L'école des princesses : chapitre 24
24) Retour à la ville natale
Cependant, la troupe se rapprochait peu à peu de la cité royale où elle prenait ses quartiers d'été. La perspective de retourner dans sa ville natale suscitait en Marie des sentiments intenses et contradictoires. D'une part, elle était très excitée de revoir la ville dans laquelle elle avait vécue toute son enfance et à laquelle tant de souvenirs étaient associés. Elle n'y était plus revenue depuis le jour fatidique où ses parents l'avaient livrée au dragon. De surcroît, comme c'était sa première visite sous l'identité de la comédienne Marie Fabre, elle aurait l'opportunité de voir sa ville sous un jour bien différent que celui qu'elle connaissait en tant que princesse. D'un autre côté, son coeur était aussi rempli d'appréhension et d'angoisse, car elle savait qu'elle serait plus proche de ses parents, ainsi que des personnes qui l'avaient connue et aimée, qu'elle ne l'avait jamais été depuis des années. Ses craintes étaient d'autant plus grandes que lorsqu'il lui avait expliqué les modalités de leur étape dans la capitale, Jean lui avait confirmé que la troupe se produirait au palais royal au cours de leur séjour.
"Durant nos quartiers d'été dans la capitale, lui avait-il dit, notre troupe bénéficie du mécénat du couple royal, grand amateur d'art théâtral. Celui-ci met à notre disposition le grand théâtre de la ville, qui est la propriété de la couronne, où nous logerons et donnerons nos représentations tout au long de notre séjour dans la cité royale. En contrepartie, nous devons consentir à nous rendre au palais pour nous produire devant le roi et la cour, selon le bon plaisir de Sa Majesté, et d'interpréter des pièces choisies par le souverain lui-même, comme toute troupe bénéficiant de la générosité royale. Néanmoins, afin de nous donner le temps de nous préparer, Son Altesse nous fait prévenir la veille de la représentation à la cour.
Marie, tu ne peux imaginer à quel point nous sommes privilégiés de pouvoir bénéficier de l'accès au grand théâtre de la ville : la scène y est immense, nous bénéficions d'un choix très vaste d'accessoires, de costumes, de décors, et le bâtiment lui-même est magnifique. D'autre part, c'est un immense honneur d'être conviés au palais pour montrer nos talents à la cour ; Sa Majesté nous appelle au palais en règle générale deux à trois fois au cours de notre étape dans sa ville".
Marie avait souvent pensé à ses parents pendant toutes ces années pendant lesquelles elle avait vécu éloignée d'eux. Elle savait qu'elle leur manquait terriblement, même s'ils la savaient vivante et en bonne santé. En effet, afin d'atténuer leur peine, elle avait décidé, en concertation avec Drake, de leur envoyer régulièrement de ses nouvelles afin qu'ils sachent qu'elle était toujours en vie, en tirant avantage des pouvoirs télépathiques du dragon. Tous les six mois, ils préparaient ensemble le contenu du message qu'elle allait leur envoyer : même si elle était contrainte de mentir, en leur racontant qu'elle était prisonnière dans le domaine du dragon, les travaux qu'elle racontait être obligée d'effectuer lors de sa captivité correspondaient de manière relativement fidèle à ceux qu'elle avait effectivement accompli au cours des six mois précédents en tant que Marie Fabre. Par exemple, dans son dernier message, qu'elle avait envoyé le soir même où Drake lui avait rendu visite au théâtre du port, elle racontait que le dragon lui ordonnait, en compagnie d'autres captifs, de le divertir par des spectacles. De son côté, son geôlier consentait à que le roi et la reine transmettent un message qu'il enverrait à leur fille. Le couple royal, dans cette rare opportunité qu'ils avaient de communiquer avec leur fille, racontaient les derniers évènements au palais, lui donnaient des nouvelles de gens qu'elle y avait connus, et tentaient au maximum de dissimuler leur chagrin. Si Marie était heureuse de recevoir des informations la tenant au courant des évènements dans sa maison natale, elle ressentait malgré tout une immense tristesse, car elle ne pouvait ignorer la peine de ses parents. Pourtant, elle ne pouvait s'empêcher d'être agacée, quand ceux-ci déploraient le fait que le dragon lui faisait effectuer des tâches indignes de son rang. Notamment, dans leur dernier message, ils considéraient qu'elle faisait un vulgaire travail de "bouffon", elle qui a toujours eu un profond respect et une profonde reconnaissance pour ceux qui la faisaient rire pendant son enfance, et qui était si fière d'apporter un peu de rire à ses spectateurs. Malgré tout, ses parents lui manquaient beaucoup, et la perspective qu'elle allait les revoir, eux, et probablement plein de gens de cour, de serviteurs et suivantes qu'elle avait tant aimés, sans pouvoir le leur faire savoir, sans pouvoir se faire reconnaître, pesait très lourd dans son coeur. Elle ne savait pas si elle serait en mesure d'affronter cette épreuve.
