres secteurs du village : la jeune fille put ainsi parcourir les quartiers résidentiels, où habitaient les mineurs. Au sein de cette zone, un bâtiment suscita en particulier l'intérêt de la princesse : une grande maison à plusieurs étages qu'Albermimich lui montra après qu'elle lui eut demandé la manière dont les enfants étaient gérés lorsque leurs parents travaillaient à la mine. Cet édifice correspondait à l'école du village, où tous les enfants devaient se rendre pendant au moins dix ans, afin d'y recevoir leur éducation. Ils y apprenaient les enseignements de base, lecture, écriture et calcul, mais aussi des cours sur les roches et minéraux, la géologie et les sciences de la vie, afin d'acquérir le bagage de connaissances nécessaire à leur vie d'adulte. La princesse se réjouit de constater que les gobelins se souciaient autant de l'instruction de leurs enfants, et regrettait plus que jamais qu'un tel système n'existât pas encore dans son royaume.
Après avoir traversé le petit secteur comprenant les quelques ateliers d'orfèvrerie du village, la jeune fille et ses guides retournèrent dans la grande place, où Albermimich lui présenta pour terminer le grand édifice qui trônait en son centre.
"Mademoiselle, voici l'Hôtel de Ville, le bâtiment le plus important du village, où, en tant que chef, je réside. Il en représente aussi le principal centre administratif, servant aussi de palais de justice, et de quartier général de la garde, qui est chargée du maintien de l'ordre.
- C'est intéressant; dans nos petites villes, l'administration et la justice sont aussi centralisées dans la maison du bourgmestre. Et dans les campagnes, c'est le château du seigneur qui remplit ce rôle.
Intrigué par la remarque de la jeune fille, le chef du village lui demanda :
"J'ai constaté que vous constatiez des similitudes entre notre société et la vôtre. Pouvez vous m'en apprendre plus sur la société humaine? Nous ne connaissons des humains que ce qui nous parvient des légendes et anciens récits historiques, et ceux-ci décrivent essentiellement les conflits les opposant aux anciens gobelins, en mettant bien en évidence leur cruauté et leur avidité. Or vous êtes la première humaine que j'ai rencontrée de ma vie, et votre personnalité est à l'opposé de tout ce que nos anciens écrits nous ont appris. Aussi, je souhaiterais en savoir plus, afin de pouvoir comprendre ce paradoxe.
- Excellence, depuis que je suis arrivée dans votre village, j'ai constaté de remarquables similitudes entre votre société et la nôtre. Votre village me rappelle les quelques villes de mon royaume dont l'économie dépend de l'activité minière. Cependant la plus grande partie de notre population est paysanne, et vit de la culture de la terre. Dans les grandes villes, et surtout le grand port, l'économie est dominée par l'activité commerciale, notamment avec les royaumes environnants, à qui nous vendons nos produits et achetons les leurs.
- Et qu'en est il de la personnalité des humains?
- Chaque humain a une personnalité différente. Certains sont remarquablement bons, aimables et généreux, d'autres, à l'opposé, sont méchants, cupides et égoïstes. Mais, en règle générale, la plupart d'entre eux se préoccupent surtout de subvenir à leurs besoins et à ceux de leurs proches, sans montrer de propension particulière, ni au bien, ni au mal.
- Cette description des humains pourrait tout aussi bien nous décrire, nous-mêmes gobelins. Alors, comment expliquer les souffrances que notre race a subi de la part de la vôtre?
- Plusieurs raisons peuvent expliquer ces malheurs. D'abord, les humains les plus cruels parviennent malheureusement trop souvent à accéder à une position de pouvoir, et ainsi, en entraîner d'autres à se rendre coupables des actions les plus odieuses alors que dans des circonstances différentes, ceux-là ne commettraient aucun crime. Afin de les manipuler, ces vils dirigeants tirent parti de deux tactiques très efficaces.
