L'école des princesses : chapitre 20
20) Un premier grand rôle pour Marie
Dés le lendemain de leur arrivée, les représentations reprirent. Le directeur avait mis à la disposition de Jean et de ses comédiens les costumes, accessoires et décors de son théâtre. Ainsi, Jean pouvait préparer des mises en scènes bien plus élaborées et spectaculaires pour ses pièces que pendant la période itinérante. La Compagnie de la Libre Comédie bénéficiait d'une excellente réputation, par la qualité de ses comédiens et la diversité de son répertoire ; aussi, le public était nombreux à chaque représentation, ce qui assurait d'excellentes recettes, au grand plaisir du directeur et de la troupe.
La Compagnie consacrait le reste des journées aux répétitions, mais, chaque jour, les comédiens bénéficiaient de quelques heures de temps libre. Louis profitait de ses périodes de liberté pour visiter les tavernes de la ville, pour y boire, faire bonne chère, et si possible, séduire quelque charmante citadine. Mais il était étroitement surveillé par Madeleine, qui insistait, à son grand dam, pour l'accompagner. Ainsi, elle veillait à ce que son mari ne s'attire pas les ennuis qui n'auraient pu manquer d'arriver s'il avait pu se laisser entraîner par son tempérament . Pendant ce temps, Marie, Jacques et Thierry se rendaient dans les boutiques, les marchés, pour acheter des provisions, et, quand l'opportunité se présentait, un accessoire potentiellement utile à la troupe. Enfin, Jean passait l'essentiel de son temps libre dans sa chambre, et Jacques expliqua à Marie que leur chef profitait du séjour en ville pour écrire de nouvelles pièces, profitant d'une part du calme de sa chambre, et d'autre part du fait qu'il pouvait se fournir aisément en papier, plume et encre, nécessaires à son travail.
Et en effet, une semaine après leur arrivée, Jean demanda à Marie de le rejoindre, afin de lui montrer le manuscrit de la nouvelle farce qu'il venait d'écrire. Il souhaitait qu'elle soit la première à le lire, car il y avait écrit un rôle important spécifiquement à son intention.
La pièce racontait l'histoire d'un riche marchand marié qui cherchait à séduire sa jeune et séduisante servante. Cependant, celle-ci était révulsée par ses avances, et, ne supportant plus l'attitude de son maître, confia son malheur à sa maîtresse délaissée. Celle-ci, toute aussi irritée par son mari, apporta son soutien à la servante et, avec l'aide du frère de celle-ci, se mirent d'accord pour élaborer un stratagème pour se venger du mari indélicat, en lui faisant subir une série d'humiliations.
Pour commencer, la servante feindrait de céder aux avances du mari, et lui donnerait un rendez vous sur la place de la ville à une heure donnée. Mais, alors que le marchand se rendait au lieu de la rencontre, il rencontra un soldat qui lui chercha querelle (en fait le frère déguisé), l'insulta, le frappa, et l'empêcha de continuer sa route, jusqu'à ce qu'il soit trop tard pour rejoindre la jeune fille. Le lendemain, la servante lui reprocha vertement d'avoir manqué le rendez vous. Penaud, le marchand la supplia de lui donner une seconde chance, et la jeune fille, après s'être maintes fois prier, consentit à lui donner un nouveau rendez vous dans une auberge, à condition qu'il vienne vêtu de son plus bel habit.
