L'école des princesses : chapitre 48
48) Le plan de Marie
Marie et Drake traversèrent le village, puis leur route les mena rapidement dans une grande forêt. Pendant plusieurs heures, les deux compagnons marchèrent en silence à travers les bois. Marie était alors envahie par de nombreuses émotions. Elle ressentait une certaine tristesse, car elle venait de quitter une famille qu'elle avait beaucoup aimée et elle constatait avec nostalgie que ce départ correspondait à la conclusion d'une période marquante de sa vie et de son apprentissage. Mais, simultanément, elle se réjouissait de parcourir à nouveau le pays avec Drake comme unique compagnon, car cela ranimait dans son coeur le souvenir de leurs aventures passées et des bons moments qui y étaient associés. Et surtout, elle ne s'était jamais sentie aussi libre depuis de nombreuses années, car, enfin déchargée de toute obligation, elle redevenait maîtresse de son destin. Drake devinait que la jeune fille ressentait le besoin de disposer de temps pour elle même afin de gérer toutes ces émotions, et ne souhaita pas l'importuner.
Enfin, les deux voyageurs arrivèrent dans une clairière, et Marie demanda à Drake de s'y arrêter, afin de prendre un peu de repos et de se restaurer. Celui-ci accepta, et tous deux s'assirent sur l'herbe pour manger des provisions qu'ils avaient emportées. A la fin du repas, la jeune fille s'adressa à son compagnon :
"Drake, le moment est venu à présent de te faire part du plan que j'ai médité pour prendre ma revanche sur le sire de Viersoul, qui m'a si cruellement outragée. Je souhaite tout simplement me plaindre auprès du roi et de la reine de l'ignoble conduite de ce seigneur et réclamer justice.
- Marie, je ne comprends pas. Comment vas tu t'y prendre pour t'adresser au roi? Tu ne peux pas les voir sous ta vraie identité, puisque la princesse Marie est ma prisonnière. Et même en admettant que je te rende officiellement ta liberté, comment la princesse Marie pourrait connaître les tourments qu'a vécus Marie Fabre?
- Tu as raison Drake; mais c'est en tant que Marie Fabre que j'envisage de faire part de mes griefs contre le sire de Viersoul auprès de mes parents. Souviens toi de mon dernier entretien avec eux, il y a six mois. Apparemment, mes représentations au palais ont laissé un vif souvenir à Mère, car elle ne cessait de me parler de cette jeune fille qui avait écrit cette pièce sur la légende d'Horace et Calircé que j'aurais tant aimée, et qui en plus, avait été si gentille avec elle. Aussi, cela me permet d'espérer qu'en tant que Marie Fabre, je dispose d'un certain crédit auprès du couple royal, et que donc, mes plaintes seront écoutées et que je pourrai obtenir le châtiment du coupable.
- Je vois; mais es tu sûre que tes parents se souviennent encore de Marie Fabre?
- Tu sais que le moment approche où la princesse Marie a son entretien semestriel avec ses parents. Je souhaite en profiter pour vérifier si la comédienne Marie Fabre reste présente dans le souvenir du couple royal. Ce sera d'autant plus aisé que la Compagnie de la Libre Comédie prend justement ses quartiers d'été en ce moment dans la capitale; il me suffira de savoir si mon départ de la troupe aura été remarqué.
- Mais, même en admettant que tes parents s'intéressassent au sort de Marie Fabre, comment vas tu faire part de tes doléances auprès du roi?
- Je ne sais pas encore ; et c'est là un motif supplémentaire pour lequel je dois parler à mes parents, afin de m'aider à décider de la démarche que devra suivre Marie Fabre afin de se plaindre auprès d'eux des méfaits du sire de Viersoul. En effet, face à un seigneur qui abuse de son pouvoir, seul le roi dispose de l'autorité suffisante pour remédier à une telle situation.
- Je comprends ; mais n'est ce pas abuser que de manipuler ainsi tes parents pour assouvir une vengeance personnelle?
