L'école des princesses : chapitre 34

34) La dure vie de paysanne

Le lendemain, la Francine réveilla à nouveau la jeune fille avant le lever du jour. Cette fois, Marie se rendit seule au puits, et revint avec ses deux seaux pleins. A son retour, la paysanne lui rappela l'ensemble des tâches qu'elle aurait à accomplir ce jour.
Marie, comme la veille avait à sa charge l'entretien du potager : continuer les semis commencés la veille, repiquer les légumes semés durant l'hiver sous abri, arroser, biner, sarcler le jardin, le protéger des nuisibles et enfin, récolter les légumes nécessaires pour les repas. De plus, elle devait s'occuper des bêtes, protéger le foyer, surveiller les enfants afin qu'ils effectuent leur travail et ne sèment pas le désordre dans la ferme, ainsi que le cochon, afin, d'éviter, en particulier, que l'eau ne soit souillée. Ses autres missions incluaient, comme la veille, les soins pour l'Antoine, en particulier s'assurer qu'il restât propre, la préparation des repas, et l'accueil du berger lorsqu'il emmenait les brebis en pâture puis les ramenait à la ferme. Enfin, la Francine apporta quelques hardes déchirées à la jeune fille, et lui demanda de les repriser pour le soir.

"V'la Marie, tout ce que j'vous ai montré la veille, vous d'vrez l'faire toute seule ce jour. Moi, je dois partir pour les champs, et j'reviendrai qu'en soirée. Vous arriverez à m'faire tout cela?"
Marie réalisait bien l'ampleur de l'ouvrage qui l'attendait, mais, elle assura la Francine qu'elle s'acquitterait de sa tâche.

Une fois la paysanne partie, la jeune fille se mit immédiatement à l'ouvrage. Cependant, si chacune des tâches dont elle avait la charge, prise séparément, ne lui aurait pas posé de difficultés particulières , leur cumul rendait la situation bien plus compliquée. Par exemple, à peine commençait elle à travailler au potager qu'elle devait s'interrompre, afin d'éloigner les enfants du foyer, empêcher le cochon de saccager le jardin ou de tout renverser. En conséquence, l'entretien du potager avançait bien moins rapidement qu'elle ne l'aurait souhaité. En particulier, les deux garçons nécessitaient une surveillance constante, car ils ne cessaient d'aller et venir, et se révélaient peu motivés au travail et rebelles à l'autorité.
Heureusement, elle disposa bientôt de deux alliés précieux, dont elle sut tirer parti. D'abord, l'Antoine, qui, malgré son immobilité forcée, s'efforçait de l'aider du mieux qu'il pouvait, en particulier, en jouant un rôle de sentinelle, la prévenant au plus vite, que ce soit des actions des enfants, de l'entrée du cochon dans la maison ou de l'arrivée des visiteurs. De plus, le paysan se montrait particulièrement coopératif lorsque Marie s'occupait de lui, l'aidant lorsqu'elle le transportait de la couche vers la chaise, ou quand elle le lavait,  bougeant autant qu'il pouvait afin de lui faciliter la tâche, et restant stoïque même lorsque la jeune fille lui causait quelque douleur. Enfin, l'Antoine utilisait toute son autorité de grand père afin d'exiger des enfants qu'ils obéissent à Marie.
Néanmoins, celle-ci ne nécessita pas l'autorité de l'aïeul pour s'assurer la coopération de Jeanne. La petite fille s'entendit immédiatement avec la nouvelle venue, et malgré son jeune âge, lui apporta un précieuse aide, d'une part en l'aidant spontanément pour le travail dans le potager, et aussi, et surtout, en surveillant ses frères.
Malgré cela, Marie se sentait souvent complètement dépassée par tout le travail qu'elle devait accomplir en un temps aussi limité. Elle avait à peine terminé le travail dans le potager qu'il était déjà l'heure de préparer le repas.
Lorsque la Francine revint à la tombée de la nuit, la jeune fille n'avait pas pu totalement achever son ouvrage, notamment, le travail de raccommodage, bien qu'elle n'eût cessé de travailler depuis son réveil.  Dès son retour, et malgré sa grande fatigue, la paysanne inspecta le potager, et signala rapidement à Marie quelques erreurs qu'elle avait commises, notamment lors du repiquage, et qu'elle devrait corriger le lendemain. De plus, lorsque la jeune fille avoua n'avoir pas effectué le reprisage qu'elle lui avait demandé, la Francine exigea d'elle qu'elle y consacre tout le temps qu'il lui serait possible, jusqu'à l'heure du coucher. Marie, malgré sa fatigue, fut forcée d'acquiescer et de s'executer.

 Les jours et les semaines se succédèrent, et, du matin au soir, Marie travailla sans relâche, sans pouvoir s'arrêter, commençant l'ouvrage avant le lever du soleil et ne se couchant qu'alors que la nuit était déjà bien avancée. Elle devait affronter le froid, la pluie, et continuer son travail en dépit des caprices de la nature. La Francine se révélait une patronne exigeante, n'hésitant pas à lui faire effectuer à nouveau un travail mal fait, ou à lui demander de terminer une tâche jusque tard dans la nuit. Néanmoins, elle ne cherchait jamais à brimer Marie, veillant toujours à l'encourager même quand elle la réprimandait. La Francine savait que la jeune fille donnait le meilleur d'elle même, et reconnaissait les progrès qu'elle accomplissait au fur et à mesure qu'elle gagnait en expérience. Un jour que Marie tomba brièvement malade, sous le poids cumulé d'une pluie glaciale et de sa grande fatigue, elle lui accorda une journée de repos afin qu'elle puisse se remettre d'aplomb. Dès le lendemain, la jeune fille, ayant recouvré la santé, se remit au travail avec encore plus d'acharnement que d'habitude pour rattraper le temps perdu. De son côté, Marie éprouvait un profond respect et une grande admiration pour son hôtesse, qui prenait le temps et l'effort de la superviser malgré ses journées épuisantes aux champs, et qui, de plus, ne se plaignait jamais. Face à cet exemple, la jeune fille n'osait pas émettre une quelconque plainte sur ses conditions de travail, car elle savait que cette existence difficile avait représenté le quotidien de la Francine pendant toute sa vie, alors qu'elle avait bénéficié de tous les privilèges liée à sa condition de princesse pendant la plus grande partie de la sienne. 


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