Cette fois ci, le marchand arriva à temps au rendez vous, et dans l'auberge, proposa à la jeune fille de l'accompagner dans une chambre pour passer un peu de bon temps seuls. Bien sûr, la servante faisait mine d'accepter, mais cachés dans l'auberge, deux brigands observaient le couple (les brigands étant bien sûr le frère de la servante et l'épouse du marchand déguisés). A peine le marchand et la jeune servante étaient installés dans la chambre que les deux brigands, attirés par l'habit somptueux de l'homme, les attaquaient pour les voler. Tandis que l'épouse déguisée (qui bien sûr, ne disait mot) ficelait et bâillonnait la jeune servante, le frère, contrefaisant sa voix, forçait le marchand à se dévêtir de son bel habit, lui volait sa bourse, ses vêtements et même son alliance, le frappait, et, finalement, le ficelait à son tour, ne lui laissant qu'une culotte pour se couvrir. Après le départ des brigands, la jeune fille parvenait à se dégager de ses liens, et couvrit de reproches le malheureux marchand, le blâmant de l'avoir attiré dans ce guêpier, et lui signifiant qu'elle n'accepterait plus jamais le moindre rendez vous de sa part. Puis, elle quittait la chambre, sans aider son compagnon d'infortune, qui dut se libérer lui même, et subir l'humiliation de rentrer chez lui presque nu, sous les quolibets des passants. A son retour, sa femme furieuse lui demanda des explications. Le marchand fut forcé d'avouer à son épouse sa malheureuse aventure, et, à son tour, celle-ci lui révéla la vérité. Le marchand était bien sûr furieux, mais il reconnut qu'il était le premier responsable de son malheur, et la pièce se terminait par la réconciliation des époux.
Marie fut enthousiasmée par le sujet de la pièce, intitulée "La séduction est mauvaise conseillère", et devina que le rôle de la servante lui était destiné, ce que Jean lui confirma. Elle appréciait la forte personnalité de son personnage, qui refusait de se laisser maltraiter et utilisait la ruse pour se défendre et se venger, tout en sachant se servir de son charme pour parvenir à ses fins. C'était de loin le rôle le plus intéressant que Jean lui avait proposé, et elle était impatiente de le jouer. Elle devinait que les rôles du marchand et son épouse reviendraient à Louis et Marie, et que celui du frère serait interprété par Jacques, qui aurait la possibilité d'y mettre à son service tout son art de comique, en modifiant son apparence, son jeu physique et sa voix pour chacun des déguisements prévus dans la pièce.
Jean montra à son tour aux autres acteurs de la troupe sa nouvelle pièce, et tous partagèrent l'enthousiasme de Marie, même Louis, qui avait suffisamment de finesse pour apprécier l'autodérision dans son personnage dont le caractère était fort proche du sien.
Le jour même, la troupe commença les premières répétitions de la pièce, et tous apprirent avec entrain leur rôle ; Jacques, en particulier, mit tout son talent comique au service des scènes où il apparaissait déguisé, et, même pendant les répétitions, ses partenaires ne pouvaient se retenir de rire. L'enthousiasme était tel qu'en une semaine, les comédiens avaient parfaitement appris leurs rôles. Jean annonça alors à son ami le directeur qu'il avait une nouvelle pièce qu'il souhaitait créer dans son théâtre et celui-ci, ravi de pouvoir proposer une oeuvre inédite, accepta de programmer la première pour le lendemain.
La pièce fit un triomphe ; en particulier, les improvisations comiques de Jacques, quand il jouait le frère déguisé, suscitèrent l'hilarité du public ; mais la beauté et l'intelligence du personnage de Marie, et les performances du couple Barnaud, en particulier Louis, qui prenait un malin plaisir à rendre son personnage le plus ridicule possible étaient tout aussi appréciées. Chaque soir, le théâtre faisait salle comble. Le succès fut tel que pendant les semaines qui suivirent, la nouvelle pièce fut la seule farce qui fut programmée en première partie de soirée.
Marie était si heureuse : elle avait mis tout ses efforts au service de ce personnage qu'elle adorait, et elle était récompensée par l'enthousiasme du public. Jean était aussi ravi par ce succès, et, pour récompenser sa troupe, donna à chacun une prime supplémentaire sur les recettes. Marie décida d'utiliser l'argent que Jean lui donna pour acheter, sans en parler à ses camarades, du papier, une plume et de l'encre. En effet, elle avait un grand projet, et elle souhaitait en faire la surprise à ses partenaires.