D'une part, ils exploitent la misère de populations qui, souvent, ne parviennent pas à subvenir à leurs besoins et ceux de leurs proches, et leur font miroiter la promesse de richesses qui leur permettraient de sortir de la pauvreté. D'autre part, et surtout, ils tirent parti de la crainte de l'inconnu, de l'étranger qui, parce qu'il est différent, serait mauvais, les menacerait, eux et leur famille. Grâce à ces peurs, bien des humains peuvent être aisément persuadés que ces êtres différents ne méritent pas de vivre, et que les tuer ne représente pas un acte criminel, mais au contraire héroïque, car ainsi, ils protègent leur famille et en particulier leurs enfants. Ces méthodes ont déjà prouvé leur efficacité pour dresser les humains les uns contre les autres; mais si de surcroît, l'ennemi n'est pas de la même espèce, cette stratégie fonctionne encore mieux. Et comme le moteur de cette manipulation est l'utilisation des peurs profondes des individus, les quelques humains qui souhaiteraient la coexistence entre les deux clans que l'on cherche à opposer deviennent rapidement inaudibles, et cela d'autant plus que les puissants chercheront à faire échouer les tentatives de conciliation qui contrarieraient leurs intérêts.
- Quelques légendes racontent des histoires d'amitié entre humains et gobelins, mais uniquement comme des cas exceptionnels. Cependant, croyez bien que je garderai un excellent souvenir de notre rencontre, et je vous offre mon amitié. Une question : pensez vous qu'un jour humains et gobelins pourraient cohabiter pacifiquement?
- Je vous remercie de votre offre d'amitié, l'accepte avec gratitude et vous offre à mon tour la mienne. Pour répondre à votre question : honnêtement, à votre place, je ne prendrais pas le risque de reprendre contact avec la société humaine. Je craindrais que vos talents n'attirent la convoitise de quelque roi ou seigneur puissant, qui, pour mettre la main sur vos richesses, provoqueraient des conflits sanglants entre humains et gobelins qui seraient à l'origine de nombreuses souffrances, avec la mort d'innocents dans chaque camp. Quelques mauvais humains peuvent aisément ruiner les meilleures intentions du plus grand nombre. Notre histoire comprend trop de guerres entre nations qui ont été déclenchées pour ces raisons. Vous avez réussi à trouver au Pays Enchanté la paix, la sérénité et la sécurité. Ce sont des trésors trop précieux pour prendre le risque de les perdre.
- Merci mademoiselle, pour votre franchise et votre sagesse.
- Je vous en prie. Il me peine de parler des miens en des termes si durs, mais je ne peux cacher la vérité, ni à vous, ni à moi-même.
- Mademoiselle, sachez que ces vices dont vous accablez les humains ne nous épargnent pas nous- mêmes. Notre histoire comprend aussi des guerres, non seulement entre nous et d'autres espèces, mais aussi entre gobelins. C'est pourquoi, afin d'éviter de nouveaux conflits, il a été décidé que les villages de gobelins du Pays Enchanté seraient distants entre eux de plusieurs dizaines de milles, afin de limiter au maximum les confrontations pour le contrôle des mines. De même, nous enseignons à nos enfants autant que nous pouvons la vanité des conflits et l'importance de se satisfaire de ce qui nous est offert. Nous veillons aussi à ménager nos ressources, afin que chaque gobelin ait la possibilité de subvenir à ses besoins dans la dignité, et ainsi, ne ressente pas le besoin d'en posséder plus.
- Voilà une bien sage politique, et si j'étais dans une position de pouvoir, je souhaiterais en appliquer une semblable."
Sur ces paroles, Smaugnir signala à la princesse que Drake les attendait à la sortie du village. L'heure du départ approchait. La jeune fille fit ses adieux aux gobelins, les remercia encore une fois pour leur accueil, puis quitta le village pour rejoindre Drake. Elle monta ensuite sur son dos, puis les deux dragons retournèrent dans la caverne d'Akairyuu. Toute la famille était réunie pour le départ de la princesse du Pays Enchanté.
"Mes chers hôtes, commença celle-ci, je souhaite vous remercier de votre hospitalité pendant mon séjour parmi vous. J'ai été très heureuse de faire votre connaissance, et croyez bien que je reste votre dévouée servante.
- Je t'en prie, répondit Akairyuu. Tout le plaisir a été pour nous. J'espère que nous aurons l'occasion de nous revoir un jour, car ta compagnie nous a été fort agréable, et nous ne pouvons que nous féliciter que mon Drake ait une amie telle que toi"
Après avoir salué chaque dragon, la princesse s'installa dans son carrosse sur le dos de Drake. Celui-ci endormit son amie, puis, après avoir à son tour pris congé de ses proches, s'envola avec son précieux fardeau. Quelques heures plus tard, ils étaient de retour dans leur caverne.
