L'école des princesses : chapitre 47

47) Dernières semaines à la ferme

Le lendemain à l'aube, la Francine et Drake partirent ensemble pour rejoindre les champs. Là bas, la paysanne présenta son compagnon au contremaître du seigneur , qui s'occupait du recrutement des journaliers qui travaillaient dans les terres louées aux paysans. Drake fut immédiatement engagé, en l'échange d'une rémunération en argent, et fut affecté aux tenures de grande surface qui nécessitaient une main d'oeuvre importante. La saison de la fenaison avait déjà commencé, et se poursuivit durant les deux semaines qui suivirent. Drake se lia rapidement d'amitié avec un paysan veuf qui vivait seul, et qui accepta de l'héberger pendant la période des récoltes, afin de bénéficier d'un peu de compagnie. Cependant, cela ne l'empêchait pas de régulièrement rendre visite à Marie et ses hôtes, chez qui il soupait deux fois par semaine. Après la fenaison, la moisson des céréales commença, et se poursuivit pendant un mois et demi, avec la récolte, puis la battue des épis.

Pendant que Drake travaillait dans les champs, Marie continuait son ouvrage à la ferme. Mais, au cours du temps, sa charge de travail diminuait au fur et à mesure que la guérison de l'Antoine progressait, car celui-ci tenait à effectuer tout ce que son état lui permettait de faire. Quelques jours après l'arrivée de Drake, le brave paysan parvint à marcher avec la seule aide d'une canne, ce qui lui permettait d'assurer presque toutes les tâches excepté celles nécessitant le port de charges lourdes, en particulier la corvée d'eau, que Marie continuait à assumer. La jeune fille profitait de ce temps supplémentaire pour avancer plus rapidement le filage de la laine et vendre ou troquer les surplus des récoltes du jardin avec les paysans et les commerçants du village. Lors du grand marché de l'été qui se déroula entre la fenaison et la moisson, Marie proposa sa laine à la vente.  Mais, à son grand déplaisir, elle constata que l'acheteur qui lui en proposait le meilleur prix n'était autre que le tisserand du seigneur. Marie dut se résigner à accepter cette offre, car elle savait que les intérêts de ses hôtes devaient l'emporter sur son ressentiment personnel contre son agresseur.

A la fin des moissons, la guérison de l'Antoine était pratiquement achevée, et le paysan pouvait assurer seul l'ensemble des travaux à la ferme. Marie savait que sa présence deviendrait alors inutile. En accord avec Drake, elle avait décidé de partir avec lui dès qu'il serait libéré de ses engagements.
Le jour du départ, Marie fit ses adieux à ses hôtes :
" Adieu, bonne mère, bon père, et merci pour tout ce que vous m'avez apporté pendant les quelques mois que j'ai passés en votre compagnie. Je n'oublierai jamais votre bonté, votre sollicitude, ainsi que tout ce que vous m'avez appris pendant mon séjour chez vous. Ce sont des trésors qui n'ont pas de prix, et je vous en suis tant reconnaissante. Je dois reprendre la route à présent, mais j'espère avoir le bonheur de vous revoir un jour.
- Adieu, Marie. répondit la Francine. J'ai été très contente d'te connaître.  Nous non plus on t'oubliera pas, car y'en a pas beaucoup des braves filles comme toi, qui sont là pour les gens dans l'besoin. Et crois moi, l'Antoine et moi, on sait d'quoi on parle. Tu pourras rev'nir quand tu voudras, tu s'ras toujours la bienvenue.
- Moi aussi j'ai été heureux de t'connaître, ajouta l'Antoine. C'est grâce à toi et tes bons soins que j'peux t'nir sur mes jambes maint'nant. Et crois moi, Marie, j'pourrai jamais te r'mercier assez pour ça. Sache que pour nous, c'est comme si tu étais d'la famille. On s'ra toujours heureux de te r'voir.
- Merci pour ces si bonnes paroles, elles me vont droit au coeur. Maintenant, je vais dire au revoir au enfants. Jeanne, Martin, Pierre, je dois partir à présent.
- Oh non, mamoiselle Marie, gémit Jeanne, j'veux pas qu'tu partes
- Moi non plus, ajoutèrent en choeur Martin et Pierre
- Pourquoi qu'tu nous quittes? Tu nous aimes plus? demanda la petite fille
- Mais si, je vous aime beaucoup ; mais je ne peux pas rester plus longtemps, car j'ai mon ami qui m'attend pour que je parte avec lui. En plus, mon travail est terminé ici. Mais je vous promets de revenir bientôt
- Oh oui, mamoiselle s'exclamèrent les trois enfants. C'est promis qu'tu r'viendras?
- Promis
- Marie, dit la Francine, avant qu'tu partes, j'voudrais t'donner queque chose"
Elle rentra dans la maison et en ressortit avec une robe que Marie reconnut comme celle qu'elle avait porté le jour de la fête et qui avait appartenu à la mère des enfants.
"- C'est pour toi. Pendant qu't'étais là, tu t'es occupée des enfants comme leur mère. Aussi, c'est normal qu'on t'remercie en t'offrant sa robe
- Oh, je ne sais comment vous remercier. C'est peut être le plus beau cadeau que j'ai reçu de toute ma vie. Je penserai toujours à vous lorsque je la porterai.
- J't'en prie, Marie, ça m'fait plaisir"
Drake se rapprocha des paysans et s'adressa à eux à son tour
"C'est à mon tour de vous remercier pour tout ce que vous avez fait pour ma chère pupille. J'ai une profonde dette envers vous, que j'espère un jour vous repayer
- Vous inquiétez pas pour ça, M'sieur Drake, répondit la Francine, tout l'plaisir a été pour nous
- Malgré tout, sachez que je serai toujours prêt à vous aider si j'apprends que vous en avez besoin
- Merci, M'sieur Drake et adieu"

Après un dernier adieu, les deux compagnons quittèrent la famille de paysans, et prirent ensemble la route en direction de l'est.  

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