- Drake, s'il ne s'agissait que de vengeance personnelle, j'aurais accepté ta suggestion de dévorer mon agresseur quand tu me l'as proposée. Mais, dans ce cas, il s'agit de demander justice, car cela dépasse mon cas personnel. N'oublie pas que je n'ai pas été la seule jeune fille qui a souffert de la cruauté du sire de Viersoul : une pauvre paysanne en a été victime en même temps que moi, et d'autres subiront probablement le même sort. De plus, tu m'as appris que le sinistre seigneur ne se contente pas de violer les jeunes filles, mais il spolie aussi ses paysans, en leur prenant pour impôt le septième de leur récolte, alors que les lois royales ne l'autorisent à n'en prélever que le dixième au maximum. Toutes ces exactions doivent cesser, non seulement dans ce fief, mais partout où des seigneurs abusent de leur autorité sur leurs vassaux en profitant de leur éloignement du domaine royal et de la vulnérabilité de leurs paysans. Et, pour cela, seul un châtiment exemplaire au nom de l'autorité royale pourra envoyer un signal fort aux nobles du royaume.
- Ainsi, tu souhaites utiliser ta position relativement privilégiée, non pas uniquement pour servir ton intérêt personnel, mais pour le bien de tous tes sujets. Je reconnais en cela, ma chère Marie, la princesse que tu es restée malgré toutes ces années éloignées du palais, car c'est ainsi qu'une princesse agit pour son royaume. Sache que tu peux compter sur mon aide pour ton projet.
- Merci mon cher Drake, car ton secours me sera d'une utilité inestimable. Pour commencer, nous devons rejoindre le plus rapidement possible ta caverne, afin que je puisse parler à mes parents.
- Dans ce cas, je te propose que nous effectuions l'essentiel du trajet par les airs, en utilisant ma forme de dragon.
- Bonne idée. Mais comment le faire sans être remarqués?
- Le plus sage serait de profiter de la nuit. Dans ces conditions, nous pourrons rejoindre la caverne dès demain.
- Excellent. Mais auparavant, nous devons prendre du repos avant de commencer ce voyage nocturne, dans un lieu hors de la vue des curieux.
- Marie, je connais bien cette forêt, et je connais l'endroit idéal où nous pourrons nous reposer"
Sur ces mots, les deux compagnons reprirent leur route, et, après quelques minutes de marche, Drake saisit la main de Marie et ils quittèrent soudainement le chemin pour s'enfoncer au milieu des arbres.
Marie et Drake traversèrent le village, puis leur route les mena rapidement dans une grande forêt. Pendant plusieurs heures, les deux compagnons marchèrent en silence à travers les bois. Marie était alors envahie par de nombreuses émotions. Elle ressentait une certaine tristesse, car elle venait de quitter une famille qu'elle avait beaucoup aimée et elle constatait avec nostalgie que ce départ correspondait à la conclusion d'une période marquante de sa vie et de son apprentissage. Mais, simultanément, elle se réjouissait de parcourir à nouveau le pays avec Drake comme unique compagnon, car cela ranimait dans son coeur le souvenir de leurs aventures passées et des bons moments qui y étaient associés. Et surtout, elle ne s'était jamais sentie aussi libre depuis de nombreuses années, car, enfin déchargée de toute obligation, elle redevenait maîtresse de son destin. Drake devinait que la jeune fille ressentait le besoin de disposer de temps pour elle même afin de gérer toutes ces émotions, et ne souhaita pas l'importuner.
Enfin, les deux voyageurs arrivèrent dans une clairière, et Marie demanda à Drake de s'y arrêter, afin de prendre un peu de repos et de se restaurer. Celui-ci accepta, et tous deux s'assirent sur l'herbe pour manger des provisions qu'ils avaient emportées. A la fin du repas, la jeune fille s'adressa à son compagnon :
"Drake, le moment est venu à présent de te faire part du plan que j'ai médité pour prendre ma revanche sur le sire de Viersoul, qui m'a si cruellement outragée. Je souhaite tout simplement me plaindre auprès du roi et de la reine de l'ignoble conduite de ce seigneur et réclamer justice.
- Marie, je ne comprends pas. Comment vas tu t'y prendre pour t'adresser au roi? Tu ne peux pas les voir sous ta vraie identité, puisque la princesse Marie est ma prisonnière. Et même en admettant que je te rende officiellement ta liberté, comment la princesse Marie pourrait connaître les tourments qu'a vécus Marie Fabre?
