L'école des princesses : chapitre 38

38) Les préparatifs de la fête

Lors de la journée suivante, outre ses tâches habituelles, Marie se prépara à faire la démonstration de ses talents de narratrice devant ses hôtes. Elle avait choisi de leur raconter la légende d'Horace et Calircé. Afin d'apporter un peu de vie à son récit, elle décida d'ajouter une petite mise en scène qu'elle répéta pendant la journée avec Martin. Le petit garçon devait s'approcher d'elle au moment où elle commencerait à chanter pendant son récit, comme les compagnons d'Horace envoûtés par la mélodie de l'enchanteresse. Ensuite, au moment où elle le toucherait avec une petite baguette, Martin devrait imiter un cochon, pour mimer la métamorphose. Marie n'avait eu aucune peine à persuader l'enfant, qui était ravi de participer à un nouveau jeu, et qui, pendant toute la journée trépigna d'impatience en attendant la fin du souper.

Enfin , à l'heure dite, Marie commença son histoire. Personne dans cette famille paysanne ne connaissait le mythe d'Horace, mais la jeune fille sut adapter son récit de manière à ce qu'il puisse être considéré comme une histoire autonome, en particulier, en évitant de donner des noms aux personnages. Le récit parvint à plaire à ce public inédit, et en particulier, bien évidemment, les passages où Marie et Martin jouèrent une partie de l'histoire. Les talents vocaux de la jeune fille et le jeu du petit garçon divertirent beaucoup les enfants. Lorsque Marie eut conclu son récit, elle s'aperçut que Jeanne souhaitait lui poser une question :
"Oui, Jeanne, que voudrais tu savoir?
- Dites Mamoiselle Marie, pourquoi que la magicienne changeait les gens en cochons?
- Oh, je ne sais pas, répondit la jeune fille ; peut être qu'elle aimait beaucoup les saucisses.
- Moi aussi, j'aime bien les saucisses, s'exclama Pierre.
- Le prince, lui, il aime pas les saucisses, affirma Martin.
- Et pourquoi penses tu qu'il n'aime pas les saucisses, lui demanda, Marie, curieuse.
- Pasque si le prince aimait les saucisses, il aurait pris tous les cochons et aurait fait plein de bonnes saucisses avec, au lieu d'en faire des gens"

Marie s'amusa beaucoup de cette démonstration naïve, mais non dépourvue d'une certaine logique. Elle n'avait jamais envisagé ce mythe sous cet angle charcutier. Elle n'était d'ailleurs pas la seule à montrer son amusement : l'Antoine ne put s'empêcher de rire, et même son épouse, d'habitude si stoïque, exprima une authentique gaieté sur son visage. Ce fut une soirée fort agréable pour toute la maisonnée. Au moment du coucher, la Francine dit à Marie :
" Eh bien, mamzelle Marie, on a passé une bonne soirée avec votre histoire, et ça f'sait longtemps qu'les mioches avaient pas autant ri. Ca vaut l'coup de proposer votre idée au conseil, car ça pourra amuser les gosses et en plus, ça les occupera pour qu'leurs parents puissent passer du temps sans eux.
- Merci, bonne mère, pour ces compliments, et j'espère que tout se passera bien au conseil. Pour mon projet, j'aurais besoin d'être dans une enceinte relativement protégée des bruits de la fête. Une petite grange, ou une pièce chez un commerçant me conviendrait parfaitement
- Je vais en parler, et voir c'qu'on pourra faire "

Deux jours plus tard, la Francine se rendit au Conseil du village. Toute la première partie de la réunion fut consacrée au banquet, et en particulier, au choix des animaux qui seraient abattus, en veillant à ce que ceux qui avaient dû donner leurs bêtes l'année précédente fussent épargnés, afin de pouvoir reconstituer leur cheptel. De plus, les habitants se mirent d'accord pour mettre en commun leurs ressources pour fournir les ingrédients pour la préparation des gâteaux, sans demander de paiement, car tous en profiteraient. Ensuite furent discutés les divertissements qui seraient proposés lors de la fête. C'est à ce moment que la Francine révéla le projet de Marie, ainsi de ses besoins pour le mettre à bien. Les villageois exprimèrent une surprise face à cette proposition qui était inédite dans le cadre de leur fête, mais la Francine parvint à les convaincre en mettant notamment en avant l'opportunité pour les parents de passer un peu de bon temps sans avoir à se préoccuper de leur gamins. Une petite grange serait mise à disposition de Marie et les parents y déposeraient leurs enfants. Trois adultes seraient présents à tout moment pour surveiller les petits. La dernière partie de la réunion fut consacrée aux préparatifs du grand bal populaire, qui concluait les festivités.

A son retour, la Francine annonça à Marie que le Conseil avait donné un avis favorable à sa suggestion, ainsi que des modalités qui avaient été décidées. De plus, elle l'informa qu'elle avait proposé que la jeune fille et elle prépareraient trois grands gâteaux, dont deux aux fruits; ils seraient cuisinés la veille de la fête. Au cours des jours qui séparèrent le conseil de la fête, Marie prépara toutes les histoires qu'elle raconterait aux enfants, en veillant à leur apporter un cadre rural et populaire, adapté à son jeune public.

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