L'école des princesses : chapitre 4

4) Une rencontre inattendue

 La clairière était silencieuse : pas un chant d'oiseau, pas un souffle de vent. Enchaînée à son arbre, la princesse sentit monter en elle une terreur qu'elle n'avait jamais ressentie jusque là. Tant que ses parents étaient encore là, leur présence l'aidait à affronter la peur de la mort; mais maintenant, seule, complètement isolée, sans personne pour lui apporter un quelconque réconfort, elle sentait l'atroce angoisse monter en elle. Elle comprenait pourquoi le dragon avait demandée qu'elle soit enchaînée : son propre courage ne lui suffisait plus pour affronter la mort ; elle se serait certainement enfuie si elle avait été libre. Mais, dans sa position, dos contre l'arbre, les mains liées derrière le tronc du bouleau par de solides chaînes, elle ne pouvait se libérer malgré ses efforts, et ne pouvait qu'attendre l'arrivée du dragon. Celui-ci devait arriver dans un vingtaine de minutes. L'attente était insupportable : les minutes semblaient interminables, et, malgré son désir de vivre, la princesse en finissait par souhaiter que le monstre arrive le plus vite possible afin d'en finir et faire cesser la souffrance qu'elle endurait.

Dix minutes après le départ de ses parents, la princesse entendit un bruit. Elle se disait en elle même "Voilà le dragon qui arrive" ; mais, au lieu du dragon, elle vit apparaître de l'autre côté de la clairière un homme d'âge moyen vêtu de la tenue typique portée par les voyageurs qui parcouraient le royaume en quête de travail, allant de ville en ville selon les opportunités d'emploi qui se présentaient. Ses vêtements ne montraient aucun signe de richesse, mais le tissu qui les constituait était solide et tenait chaud ; il portait un sac qui devait contenir l'ensemble de son bien.
Le voyageur remarqua rapidement la princesse enchaînée à son arbre, se rapprocha d'elle puis l'aborda en ces termes:
"Eh bien, on voit vraiment des choses étranges dans cette forêt : ce n'est pas tous les jours que l'on rencontre des jeunes filles liées aux arbres. Comment vous êtes vous retrouvée dans cette situation peu ordinaire?
- Monsieur, répondit la princesse, ne vous moquez pas de moi, je vous prie, répondit la princesse ; je suis en train de vivre mes derniers instants, et je voudrais les vivre dans la dignité.
- Vos derniers instants? rétorqua l'homme ; mais vous semblez en excellente santé ; j'imagine mal la mort s'emparer d'une jeune fille comme vous.
- Monsieur, s'il vous plaît ; ce n'est pas la maladie qui me menace, mais dans quelques minutes, un terrible dragon va arriver pour me dévorer, et il serait préférable, pour vous, pour moi, que vous partiez tout de suite ; qui sait comment le dragon va réagir s'il ne me voit pas seule.
- Un dragon? Qu'est ce que cela signifie? Qui a jamais entendu parler d'un dragon vivant dans ces contrées?
- Comment? Pourtant la nouvelle de l'arrivée du monstre a été répandue dans l'ensemble du royaume, ainsi que le terrifiant prix qu'il exigea pour ne pas le dévaster. 
- Je vous demande pardon, mais je n'ai rencontré personne depuis trois jours que je parcours cette forêt ; donc, excusez mon ignorance.
- Vous êtes tout pardonné, mais, je vous en prie, partez tout de suite ; protégez votre vie, et faites en sorte que mon sacrifice ne soit pas vain.
- Madame, je ne puis accepter cela ; vous êtes jeune, pleine de vie ; votre existence ne peut se terminer si tôt, dans l'estomac d'un dragon ; vous devez vivre, découvrir le monde, apprendre, voyager. Je n'ai aucune fortune ; et pourtant je me sens si riche des expériences que j'ai vécues en parcourant le royaume, occupant divers emplois si différents, selon les opportunités qui se sont présentées, découvrant chaque jour de nouvelles gens, apprenant à chaque fois de nouveaux talents en travaillant dans les champs, les ateliers, les boutiques. Ma plus grande joie venait du fait qu'à chaque nouvel emploi, mes maîtres me transmettaient leur savoir, et ainsi, permettaient à leur art de se perpétuer même après leur mort. Mon plus grand rêve serait de pouvoir enseigner aux jeunes générations afin de transmettre le savoir à mon tour. Malheureusement, je n'ai pas encore pu réaliser ce rêve, car la vie ne m'en a pas encore donné l'occasion. En attendant, je continue à en apprendre davantage lors de mes voyages. Et je garde espoir de réaliser mon rêve, car je suis en vie. Et c'est pourquoi je suis révolté de vous voir, vous, si jeune, ne considérer qu'une mort imminente comme avenir. Refusez un destin si funeste, vivez et découvrez qui vous êtes et ce que vous souhaitez vraiment dans la vie.
- Monsieur, vos propos ne font qu'amplifier mes souffrances ; en vous écoutant, je me rends compte à quel point j'aurais souhaité vivre, car tout ce que vous décrivez me paraît si magnifique, et mon plus grand souhait serait de pouvoir suivre le chemin que vous avez parcouru, apprendre, rencontrer les gens, me révéler à moi-même. Je suis pourtant heureuse de vous avoir rencontré, car, au moins, j'ai eu la chance de savoir la vie que j'aurais souhaité, même si je serai privée de ce bonheur.
- Il n'est pas trop tard. Vous êtes encore vivante ; la fortune peut encore vous offrir ce que vous appelez de vos voeux.
- Hélas, il est trop tard pour moi ; partez, je vous en conjure
- Je comprends ; je vais partir pour le moment, mais réfléchissez ; il est encore temps de changer d'avis ; je reviendrai très bientôt, et j'espère que vous choisirez la vie plutôt que la mort, l'espoir au lieu de la résignation, et la richesse des expériences vécues plutôt qu'un destin tranché net par le trépas"

Après avoir prononcé ces mots, l'homme quitta la princesse et s'enfonça dans les profondeurs de la forêt. La princesse souffrait plus que jamais, car après cette rencontre, elle souhaitait plus que jamais vivre. Cependant, l'arrivée du dragon était imminente ; son tourment allait bientôt prendre fin. 

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