- Tu as raison Drake; mais c'est en tant que Marie Fabre que j'envisage de faire part de mes griefs contre le sire de Viersoul auprès de mes parents. Souviens toi de mon dernier entretien avec eux, il y a six mois. Apparemment, mes représentations au palais ont laissé un vif souvenir à Mère, car elle ne cessait de me parler de cette jeune fille qui avait écrit cette pièce sur la légende d'Horace et Calircé que j'aurais tant aimée, et qui en plus, avait été si gentille avec elle. Aussi, cela me permet d'espérer qu'en tant que Marie Fabre, je dispose d'un certain crédit auprès du couple royal, et que donc, mes plaintes seront écoutées et que je pourrai obtenir le châtiment du coupable.
- Je vois; mais es tu sûre que tes parents se souviennent encore de Marie Fabre?
- Tu sais que le moment approche où la princesse Marie a son entretien semestriel avec ses parents. Je souhaite en profiter pour vérifier si la comédienne Marie Fabre reste présente dans le souvenir du couple royal. Ce sera d'autant plus aisé que la Compagnie de la Libre Comédie prend justement ses quartiers d'été en ce moment dans la capitale; il me suffira de savoir si mon départ de la troupe aura été remarqué.
- Mais, même en admettant que tes parents s'intéressassent au sort de Marie Fabre, comment vas tu faire part de tes doléances auprès du roi?
- Je ne sais pas encore ; et c'est là un motif supplémentaire pour lequel je dois parler à mes parents, afin de m'aider à décider de la démarche que devra suivre Marie Fabre afin de se plaindre auprès d'eux des méfaits du sire de Viersoul. En effet, face à un seigneur qui abuse de son pouvoir, seul le roi dispose de l'autorité suffisante pour remédier à une telle situation.
- Je comprends ; mais n'est ce pas abuser que de manipuler ainsi tes parents pour assouvir une vengeance personnelle?
- Drake, s'il ne s'agissait que de vengeance personnelle, j'aurais accepté ta suggestion de dévorer mon agresseur quand tu me l'as proposée. Mais, dans ce cas, il s'agit de demander justice, car cela dépasse mon cas personnel. N'oublie pas que je n'ai pas été la seule jeune fille qui a souffert de la cruauté du sire de Viersoul : une pauvre paysanne en a été victime en même temps que moi, et d'autres subiront probablement le même sort. De plus, tu m'as appris que le sinistre seigneur ne se contente pas de violer les jeunes filles, mais il spolie aussi ses paysans, en leur prenant pour impôt le septième de leur récolte, alors que les lois royales ne l'autorisent à n'en prélever que le dixième au maximum. Toutes ces exactions doivent cesser, non seulement dans ce fief, mais partout où des seigneurs abusent de leur autorité sur leurs vassaux en profitant de leur éloignement du domaine royal et de la vulnérabilité de leurs paysans. Et, pour cela, seul un châtiment exemplaire au nom de l'autorité royale pourra envoyer un signal fort aux nobles du royaume.
- Ainsi, tu souhaites utiliser ta position relativement privilégiée, non pas uniquement pour servir ton intérêt personnel, mais pour le bien de tous tes sujets. Je reconnais en cela, ma chère Marie, la princesse que tu es restée malgré toutes ces années éloignées du palais, car c'est ainsi qu'une princesse agit pour son royaume. Sache que tu peux compter sur mon aide pour ton projet.
- Merci mon cher Drake, car ton secours me sera d'une utilité inestimable. Pour commencer, nous devons rejoindre le plus rapidement possible ta caverne, afin que je puisse parler à mes parents.
- Dans ce cas, je te propose que nous effectuions l'essentiel du trajet par les airs, en utilisant ma forme de dragon.
- Bonne idée. Mais comment le faire sans être remarqués?
- Le plus sage serait de profiter de la nuit. Dans ces conditions, nous pourrons rejoindre la caverne dès demain.
- Excellent. Mais auparavant, nous devons prendre du repos avant de commencer ce voyage nocturne, dans un lieu hors de la vue des curieux.
- Marie, je connais bien cette forêt, et je connais l'endroit idéal où nous pourrons nous reposer"
Sur ces mots, les deux compagnons reprirent leur route, et, après quelques minutes de marche, Drake saisit la main de Marie et ils quittèrent soudainement le chemin pour s'enfoncer au milieu des arbres.
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