L'école des princesses : chapitre 36
36) Où sont les enfants?
Marie, stupéfaite, demanda à Jeanne:
"Que se passe--t-il? Où sont les garçons?
- J'en sais rien, Mamoiselle Marie. J'avais été dans l'poulailler, pour donner à boire aux poules, et quand j'suis r'venu, j'voyais plus Martin et Pierre. J'ai demandé à pépé Antoine, et y savait pas non plus. On a cherché dans la ferme, et mes frères étaient plus là"
Marie s'approcha rapidement d'Antoine et l'interrogea à son tour
"Bon père, que se passe-il? Où sont les enfants
- Ma pauvre Marie, j'en sais rien. J'pense qu'ils sont sortis en profitant d'un moment d'inattention alors que j'triais la laine. Y ont dû ouvrir la porte sans bruit pendant que Jeanne avait le dos tourné, car j'ai rien entendu. Y ont dû préparer leur coup, car Jeanne et moi, on fait tout pour jamais les perdre de vue. J'ai si honte, et en plus, avec ma patte folle, j'peux même pas aller les chercher. Et pourtant, c'est ma faute ; j'aurais dû faire plus attention. Qu'est ce qu'elle va dire, la Francine?
- Bon père, je vais partir immédiatement à la recherche des garçons, et je vous promets de vite les retrouver.
- Merci, ma bonne Marie. Pendant c'temps, j'vais faire tout c'que ma pauvre jambe me permettra d'faire."
Si la jeune fille avait tenté de montrer un ton rassurant devant l'Antoine, elle ressentait néanmoins une profonde angoisse, car elle ne savait où chercher. Elle commença à fouiller tout le village, les rues, les boutiques, interrogeant les commerçants qu'elle rencontrait, hommes et femmes, décrivant les deux garçons, et leur demandant s'ils les avaient vus. La plupart répondirent par la négative, et même quand, de temps à autre, un villageois l'informait qu'il avait peut être vu deux enfants correspondant à la description donnée par Marie, les indications qu'elle recevait ne lui permettaient pas de retrouver les fugitifs.
Après avoir fouillé le village, Marie se rendit dans les champs et fermes proches, et poussa même ses investigations dans le petit bois à proximité. Cependant, tout ses efforts se révélèrent vains.
Après plusieurs heures de recherches, la jeune fille se résigna à revenir vers le village, complètement abattue et plongée dans le désespoir. Où étaient les garçons? Etaient-ils toujours sains et saufs? Ou bien leur était il arrivé un accident? Qu'allait elle dire à la Francine, et à l'Antoine? Elle se sentait si coupable, car elle estimait avoir failli à ses responsabilités en ayant échoué à protéger les enfants dont elle avait la garde. Elle savait aussi que l'Antoine aussi serait rongé par la culpabilité, et, plus que la fureur de la Francine, c'est sa tristesse qui tourmentait le plus la pauvre jeune fille. Elle ne se pardonnerait jamais d'avoir causé une telle peine chez cette famille qui l'avait accueillie chez elle, et qui lui avait fait confiance. Marie n'osait pas revenir dans la ferme, et avouer son échec. Cependant, le soleil commençait à se coucher, et la jeune fille fut bien forcée de prendre le chemin du retour.
Alors qu'elle était sur le point de quitter la place du village, Marie aperçut une grande paysanne se dirigeant vers elle, qui tenait fermement deux enfants avec un troisième sur ses épaules. A son grand soulagement, elle reconnut Martin et Pierre, que la bonne femme tenait fermement de chaque main, tout en bougonnant. La jeune fille rejoignit vite le petit groupe, et s'exclama :
"Ah, enfin je vous retrouve, Martin, Pierre. Que je suis soulagée de vous voir enfin. Mais où étiez vous passés?
- Ah, c'est à vous c'te mioches? demanda la paysanne
- Oui, ou plutôt, ce sont les enfants de mes hôtes. Merci de tout coeur de les avoir ramenés, je ne sais comment vous exprimer ma gratitude. Comment les avez vous trouvés?
- Ah, m'en parlez pas, ces gamins, y m'ont bien fait courir. J'les ai vus s'approcher de ma ferme, et là, jles ai vus faire un signe à mon p'tit Luc, répondit elle en désignant, le petit garçon qu'elle tenait sur ses épaules. Et dès qu'ils les a vus, mon mioche s'est mis à courir pour les r'joindre. Mais moi, j'avais tout vu, et j'allais pas laisser l'Luc suivre ces vauriens. Alors, j'ai couru à leur poursuite, mais ils étaient rapides, ces gosses, bien qu'y soient tout p'tits. J'ai passé bien de temps avant de les rattraper, mais finalement, j'les ai eus. Et croyez moi, ils ont r'çu une belle correction après que j'ai mis la main dessus. J'ai reconnu très vite les garçons de l'Antoine et de la Francine, et là, j'les ramène.