Aussi, elle avait profité d'un moment où elle avait pu s'isoler, lors de leur étape dans la deuxième grande ville du nord du pays, pour contacter Drake avec son médaillon et lui demander conseil. Celui-ci lui avait répondu qu'il avait anticipé qu'une telle situation devrait survenir lorsque la troupe ferait étape dans la cité royale. Aussi, il l'avait informée qu'il s'arrangerait pour être présent dans la capitale pendant toute la durée des quartiers d'été de la Compagnie de la Libre Comédie, et qu'il viendrait la voir le plus tôt possible après son arrivée. Là, leur rencontre ne susciterait pas d'étonnement, car d'une part, la troupe savait qu'il la connaissait, et d'autre part, les habitudes de tournée de la Compagnie étaient bien connues dans le pays.
Finalement, alors que l'été était bien entamé, la troupe arriva enfin dans la grande cité royale.
Cependant, la troupe se rapprochait peu à peu de la cité royale où elle prenait ses quartiers d'été. La perspective de retourner dans sa ville natale suscitait en Marie des sentiments intenses et contradictoires. D'une part, elle était très excitée de revoir la ville dans laquelle elle avait vécue toute son enfance et à laquelle tant de souvenirs étaient associés. Elle n'y était plus revenue depuis le jour fatidique où ses parents l'avaient livrée au dragon. De surcroît, comme c'était sa première visite sous l'identité de la comédienne Marie Fabre, elle aurait l'opportunité de voir sa ville sous un jour bien différent que celui qu'elle connaissait en tant que princesse. D'un autre côté, son coeur était aussi rempli d'appréhension et d'angoisse, car elle savait qu'elle serait plus proche de ses parents, ainsi que des personnes qui l'avaient connue et aimée, qu'elle ne l'avait jamais été depuis des années. Ses craintes étaient d'autant plus grandes que lorsqu'il lui avait expliqué les modalités de leur étape dans la capitale, Jean lui avait confirmé que la troupe se produirait au palais royal au cours de leur séjour.
"Durant nos quartiers d'été dans la capitale, lui avait-il dit, notre troupe bénéficie du mécénat du couple royal, grand amateur d'art théâtral. Celui-ci met à notre disposition le grand théâtre de la ville, qui est la propriété de la couronne, où nous logerons et donnerons nos représentations tout au long de notre séjour dans la cité royale. En contrepartie, nous devons consentir à nous rendre au palais pour nous produire devant le roi et la cour, selon le bon plaisir de Sa Majesté, et d'interpréter des pièces choisies par le souverain lui-même, comme toute troupe bénéficiant de la générosité royale. Néanmoins, afin de nous donner le temps de nous préparer, Son Altesse nous fait prévenir la veille de la représentation à la cour.
