L'école des princesses : chapitre 45

45) Le retour de Drake

Cependant, les jours qui suivirent se révélèrent difficiles pour Marie. Bien qu'elle mobilisât toute son courage et sa volonté, la jeune fille restait profondément marquée par l'épreuve qu'elle avait subi. Les souvenirs de son agression resurgissaient régulièrement, et la tourmentaient, en particulier la nuit. Plus d'une fois, elle se réveilla en sursaut, car elle revivait son viol pendant ses rêves. Afin de lutter contre ces pensées indésirables, elle se jetait à corps perdu dans le travail, cherchant toujours une tâche à effectuer afin d'y consacrer son esprit. L'Antoine et la Francine s'inquiétaient de voir Marie travailler encore plus qu'à l'habitude, évitant autant que possible le repos, et craignait qu'elle ne se rende malade en s'épuisant ainsi. Ils avaient aussi constaté que la jeune fille avait perdu son insouciance et sa gaieté : bien qu'elle veillât toujours à faire bonne figure, en particulier pour les enfants, les deux paysans devinaient que Marie devait se forcer pour y parvenir. Ils tentaient par tous les moyens de la soutenir, de la réconforter, ce en quoi la jeune fille leur en était très reconnaissante, car cela l'aidait à atténuer ses souffrances. Paradoxalement, le viol qu'elle avait subi eut ainsi pour conséquence de resserrer les liens d'affection qui unissaient Marie à ses hôtes dont la bonté et la générosité se révélaient plus que jamais à ses yeux.

Enfin, un jour, alors que la jeune fille s'occupait à filer la laine, elle entendit la porte frapper. Méfiante, elle demanda de l'intérieur l'identité du visiteur et l'objet de sa présence. Mais dès le premier mot prononcé par son interlocuteur, elle ouvrit avec enthousiasme la porte, car elle avait reconnu la voix de Drake :
"Drake, s'exclama t-elle, quel bonheur de te revoir enfin. Tu m'as tant manqué.
-Ma chère Marie, répondit il, moi aussi je suis très heureux de te revoir. Eh bien, tu vis dans des conditions bien humbles. J'espère que la vie n'est pas trop dure ici.
- La vie de paysanne est difficile et éprouvante, mais mes hôtes sont des personnes de grande valeur, et c'est un plaisir de partager leur existence. Viens, que je fasse les présentations"
L'Antoine et les enfants s'étaient approchés à leur tour de leur visiteur :
"Drake, je te présente l'Antoine, l'oncle de Jacques. Comme tu le vois, il se remet progressivement d'une grave blessure à la jambe. Il est la raison de ma présence ici, car, en attendant sa guérison, et afin de permettre à Jacques de rester dans la troupe, je l'ai remplacé pour aider au travail à la ferme. Et voici ses petits enfants, Jeanne, Martin et le petit Pierre. Bon père, les enfants, je vous présente mon mentor et tuteur, Jean Drake.
- B'jour, M'sieur Drake. dit l'Antoine. Content d'vous connaître ; la p'tite Marie nous a souvent parlé de vous ; on sent qu'elle vous aime bien. Les enfants, dites bonjour
-B'jour m'sieur, murmurèrent d'une voix timide les enfants
-Alors, reprit l'Antoine, vous êtes v'nu pour voir Marie, j'suppose. Vous pensez rester longtemps dans l'pays?
- En effet ; lorsque j'ai appris qu'elle avait quitté sa troupe, j'ai cherché à découvrir ce qu'elle était devenue ; j'ai appris par Jacques qu'elle vivait chez vous, et je suis venu le plus vite que j'ai pu. De plus, je souhaite en effet rester quelque temps dans la région ; j'espère qu'on acceptera de m'engager pour travailler dans les champs pendant l'été.
- Oh, vous inquiétez pas pour ça, répliqua l'Antoine. Avec les récoltes qui arrivent, personne refusera une paire de bras en plus pour l'travail. Vous aurez qu'à aller aux champs, et on vous prendra tout d'suite.
-Merci, monsieur ; je proposerai mes services dès demain ; mais aujourd'hui, je viens de terminer un long voyage, et je souhaiterais prendre un peu de repos, et en particulier parler en tête à tête avec Marie.
-  J'vous en prie ; j'suis sûr que vous avez plein d'choses à vous dire. Vous v'nez souper chez nous ce soir? La Francine s'ra rentrée, et faut qu'elle vous voie.
- Je vous remercie de votre hospitalité. Je vais loger à l'auberge cette nuit, mais je serais enchanté de partager ce repas avec vous et faire connaissance avec votre épouse.
- Alors, c'est entendu ; à c'soir."

Marie sortit de la ferme avec Drake, puis il marchèrent quelque temps ensemble. Après s'être assurés que personne ne pouvait les entendre, Drake demanda à son amie.
"Marie, lorsque tu m'as appelé sur le médaillon, tu semblais éprouver une grande souffrance, mais tu ne souhaitais m'en parler que lorsque nous serions réunis. Vas y, raconte moi tout à présent.
- Drake, il faut d'abord que tu saches que les paysans chez qui j'habite sont parmi les meilleures personnes que j'ai eu le bonheur de rencontrer. Même si la vie à la campagne est difficile, ils ont toujours été là pour m'aider, et j'ai tant appris grâce à eux. Lorsque nous étions dans la grotte, tu m'as enseigné les bases de l'agriculture; mais rien ne vaut l'expérience sur le terrain. Pendant quelques mois, j'ai vécu des moments extraordinaires; mais il y a quelques jours, quelque chose d'horrible s'est produit.
- Comment? Que s'est il passé?
- Un matin, les gardes du seigneur local sont venus à la ferme ... ils m'ont emmenée jusqu'au château .. et là, le seigneur m'a ... il m'a violée
- QUOI?" hurla Drake, dont le visage se remplit d'une fureur que Marie n'avait jamais vue auparavant. Pendant un instant, elle crut le voir cracher des flammes de sa bouche. Sa colère ne faisait qu'augmenter les souffrances de la jeune fille.
"Je t'en supplie, Drake, calme toi. J'imagine à quel point ce qui m'est arrivé puisse t'outrager, mais en ce moment, j'ai plus que jamais besoin de ton soutien, et tu ne pourras pas m'aider si tu te laisses dépasser par tes emportements
- Pardonne moi, Marie ; mais comment laisser un tel forfait impuni? Je ne souhaite qu'une chose en ce moment : faire payer à ce monstre son ignoble forfait. Tu es sûre que tu ne veux pas que je prenne ma forme de dragon, que j'aille au château, et que je fasse de ce seigneur mon souper?
- Non, Drake ; cela ne ferait qu'empirer les choses ; de plus, j'ai déjà réfléchi avant ton arrivée à un moyen de prendre ma revanche. Mais je ne pourrai mettre ce projet à exécution qu'après avoir quitté le village. Or, je ne souhaite partir qu'une fois que l'Antoine sera guéri, et que la Francine n'aura plus besoin de moi. Reportons nos projets de vengeance jusqu'à ce jour, je t'en prie.
- Je comprends, Marie, et j'agirai selon ta volonté. Maintenant, je vais m'installer à l'auberge. A quelle heure la Francine rentre-t-elle du travail?
- Elle revient d'ordinaire au coucher du soleil, et nous souperons dès son arrivée.
- Très bien; je passerai un peu avant le crépuscule à la ferme.
- Nous serons tous ravis de ta présence. Mais maintenant, je dois te laisser, car j'ai encore bien du travail à faire, et de plus, je vais aussi préparer le souper.
- A ce soir, Marie"

Sur ce, les deux amis se séparèrent.

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