L'école des princesses : chapitre 28
28) Représentations au palais
Le lendemain, la troupe se rendit au palais sous escorte des gardes royaux, pour une représentation devant l'ensemble de la Cour. Le roi avait demandé que soient représentés "La séduction est mauvaise conseillère" et "Horace et Calircé", et les comédiens avaient amenés avec eux tout le matériel dont ils avaient besoin pour le spectacle. Jean raconta que le messager lui avait raconté qu'à la cour, tout le monde ne parlait que de cette "Marie Fabre", cette comédienne débutante qui se piquait d'écrire des pièces. Comprenant bien toute l'ironie et la condescendance qui transparaissaient dans ces propos, Marie fulminait en elle-même, désirant plus que jamais montrer sa valeur à tous ces fats courtisans qui se croyaient si supérieurs par la seule vertu d'être né dans la noblesse, et aussi faire honneur à ses parents.
A mesure que la troupe se rapprochait du palais, Marie sentit monter l'angoisse dans son coeur. Après tant d'années, elle revenait sur le lieu de son enfance, et elle craignait de ne pouvoir contenir ses émotions à la vue d'un visage familier. A leur arrivée, la troupe fut menée vers une entrée de service, et conduite par un grand domestique que Marie ne connaissait pas,vers la grande salle de spectacles du palais, au fond de laquelle se trouvait la scène sur laquelle ils devaient se produire ; à leur suite, de nombreux serviteurs transportaient leur matériel. La troupe fut ensuite informée que la représentation devait commencer dans trois heures, et de se préparer d'ici là.
Quelques minutes avant le début de la représentation, Marie, des coulisses, regarda au travers du rideau. Elle vit une vaste foule assise sur des sièges, et reconnut avec émotion au centre du premier rang ses parents. Elle n'avait jamais été aussi proche d'eux depuis des années, et en même temps, elle ne pouvait les rejoindre pour les embrasser, et elle en souffrait profondément. Heureusement que Drake lui avait permis de les voir et de leur parler quelques jours auparavant, grâce à sa magie, car sinon, elle n'aurait pas été sûre d'avoir eu la force de résister au désir d'aller vers eux. Elle reconnut aussi de nombreux gentilshommes et nobles dames, dont beaucoup qu'elle détestait car elle ne supportait pas leur arrogance.
Finalement, la représentation commença, et Marie se concentra uniquement sur son travail de comédienne, se préoccupant de donner le meilleur d'elle-même. La troupe fut fort applaudie par l'audience présente, y compris le couple royal, ce qui procura une grande joie dans le coeur de la jeune fille. Après le spectacle, la troupe fut reconduite au grand théâtre.
Durant leur séjour dans la capitale, la compagnie ne fut rappelée au palais qu'à une seule autre occasion, l'avant veille de leur départ. Quelques jours avant, la troupe avait organisé la première de leur plus récente comédie, intitulée "La Honte de la maréchaussée". Cette fois ci, le messager leur informa qu'ils étaient conviés pour une représentation privée, destinée uniquement au couple royal.
Marie et ses partenaires furent conduits au palais par le même chemin que la première fois, mais à une heure plus tardive, et l'ambiance semblait bien plus calme et intime, sans l'agitation qui avait accompagné leur première visite. Le programme demandé par le couple royal comprenait "La honte de la maréchaussée" et, à nouveau, "Horace et Calircé".
Lors de la représentation, la jeune fille, afin de contenir les émotions qui surgissaient en elle, fit encore appel à tout son professionnalisme et à son entraînement pour se concentrer exclusivement sur ses rôles. Cependant, à la fin de la représentation, la reine demanda à s'entretenir avec Marie. Celle-ci, mobilisant toutes ses forces pour garder son calme, s'approcha de la souveraine, afin d'écouter ce qu'elle souhaitait lui dire :
"C'était un très beau spectacle, mademoiselle, commença la reine, et vous l'avez remarquablement interprété. Mais c'est surtout la pièce "Horace et Calircé" qui a touché mon coeur, cette pièce dont vous êtes l'auteur. C'est pourquoi j'ai tenu à la revoir une deuxième fois, et cette fois, en l'absence de cette cour bruyante. Je voulais aussi vous féliciter d'avoir, dans cette pièce, restitué la légende de manière si juste, tout en ajoutant des éléments d'humour qui apportent une touche de légèreté. Cette légende a une signification particulière pour moi, car il s'agissait de la légende préférée de ma fille. Elle aimait tant quand les servantes lui racontaient la confrontation du héros avec l'enchanteresse. Je regrette tant qu'elle n'ait pas été présente pour assister à ce spectacle, car je sais qu'elle l'aurait tant aimé. Elle me manque tellement ; ma seule consolation est de savoir qu'elle est encore vivante et en bonne santé. Malheureusement, elle est encore captive du monstre qui nous l'a arrachée. Mais je vis dans l'espoir que nous nous rencontreront à nouveau un jour."