Dés le lendemain de leur arrivée, les représentations reprirent. Le directeur avait mis à la disposition de Jean et de ses comédiens les costumes, accessoires et décors de son théâtre. Ainsi, Jean pouvait préparer des mises en scènes bien plus élaborées et spectaculaires pour ses pièces que pendant la période itinérante. La Compagnie de la Libre Comédie bénéficiait d'une excellente réputation, par la qualité de ses comédiens et la diversité de son répertoire ; aussi, le public était nombreux à chaque représentation, ce qui assurait d'excellentes recettes, au grand plaisir du directeur et de la troupe.
La Compagnie consacrait le reste des journées aux répétitions, mais, chaque jour, les comédiens bénéficiaient de quelques heures de temps libre. Louis profitait de ses périodes de liberté pour visiter les tavernes de la ville, pour y boire, faire bonne chère, et si possible, séduire quelque charmante citadine. Mais il était étroitement surveillé par Madeleine, qui insistait, à son grand dam, pour l'accompagner. Ainsi, elle veillait à ce que son mari ne s'attire pas les ennuis qui n'auraient pu manquer d'arriver s'il avait pu se laisser entraîner par son tempérament . Pendant ce temps, Marie, Jacques et Thierry se rendaient dans les boutiques, les marchés, pour acheter des provisions, et, quand l'opportunité se présentait, un accessoire potentiellement utile à la troupe. Enfin, Jean passait l'essentiel de son temps libre dans sa chambre, et Jacques expliqua à Marie que leur chef profitait du séjour en ville pour écrire de nouvelles pièces, profitant d'une part du calme de sa chambre, et d'autre part du fait qu'il pouvait se fournir aisément en papier, plume et encre, nécessaires à son travail.
Et en effet, une semaine après leur arrivée, Jean demanda à Marie de le rejoindre, afin de lui montrer le manuscrit de la nouvelle farce qu'il venait d'écrire. Il souhaitait qu'elle soit la première à le lire, car il y avait écrit un rôle important spécifiquement à son intention.
La pièce racontait l'histoire d'un riche marchand marié qui cherchait à séduire sa jeune et séduisante servante. Cependant, celle-ci était révulsée par ses avances, et, ne supportant plus l'attitude de son maître, confia son malheur à sa maîtresse délaissée. Celle-ci, toute aussi irritée par son mari, apporta son soutien à la servante et, avec l'aide du frère de celle-ci, se mirent d'accord pour élaborer un stratagème pour se venger du mari indélicat, en lui faisant subir une série d'humiliations.
Pour commencer, la servante feindrait de céder aux avances du mari, et lui donnerait un rendez vous sur la place de la ville à une heure donnée. Mais, alors que le marchand se rendait au lieu de la rencontre, il rencontra un soldat qui lui chercha querelle (en fait le frère déguisé), l'insulta, le frappa, et l'empêcha de continuer sa route, jusqu'à ce qu'il soit trop tard pour rejoindre la jeune fille. Le lendemain, la servante lui reprocha vertement d'avoir manqué le rendez vous. Penaud, le marchand la supplia de lui donner une seconde chance, et la jeune fille, après s'être maintes fois prier, consentit à lui donner un nouveau rendez vous dans une auberge, à condition qu'il vienne vêtu de son plus bel habit.