- Merci pour tout ce que vous avez fait, vous pouvez me les confier, je les ramènerai moi-même chez leurs grands parents, car j'habite chez eux : Martin et Pierre vous le confirmera; n'est ce pas les garçons?
- Oui, m'dame, Mamoiselle Marie habite chez nous, répondirent d'une voix penaude Martin et Pierre
- Bon, alors, j'vous les confie, dit la paysanne. Mais croyez moi, faut mieux les éduquer, ces mômes. Faut qu'y aident à la maison, au lieu d'traîner dans les champs à jouer et entraîner les enfants des autres dans leurs bêtises"
Marie prit les deux garçons par la main, un de chaque côté, et, les tenant fermement, les ramena à la ferme, tout en les sermonnant pendant le trajet
"Eh bien, vous nous avez donné bien du mauvais sang. Qu'est ce qu'il vous a pris de sortir comme ça, sans prévenir personne, et de faire n'importe quoi? Vous savez qu'il aurait pu vous arriver un accident? Vous allez voir ce que vous allez prendre quand bonne mère sera mise au courant"
Les expressions de Martin et Pierre montraient une forte inquiétude, car ils connaissaient la sévérité de leur grand-mère.
A son retour, la Francine n'était pas encore revenue. L'Antoine, à la vue des enfants, poussa un grand soupir de soulagement. Il informa Marie que pendant son absence, outre le tri de la laine, il s'était occupé de préparer le souper à sa place, demandant à Jeanne de lui apporter les denrées nécessaires. De son côté, Marie lui raconta ses recherches et la manière dont elle avait fini par retrouver les enfants. L'Antoine s'adressa ensuite à ses petits enfants, avec colère:
"Bougres de vauriens, vous nous avez bien inquiétés, et en plus vous vagabondez au lieu de faire c'qu'on vous demande. J'aurais bien envie de vous battre comme vous le méritez, mais avec ma patte folle, j'peux pas le faire aussi bien que j'le souhaiterais. Mais la femme, elle, saura y faire avec des fripons comme vous"
Et, quelques minutes après, celle-ci revient de sa journée aux champs. Marie et l'Antoine leur racontèrent la fugue des garçons. La Francine les réprimanda pour leur surveillance défaillante, mais elle comprit rapidement que son mari, Jeanne et Marie avaient été suffisamment punis par l'angoisse qu'ils avaient vécue.
Cependant, elle se rapprocha rapidement des deux garçons. Elle ne dit rien, mais son visage montrait une fureur et une colère qui terrifiait les enfants. La Francine dit d'une voix très douce :
- Martin, Pierre, venez vers moi tout de suite
Et comme les enfants ne bougeaient pas, elle répéta, d'une voix plus forte et plus froide
- J'ai dit : TOUT DE SUITE
Les deux coupables obtempérèrent, et une fois que leur grand-mère les eût à portée de main, elle commença à les battre avec une grande énergie. Elle leur donnait des coups de sabot, leur administrait des gifles, des fessées d'une telle force que très vite, Martin et Pierre se mirent à pleurer et à crier, si fort que Marie finit par s'en émouvoir. Cependant, l'Antoine signifia d'un geste du bras à la jeune fille de laisser son épouse agir à sa guise. Au bout de quelques minutes, les deux petits garçons avaient de la peine à bouger, tellement la douleur était vive sur l'ensemble de leur corps. La Francine leur signifia qu'ils étaient privés de souper, et ne prendraient qu'un peu de pain sec et d'eau. Martin et Pierre, pleurant et reniflant, s'allongèrent dans leur couche.
" J'suis désolée que vous ayez eu à assister à cela, mamzelle Marie, commença la Francine, mais vous savez, si on veut qu'les gosses deviennent pas d'la mauvaise graine, faut savoir les corriger dès l'plus jeune âge. Avec la rossée qu'ils viennent de r'cevoir, y réfléchiront à deux fois avant de sortir sans autorisation
- Je comprends, bonne mère. Vous ne pouvez pas imaginer l'angoisse que j'ai ressentie en ne les retrouvant pas, malgré mes efforts. Je m'en voulais tellement, et l'Antoine aussi
- Ce qui est fait est fait. C'qui faut maintenant, c'est éviter qu'ça recommence.
- On fera tout notre possible, femme" promit l'Antoine.
Après le souper, la jeune fille et le paysan se consacrèrent au travail de la laine, afin rattraper leur retard, jusqu'à l'heure du coucher.