Albermimich, accompagné de sa garde rapprochée, commença à traverser le village, suivi par la princesse, tandis que Smaugnir les accompagnait par les airs. Bientôt, ils arrivèrent à un grand fourneau, entouré de multiples ateliers.
"Mademoiselle, commença le chef, voici le plus important centre d'activité de notre village : c'est ici que nous extrayons le fer de son minerai et que nous travaillons l'acier et la fonte. Chacun des ateliers que vous voyez ici est spécialisé dans la fabrication d'objets différents. Nous sommes très exigeants sur la qualité de nos produits. Je vais vous présenter à quelques un de nos artisans."
Albermimich ordonna à ses gardes d'entrer dans trois des ateliers, afin d'informer leur propriétaire qu'il sollicitait leur présence. Lorsqu'ils revinrent, accompagnés des artisans, le chef et la princesse se rapprochèrent d'un gobelin d'âge mûr, vêtu d'un tablier noir, tenant à la main un marteau.
"Mademoiselle, dit Albermimich, voici Gorgoch. Il est spécialisé dans la fabrication d'armes, épées, poignards, pointes de flèches et de lances. Ses armes sont remarquables par leur dureté, leur solidité et leur tranchant. Elles nous sont indispensables pour la chasse, qui nous fournit une part importante de notre alimentation, mais aussi, pour nous défendre en cas de besoin contre des créatures hostiles. Tenez, regardez cette dague qu'il a fabriquée à mon intention."
La princesse prit l'arme, la soupesa, la retourna et en admira tout autant la beauté et la qualité. Pour qui savait s'en servir, cette dague pouvait se révéler une arme redoutable. Elle s'adressa ensuite au forgeron:
"Enchanté de faire votre connaissance, et félicitations pour votre remarquable ouvrage"
Après que Smaugnir eût traduit ses propos, le gobelin, surpris par la cordialité de cette étrange créature, inclina légèrement la tête en signe de remerciement.
Mais Albermimich amena la jeune fille devant un autre artisan, plus jeune, et dont l'apparence trahissait son appartenance à la gente féminine
" Voici Marmach ; elle est spécialisée dans la fabrication des fils et câbles de fer et d'acier. Personne n'en fait de plus solide qu'elle, et elle a accepté de vous montrer un échantillon de son travail"
La gobeline avait amené avec elle un petit rouleau de fil en acier qu'elle tendit à la princesse. Celle-ci en déroula quelques pouces, et ne put qu'approuver les propos de son guide. Elle rendit ensuite le rouleau à sa propriétaire, après l'avoir poliment remerciée.
Enfin, Albermimich amena la jeune fille vers un couple de gobelins
" Pour terminer, je vous présente le couple Nibalt ; le mari Gurch et la femme Fridach : à la différence des deux autres, qui sont plus spécialisés, eux produisent plutôt des objets divers utilisés dans le cadre de la vie quotidienne : accessoires de cuisine, lampes, poignées de porte, outils, et même jouets pour enfants. Des objets aisés à fabriquer, mais néanmoins indispensables."
Les deux artisans avaient apporté quelques objets produits dans leur atelier : des couverts, un marteau, une poignée de porte, et de petits anneaux qu'ils vendaient pour les enfants. La princesse les palpa et les admira : leur facture était simple, mais irréprochable. Après avoir rendu leur bien au couple et l'avoir remercié, la jeune fille s'adressa au chef :
" Votre excellence, je vous suis bien obligée de l'honneur que vous m'avez offert d'admirer l'ouvrage de vos artisans. De plus cette visite réveille en moi des souvenirs personnels. En effet, j'ai moi-même travaillé pendant quelques semaines chez un forgeron, et le travail du métal m'a profondément intéressé. Cependant, je dois reconnaître que l'ouvrage que j'ai pu observer de vos artisans dépasse en qualité les meilleurs productions de nos propres forgerons."
Le visage d'Albermimich ne put dissimuler une expression de vif plaisir lorsque Smaugnir lui traduisit les louanges de la princesse.