Le coeur de Marie était sur le point de voler en éclats, tellement les émotions l'envahissaient; la souffrance pleine de dignité qui s'exprimait à travers les propos de la reine la transperçait comme un coup de poignard; mais, en accomplissant un effort surhumain sur elle-même, elle répondit :
"Je vous remercie de ces très aimables louanges, Votre Majesté, et suis si heureuse et honorée d'avoir pu vous apporter ce moment de divertissement. Je suis si navrée pour ce qui est arrivé à votre fille, mais je suis sûre qu'un jour, elle recouvrera enfin sa liberté, et que vous aurez la joie d'assister ensemble à une représentation de cette pièce que vous avez tant aimée."
"Merci de votre gentillesse, mademoiselle Fabre. Cela fut un plaisir de faire votre connaissance, et croyez que je vous suis bien obligée"
Marie rejoignit immédiatement ses partenaires quand la reine eut fini de parler, car si elle était restée près d'elle une seconde de plus, elle n'aurait pu se retenir de la prendre dans ses bras et de l'embrasser.
Le couple royal retourna ensuite dans ses appartements, et la troupe prit congé. Marie avait interprété bien des rôles sur scène, mais elle savait qu'aucun rôle ne lui avait demandé ou ne lui demandera plus d'efforts que le rôle de "Marie Fabre" qu'elle venait de jouer devant sa mère. Cependant, pendant la nuit, elle ne put empêcher de chaudes larmes de couler de ses yeux, au souvenir de sa conversation avec la reine.
Le surlendemain, la Compagnie quitta la cité royale pour reprendre son voyage à travers le pays.
Le lendemain, la troupe se rendit au palais sous escorte des gardes royaux, pour une représentation devant l'ensemble de la Cour. Le roi avait demandé que soient représentés "La séduction est mauvaise conseillère" et "Horace et Calircé", et les comédiens avaient amenés avec eux tout le matériel dont ils avaient besoin pour le spectacle. Jean raconta que le messager lui avait raconté qu'à la cour, tout le monde ne parlait que de cette "Marie Fabre", cette comédienne débutante qui se piquait d'écrire des pièces. Comprenant bien toute l'ironie et la condescendance qui transparaissaient dans ces propos, Marie fulminait en elle-même, désirant plus que jamais montrer sa valeur à tous ces fats courtisans qui se croyaient si supérieurs par la seule vertu d'être né dans la noblesse, et aussi faire honneur à ses parents.
A mesure que la troupe se rapprochait du palais, Marie sentit monter l'angoisse dans son coeur. Après tant d'années, elle revenait sur le lieu de son enfance, et elle craignait de ne pouvoir contenir ses émotions à la vue d'un visage familier. A leur arrivée, la troupe fut menée vers une entrée de service, et conduite par un grand domestique que Marie ne connaissait pas,vers la grande salle de spectacles du palais, au fond de laquelle se trouvait la scène sur laquelle ils devaient se produire ; à leur suite, de nombreux serviteurs transportaient leur matériel. La troupe fut ensuite informée que la représentation devait commencer dans trois heures, et de se préparer d'ici là.
Quelques minutes avant le début de la représentation, Marie, des coulisses, regarda au travers du rideau. Elle vit une vaste foule assise sur des sièges, et reconnut avec émotion au centre du premier rang ses parents. Elle n'avait jamais été aussi proche d'eux depuis des années, et en même temps, elle ne pouvait les rejoindre pour les embrasser, et elle en souffrait profondément. Heureusement que Drake lui avait permis de les voir et de leur parler quelques jours auparavant, grâce à sa magie, car sinon, elle n'aurait pas été sûre d'avoir eu la force de résister au désir d'aller vers eux. Elle reconnut aussi de nombreux gentilshommes et nobles dames, dont beaucoup qu'elle détestait car elle ne supportait pas leur arrogance.