Marie, stupéfaite, demanda à Jeanne:
"Que se passe--t-il? Où sont les garçons?
- J'en sais rien, Mamoiselle Marie. J'avais été dans l'poulailler, pour donner à boire aux poules, et quand j'suis r'venu, j'voyais plus Martin et Pierre. J'ai demandé à pépé Antoine, et y savait pas non plus. On a cherché dans la ferme, et mes frères étaient plus là"
Marie s'approcha rapidement d'Antoine et l'interrogea à son tour
"Bon père, que se passe-il? Où sont les enfants
- Ma pauvre Marie, j'en sais rien. J'pense qu'ils sont sortis en profitant d'un moment d'inattention alors que j'triais la laine. Y ont dû ouvrir la porte sans bruit pendant que Jeanne avait le dos tourné, car j'ai rien entendu. Y ont dû préparer leur coup, car Jeanne et moi, on fait tout pour jamais les perdre de vue. J'ai si honte, et en plus, avec ma patte folle, j'peux même pas aller les chercher. Et pourtant, c'est ma faute ; j'aurais dû faire plus attention. Qu'est ce qu'elle va dire, la Francine?
- Bon père, je vais partir immédiatement à la recherche des garçons, et je vous promets de vite les retrouver.
- Merci, ma bonne Marie. Pendant c'temps, j'vais faire tout c'que ma pauvre jambe me permettra d'faire."
Si la jeune fille avait tenté de montrer un ton rassurant devant l'Antoine, elle ressentait néanmoins une profonde angoisse, car elle ne savait où chercher. Elle commença à fouiller tout le village, les rues, les boutiques, interrogeant les commerçants qu'elle rencontrait, hommes et femmes, décrivant les deux garçons, et leur demandant s'ils les avaient vus. La plupart répondirent par la négative, et même quand, de temps à autre, un villageois l'informait qu'il avait peut être vu deux enfants correspondant à la description donnée par Marie, les indications qu'elle recevait ne lui permettaient pas de retrouver les fugitifs.
Après avoir fouillé le village, Marie se rendit dans les champs et fermes proches, et poussa même ses investigations dans le petit bois à proximité. Cependant, tout ses efforts se révélèrent vains.
Après plusieurs heures de recherches, la jeune fille se résigna à revenir vers le village, complètement abattue et plongée dans le désespoir. Où étaient les garçons? Etaient-ils toujours sains et saufs? Ou bien leur était il arrivé un accident? Qu'allait elle dire à la Francine, et à l'Antoine? Elle se sentait si coupable, car elle estimait avoir failli à ses responsabilités en ayant échoué à protéger les enfants dont elle avait la garde. Elle savait aussi que l'Antoine aussi serait rongé par la culpabilité, et, plus que la fureur de la Francine, c'est sa tristesse qui tourmentait le plus la pauvre jeune fille. Elle ne se pardonnerait jamais d'avoir causé une telle peine chez cette famille qui l'avait accueillie chez elle, et qui lui avait fait confiance. Marie n'osait pas revenir dans la ferme, et avouer son échec. Cependant, le soleil commençait à se coucher, et la jeune fille fut bien forcée de prendre le chemin du retour.
Alors qu'elle était sur le point de quitter la place du village, Marie aperçut une grande paysanne se dirigeant vers elle, qui tenait fermement deux enfants avec un troisième sur ses épaules. A son grand soulagement, elle reconnut Martin et Pierre, que la bonne femme tenait fermement de chaque main, tout en bougonnant. La jeune fille rejoignit vite le petit groupe, et s'exclama :
"Ah, enfin je vous retrouve, Martin, Pierre. Que je suis soulagée de vous voir enfin. Mais où étiez vous passés?
- Ah, c'est à vous c'te mioches? demanda la paysanne
- Oui, ou plutôt, ce sont les enfants de mes hôtes. Merci de tout coeur de les avoir ramenés, je ne sais comment vous exprimer ma gratitude. Comment les avez vous trouvés?
- Ah, m'en parlez pas, ces gamins, y m'ont bien fait courir. J'les ai vus s'approcher de ma ferme, et là, jles ai vus faire un signe à mon p'tit Luc, répondit elle en désignant, le petit garçon qu'elle tenait sur ses épaules. Et dès qu'ils les a vus, mon mioche s'est mis à courir pour les r'joindre. Mais moi, j'avais tout vu, et j'allais pas laisser l'Luc suivre ces vauriens. Alors, j'ai couru à leur poursuite, mais ils étaient rapides, ces gosses, bien qu'y soient tout p'tits. J'ai passé bien de temps avant de les rattraper, mais finalement, j'les ai eus. Et croyez moi, ils ont r'çu une belle correction après que j'ai mis la main dessus. J'ai reconnu très vite les garçons de l'Antoine et de la Francine, et là, j'les ramène.