La petite troupe quitta le quartier sidérurgique, afin de visiter les autres secteurs du village : la jeune fille put ainsi parcourir les quartiers résidentiels, où habitaient les mineurs. Au sein de cette zone, un bâtiment suscita en particulier l'intérêt de la princesse : une grande maison à plusieurs étages qu'Albermimich lui montra après qu'elle lui eut demandé la manière dont les enfants étaient gérés lorsque leurs parents travaillaient à la mine. Cet édifice correspondait à l'école du village, où tous les enfants devaient se rendre pendant au moins dix ans, afin d'y recevoir leur éducation. Ils y apprenaient les enseignements de base, lecture, écriture et calcul, mais aussi des cours sur les roches et minéraux, la géologie et les sciences de la vie, afin d'acquérir le bagage de connaissances nécessaire à leur vie d'adulte. La princesse se réjouit de constater que les gobelins se souciaient autant de l'instruction de leurs enfants, et regrettait plus que jamais qu'un tel système n'existât pas encore dans son royaume.
Après avoir traversé le petit secteur comprenant les quelques ateliers d'orfèvrerie du village, la jeune fille et ses guides retournèrent dans la grande place, où Albermimich lui présenta pour terminer le grand édifice qui trônait en son centre.
"Mademoiselle, voici l'Hôtel de Ville, le bâtiment le plus important du village, où, en tant que chef, je réside. Il en représente aussi le principal centre administratif, servant aussi de palais de justice, et de quartier général de la garde, qui est chargée du maintien de l'ordre.
- C'est intéressant; dans nos petites villes, l'administration et la justice sont aussi centralisées dans la maison du bourgmestre. Et dans les campagnes, c'est le château du seigneur qui remplit ce rôle.
Intrigué par la remarque de la jeune fille, le chef du village lui demanda :
"J'ai constaté que vous constatiez des similitudes entre notre société et la vôtre. Pouvez vous m'en apprendre plus sur la société humaine? Nous ne connaissons des humains que ce qui nous parvient des légendes et anciens récits historiques, et ceux-ci décrivent essentiellement les conflits les opposant aux anciens gobelins, en mettant bien en évidence leur cruauté et leur avidité. Or vous êtes la première humaine que j'ai rencontrée de ma vie, et votre personnalité est à l'opposé de tout ce que nos anciens écrits nous ont appris. Aussi, je souhaiterais en savoir plus, afin de pouvoir comprendre ce paradoxe.
- Excellence, depuis que je suis arrivée dans votre village, j'ai constaté de remarquables similitudes entre votre société et la nôtre. Votre village me rappelle les quelques villes de mon royaume dont l'économie dépend de l'activité minière. Cependant la plus grande partie de notre population est paysanne, et vit de la culture de la terre. Dans les grandes villes, et surtout le grand port, l'économie est dominée par l'activité commerciale, notamment avec les royaumes environnants, à qui nous vendons nos produits et achetons les leurs.
- Et qu'en est il de la personnalité des humains?
- Chaque humain a une personnalité différente. Certains sont remarquablement bons, aimables et généreux, d'autres, à l'opposé, sont méchants, cupides et égoïstes. Mais, en règle générale, la plupart d'entre eux se préoccupent surtout de subvenir à leurs besoins et à ceux de leurs proches, sans montrer de propension particulière, ni au bien, ni au mal.
- Cette description des humains pourrait tout aussi bien nous décrire, nous-mêmes gobelins. Alors, comment expliquer les souffrances que notre race a subi de la part de la vôtre?
- Plusieurs raisons peuvent expliquer ces malheurs. D'abord, les humains les plus cruels parviennent malheureusement trop souvent à accéder à une position de pouvoir, et ainsi, en entraîner d'autres à se rendre coupables des actions les plus odieuses alors que dans des circonstances différentes, ceux-là ne commettraient aucun crime. Afin de les manipuler, ces vils dirigeants tirent parti de deux tactiques très efficaces.