Marie, tu ne peux imaginer à quel point nous sommes privilégiés de pouvoir bénéficier de l'accès au grand théâtre de la ville : la scène y est immense, nous bénéficions d'un choix très vaste d'accessoires, de costumes, de décors, et le bâtiment lui-même est magnifique. D'autre part, c'est un immense honneur d'être conviés au palais pour montrer nos talents à la cour ; Sa Majesté nous appelle au palais en règle générale deux à trois fois au cours de notre étape dans sa ville".
Marie avait souvent pensé à ses parents pendant toutes ces années pendant lesquelles elle avait vécu éloignée d'eux. Elle savait qu'elle leur manquait terriblement, même s'ils la savaient vivante et en bonne santé. En effet, afin d'atténuer leur peine, elle avait décidé, en concertation avec Drake, de leur envoyer régulièrement de ses nouvelles afin qu'ils sachent qu'elle était toujours en vie, en tirant avantage des pouvoirs télépathiques du dragon. Tous les six mois, ils préparaient ensemble le contenu du message qu'elle allait leur envoyer : même si elle était contrainte de mentir, en leur racontant qu'elle était prisonnière dans le domaine du dragon, les travaux qu'elle racontait être obligée d'effectuer lors de sa captivité correspondaient de manière relativement fidèle à ceux qu'elle avait effectivement accompli au cours des six mois précédents en tant que Marie Fabre. Par exemple, dans son dernier message, qu'elle avait envoyé le soir même où Drake lui avait rendu visite au théâtre du port, elle racontait que le dragon lui ordonnait, en compagnie d'autres captifs, de le divertir par des spectacles. De son côté, son geôlier consentait à que le roi et la reine transmettent un message qu'il enverrait à leur fille. Le couple royal, dans cette rare opportunité qu'ils avaient de communiquer avec leur fille, racontaient les derniers évènements au palais, lui donnaient des nouvelles de gens qu'elle y avait connus, et tentaient au maximum de dissimuler leur chagrin. Si Marie était heureuse de recevoir des informations la tenant au courant des évènements dans sa maison natale, elle ressentait malgré tout une immense tristesse, car elle ne pouvait ignorer la peine de ses parents. Pourtant, elle ne pouvait s'empêcher d'être agacée, quand ceux-ci déploraient le fait que le dragon lui faisait effectuer des tâches indignes de son rang. Notamment, dans leur dernier message, ils considéraient qu'elle faisait un vulgaire travail de "bouffon", elle qui a toujours eu un profond respect et une profonde reconnaissance pour ceux qui la faisaient rire pendant son enfance, et qui était si fière d'apporter un peu de rire à ses spectateurs. Malgré tout, ses parents lui manquaient beaucoup, et la perspective qu'elle allait les revoir, eux, et probablement plein de gens de cour, de serviteurs et suivantes qu'elle avait tant aimés, sans pouvoir le leur faire savoir, sans pouvoir se faire reconnaître, pesait très lourd dans son coeur. Elle ne savait pas si elle serait en mesure d'affronter cette épreuve.
Aussi, elle avait profité d'un moment où elle avait pu s'isoler, lors de leur étape dans la deuxième grande ville du nord du pays, pour contacter Drake avec son médaillon et lui demander conseil. Celui-ci lui avait répondu qu'il avait anticipé qu'une telle situation devrait survenir lorsque la troupe ferait étape dans la cité royale. Aussi, il l'avait informée qu'il s'arrangerait pour être présent dans la capitale pendant toute la durée des quartiers d'été de la Compagnie de la Libre Comédie, et qu'il viendrait la voir le plus tôt possible après son arrivée. Là, leur rencontre ne susciterait pas d'étonnement, car d'une part, la troupe savait qu'il la connaissait, et d'autre part, les habitudes de tournée de la Compagnie étaient bien connues dans le pays.
Finalement, alors que l'été était bien entamé, la troupe arriva enfin dans la grande cité royale.
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