- Merci pour tout ce que vous avez fait, vous pouvez me les confier, je les ramènerai moi-même chez leurs grands parents, car j'habite chez eux : Martin et Pierre vous le confirmera; n'est ce pas les garçons?
- Oui, m'dame, Mamoiselle Marie habite chez nous, répondirent d'une voix penaude Martin et Pierre
- Bon, alors, j'vous les confie, dit la paysanne. Mais croyez moi, faut mieux les éduquer, ces mômes. Faut qu'y aident à la maison, au lieu d'traîner dans les champs à jouer et entraîner les enfants des autres dans leurs bêtises"
Marie prit les deux garçons par la main, un de chaque côté, et, les tenant fermement, les ramena à la ferme, tout en les sermonnant pendant le trajet
"Eh bien, vous nous avez donné bien du mauvais sang. Qu'est ce qu'il vous a pris de sortir comme ça, sans prévenir personne, et de faire n'importe quoi? Vous savez qu'il aurait pu vous arriver un accident? Vous allez voir ce que vous allez prendre quand bonne mère sera mise au courant"
Les expressions de Martin et Pierre montraient une forte inquiétude, car ils connaissaient la sévérité de leur grand-mère.
A son retour, la Francine n'était pas encore revenue. L'Antoine, à la vue des enfants, poussa un grand soupir de soulagement. Il informa Marie que pendant son absence, outre le tri de la laine, il s'était occupé de préparer le souper à sa place, demandant à Jeanne de lui apporter les denrées nécessaires. De son côté, Marie lui raconta ses recherches et la manière dont elle avait fini par retrouver les enfants. L'Antoine s'adressa ensuite à ses petits enfants, avec colère:
"Bougres de vauriens, vous nous avez bien inquiétés, et en plus vous vagabondez au lieu de faire c'qu'on vous demande. J'aurais bien envie de vous battre comme vous le méritez, mais avec ma patte folle, j'peux pas le faire aussi bien que j'le souhaiterais. Mais la femme, elle, saura y faire avec des fripons comme vous"
Et, quelques minutes après, celle-ci revient de sa journée aux champs. Marie et l'Antoine leur racontèrent la fugue des garçons. La Francine les réprimanda pour leur surveillance défaillante, mais elle comprit rapidement que son mari, Jeanne et Marie avaient été suffisamment punis par l'angoisse qu'ils avaient vécue.
Cependant, elle se rapprocha rapidement des deux garçons. Elle ne dit rien, mais son visage montrait une fureur et une colère qui terrifiait les enfants. La Francine dit d'une voix très douce :
- Martin, Pierre, venez vers moi tout de suite
Et comme les enfants ne bougeaient pas, elle répéta, d'une voix plus forte et plus froide
- J'ai dit : TOUT DE SUITE
Les deux coupables obtempérèrent, et une fois que leur grand-mère les eût à portée de main, elle commença à les battre avec une grande énergie. Elle leur donnait des coups de sabot, leur administrait des gifles, des fessées d'une telle force que très vite, Martin et Pierre se mirent à pleurer et à crier, si fort que Marie finit par s'en émouvoir. Cependant, l'Antoine signifia d'un geste du bras à la jeune fille de laisser son épouse agir à sa guise. Au bout de quelques minutes, les deux petits garçons avaient de la peine à bouger, tellement la douleur était vive sur l'ensemble de leur corps. La Francine leur signifia qu'ils étaient privés de souper, et ne prendraient qu'un peu de pain sec et d'eau. Martin et Pierre, pleurant et reniflant, s'allongèrent dans leur couche.
" J'suis désolée que vous ayez eu à assister à cela, mamzelle Marie, commença la Francine, mais vous savez, si on veut qu'les gosses deviennent pas d'la mauvaise graine, faut savoir les corriger dès l'plus jeune âge. Avec la rossée qu'ils viennent de r'cevoir, y réfléchiront à deux fois avant de sortir sans autorisation
- Je comprends, bonne mère. Vous ne pouvez pas imaginer l'angoisse que j'ai ressentie en ne les retrouvant pas, malgré mes efforts. Je m'en voulais tellement, et l'Antoine aussi
- Ce qui est fait est fait. C'qui faut maintenant, c'est éviter qu'ça recommence.
- On fera tout notre possible, femme" promit l'Antoine.
Après le souper, la jeune fille et le paysan se consacrèrent au travail de la laine, afin rattraper leur retard, jusqu'à l'heure du coucher.
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