Cette fois ci, le marchand arriva à temps au rendez vous, et dans l'auberge, proposa à la jeune fille de l'accompagner dans une chambre pour passer un peu de bon temps seuls. Bien sûr, la servante faisait mine d'accepter, mais cachés dans l'auberge, deux brigands observaient le couple (les brigands étant bien sûr le frère de la servante et l'épouse du marchand déguisés). A peine le marchand et la jeune servante étaient installés dans la chambre que les deux brigands, attirés par l'habit somptueux de l'homme, les attaquaient pour les voler. Tandis que l'épouse déguisée (qui bien sûr, ne disait mot) ficelait et bâillonnait la jeune servante, le frère, contrefaisant sa voix, forçait le marchand à se dévêtir de son bel habit, lui volait sa bourse, ses vêtements et même son alliance, le frappait, et, finalement, le ficelait à son tour, ne lui laissant qu'une culotte pour se couvrir. Après le départ des brigands, la jeune fille parvenait à se dégager de ses liens, et couvrit de reproches le malheureux marchand, le blâmant de l'avoir attiré dans ce guêpier, et lui signifiant qu'elle n'accepterait plus jamais le moindre rendez vous de sa part. Puis, elle quittait la chambre, sans aider son compagnon d'infortune, qui dut se libérer lui même, et subir l'humiliation de rentrer chez lui presque nu, sous les quolibets des passants. A son retour, sa femme furieuse lui demanda des explications. Le marchand fut forcé d'avouer à son épouse sa malheureuse aventure, et, à son tour, celle-ci lui révéla la vérité. Le marchand était bien sûr furieux, mais il reconnut qu'il était le premier responsable de son malheur, et la pièce se terminait par la réconciliation des époux.
Marie fut enthousiasmée par le sujet de la pièce, intitulée "La séduction est mauvaise conseillère", et devina que le rôle de la servante lui était destiné, ce que Jean lui confirma. Elle appréciait la forte personnalité de son personnage, qui refusait de se laisser maltraiter et utilisait la ruse pour se défendre et se venger, tout en sachant se servir de son charme pour parvenir à ses fins. C'était de loin le rôle le plus intéressant que Jean lui avait proposé, et elle était impatiente de le jouer. Elle devinait que les rôles du marchand et son épouse reviendraient à Louis et Marie, et que celui du frère serait interprété par Jacques, qui aurait la possibilité d'y mettre à son service tout son art de comique, en modifiant son apparence, son jeu physique et sa voix pour chacun des déguisements prévus dans la pièce.
Jean montra à son tour aux autres acteurs de la troupe sa nouvelle pièce, et tous partagèrent l'enthousiasme de Marie, même Louis, qui avait suffisamment de finesse pour apprécier l'autodérision dans son personnage dont le caractère était fort proche du sien.
Le jour même, la troupe commença les premières répétitions de la pièce, et tous apprirent avec entrain leur rôle ; Jacques, en particulier, mit tout son talent comique au service des scènes où il apparaissait déguisé, et, même pendant les répétitions, ses partenaires ne pouvaient se retenir de rire. L'enthousiasme était tel qu'en une semaine, les comédiens avaient parfaitement appris leurs rôles. Jean annonça alors à son ami le directeur qu'il avait une nouvelle pièce qu'il souhaitait créer dans son théâtre et celui-ci, ravi de pouvoir proposer une oeuvre inédite, accepta de programmer la première pour le lendemain.
La pièce fit un triomphe ; en particulier, les improvisations comiques de Jacques, quand il jouait le frère déguisé, suscitèrent l'hilarité du public ; mais la beauté et l'intelligence du personnage de Marie, et les performances du couple Barnaud, en particulier Louis, qui prenait un malin plaisir à rendre son personnage le plus ridicule possible étaient tout aussi appréciées. Chaque soir, le théâtre faisait salle comble. Le succès fut tel que pendant les semaines qui suivirent, la nouvelle pièce fut la seule farce qui fut programmée en première partie de soirée.
Marie était si heureuse : elle avait mis tout ses efforts au service de ce personnage qu'elle adorait, et elle était récompensée par l'enthousiasme du public. Jean était aussi ravi par ce succès, et, pour récompenser sa troupe, donna à chacun une prime supplémentaire sur les recettes. Marie décida d'utiliser l'argent que Jean lui donna pour acheter, sans en parler à ses camarades, du papier, une plume et de l'encre. En effet, elle avait un grand projet, et elle souhaitait en faire la surprise à ses partenaires.
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