Finalement, la représentation commença, et Marie se concentra uniquement sur son travail de comédienne, se préoccupant de donner le meilleur d'elle-même. La troupe fut fort applaudie par l'audience présente, y compris le couple royal, ce qui procura une grande joie dans le coeur de la jeune fille. Après le spectacle, la troupe fut reconduite au grand théâtre.
Durant leur séjour dans la capitale, la compagnie ne fut rappelée au palais qu'à une seule autre occasion, l'avant veille de leur départ. Quelques jours avant, la troupe avait organisé la première de leur plus récente comédie, intitulée "La Honte de la maréchaussée". Cette fois ci, le messager leur informa qu'ils étaient conviés pour une représentation privée, destinée uniquement au couple royal.
Marie et ses partenaires furent conduits au palais par le même chemin que la première fois, mais à une heure plus tardive, et l'ambiance semblait bien plus calme et intime, sans l'agitation qui avait accompagné leur première visite. Le programme demandé par le couple royal comprenait "La honte de la maréchaussée" et, à nouveau, "Horace et Calircé".
Lors de la représentation, la jeune fille, afin de contenir les émotions qui surgissaient en elle, fit encore appel à tout son professionnalisme et à son entraînement pour se concentrer exclusivement sur ses rôles. Cependant, à la fin de la représentation, la reine demanda à s'entretenir avec Marie. Celle-ci, mobilisant toutes ses forces pour garder son calme, s'approcha de la souveraine, afin d'écouter ce qu'elle souhaitait lui dire :
"C'était un très beau spectacle, mademoiselle, commença la reine, et vous l'avez remarquablement interprété. Mais c'est surtout la pièce "Horace et Calircé" qui a touché mon coeur, cette pièce dont vous êtes l'auteur. C'est pourquoi j'ai tenu à la revoir une deuxième fois, et cette fois, en l'absence de cette cour bruyante. Je voulais aussi vous féliciter d'avoir, dans cette pièce, restitué la légende de manière si juste, tout en ajoutant des éléments d'humour qui apportent une touche de légèreté. Cette légende a une signification particulière pour moi, car il s'agissait de la légende préférée de ma fille. Elle aimait tant quand les servantes lui racontaient la confrontation du héros avec l'enchanteresse. Je regrette tant qu'elle n'ait pas été présente pour assister à ce spectacle, car je sais qu'elle l'aurait tant aimé. Elle me manque tellement ; ma seule consolation est de savoir qu'elle est encore vivante et en bonne santé. Malheureusement, elle est encore captive du monstre qui nous l'a arrachée. Mais je vis dans l'espoir que nous nous rencontreront à nouveau un jour."
Le coeur de Marie était sur le point de voler en éclats, tellement les émotions l'envahissaient; la souffrance pleine de dignité qui s'exprimait à travers les propos de la reine la transperçait comme un coup de poignard; mais, en accomplissant un effort surhumain sur elle-même, elle répondit :
"Je vous remercie de ces très aimables louanges, Votre Majesté, et suis si heureuse et honorée d'avoir pu vous apporter ce moment de divertissement. Je suis si navrée pour ce qui est arrivé à votre fille, mais je suis sûre qu'un jour, elle recouvrera enfin sa liberté, et que vous aurez la joie d'assister ensemble à une représentation de cette pièce que vous avez tant aimée."
"Merci de votre gentillesse, mademoiselle Fabre. Cela fut un plaisir de faire votre connaissance, et croyez que je vous suis bien obligée"
Marie rejoignit immédiatement ses partenaires quand la reine eut fini de parler, car si elle était restée près d'elle une seconde de plus, elle n'aurait pu se retenir de la prendre dans ses bras et de l'embrasser.
Le couple royal retourna ensuite dans ses appartements, et la troupe prit congé. Marie avait interprété bien des rôles sur scène, mais elle savait qu'aucun rôle ne lui avait demandé ou ne lui demandera plus d'efforts que le rôle de "Marie Fabre" qu'elle venait de jouer devant sa mère. Cependant, pendant la nuit, elle ne put empêcher de chaudes larmes de couler de ses yeux, au souvenir de sa conversation avec la reine.
Le surlendemain, la Compagnie quitta la cité royale pour reprendre son voyage à travers le pays.
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