D'une part, ils exploitent la misère de populations qui, souvent, ne parviennent pas à subvenir à leurs besoins et ceux de leurs proches, et leur font miroiter la promesse de richesses qui leur permettraient de sortir de la pauvreté. D'autre part, et surtout, ils tirent parti de la crainte de l'inconnu, de l'étranger qui, parce qu'il est différent, serait mauvais, les menacerait, eux et leur famille. Grâce à ces peurs, bien des humains peuvent être aisément persuadés que ces êtres différents ne méritent pas de vivre, et que les tuer ne représente pas un acte criminel, mais au contraire héroïque, car ainsi, ils protègent leur famille et en particulier leurs enfants. Ces méthodes ont déjà prouvé leur efficacité pour dresser les humains les uns contre les autres; mais si de surcroît, l'ennemi n'est pas de la même espèce, cette stratégie fonctionne encore mieux. Et comme le moteur de cette manipulation est l'utilisation des peurs profondes des individus, les quelques humains qui souhaiteraient la coexistence entre les deux clans que l'on cherche à opposer deviennent rapidement inaudibles, et cela d'autant plus que les puissants chercheront à faire échouer les tentatives de conciliation qui contrarieraient leurs intérêts.
- Quelques légendes racontent des histoires d'amitié entre humains et gobelins, mais uniquement comme des cas exceptionnels. Cependant, croyez bien que je garderai un excellent souvenir de notre rencontre, et je vous offre mon amitié. Une question : pensez vous qu'un jour humains et gobelins pourraient cohabiter pacifiquement?
- Je vous remercie de votre offre d'amitié, l'accepte avec gratitude et vous offre à mon tour la mienne. Pour répondre à votre question : honnêtement, à votre place, je ne prendrais pas le risque de reprendre contact avec la société humaine. Je craindrais que vos talents n'attirent la convoitise de quelque roi ou seigneur puissant, qui, pour mettre la main sur vos richesses, provoqueraient des conflits sanglants entre humains et gobelins qui seraient à l'origine de nombreuses souffrances, avec la mort d'innocents dans chaque camp. Quelques mauvais humains peuvent aisément ruiner les meilleures intentions du plus grand nombre. Notre histoire comprend trop de guerres entre nations qui ont été déclenchées pour ces raisons. Vous avez réussi à trouver au Pays Enchanté la paix, la sérénité et la sécurité. Ce sont des trésors trop précieux pour prendre le risque de les perdre.
- Merci mademoiselle, pour votre franchise et votre sagesse.
- Je vous en prie. Il me peine de parler des miens en des termes si durs, mais je ne peux cacher la vérité, ni à vous, ni à moi-même.
- Mademoiselle, sachez que ces vices dont vous accablez les humains ne nous épargnent pas nous- mêmes. Notre histoire comprend aussi des guerres, non seulement entre nous et d'autres espèces, mais aussi entre gobelins. C'est pourquoi, afin d'éviter de nouveaux conflits, il a été décidé que les villages de gobelins du Pays Enchanté seraient distants entre eux de plusieurs dizaines de milles, afin de limiter au maximum les confrontations pour le contrôle des mines. De même, nous enseignons à nos enfants autant que nous pouvons la vanité des conflits et l'importance de se satisfaire de ce qui nous est offert. Nous veillons aussi à ménager nos ressources, afin que chaque gobelin ait la possibilité de subvenir à ses besoins dans la dignité, et ainsi, ne ressente pas le besoin d'en posséder plus.
- Voilà une bien sage politique, et si j'étais dans une position de pouvoir, je souhaiterais en appliquer une semblable."
Sur ces paroles, Smaugnir signala à la princesse que Drake les attendait à la sortie du village. L'heure du départ approchait. La jeune fille fit ses adieux aux gobelins, les remercia encore une fois pour leur accueil, puis quitta le village pour rejoindre Drake. Elle monta ensuite sur son dos, puis les deux dragons retournèrent dans la caverne d'Akairyuu. Toute la famille était réunie pour le départ de la princesse du Pays Enchanté.
"Mes chers hôtes, commença celle-ci, je souhaite vous remercier de votre hospitalité pendant mon séjour parmi vous. J'ai été très heureuse de faire votre connaissance, et croyez bien que je reste votre dévouée servante.
- Je t'en prie, répondit Akairyuu. Tout le plaisir a été pour nous. J'espère que nous aurons l'occasion de nous revoir un jour, car ta compagnie nous a été fort agréable, et nous ne pouvons que nous féliciter que mon Drake ait une amie telle que toi"
Après avoir salué chaque dragon, la princesse s'installa dans son carrosse sur le dos de Drake. Celui-ci endormit son amie, puis, après avoir à son tour pris congé de ses proches, s'envola avec son précieux fardeau. Quelques heures plus tard, ils étaient de retour dans leur caverne.
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