L'école des princesses : chapitre 18

18) L'apprentissage du métier d'actrice

Au cours des semaines qui suivirent, la troupe continue son périple en direction du sud du pays, traversant les bois, les champs et prairies. Jean préparait l'itinéraire avec soin s'assurant toujours que le convoi parviendrait à rejoindre un village, ou, à défaut un hameau ou un gîte avant la tombée de la nuit. Si la troupe faisait étape dans un village, un spectacle était organisé pour la soirée. Sinon, les soirées étaient consacrées à des répétitions réunissant l'ensemble des comédiens.

Pendant cette période , Marie apprit progressivement son nouveau travail et à connaître ses compagnons de route. Jean avait confié à ses acteurs les plus expérimentés, le couple Barnaud, le soin d'enseigner à Marie le métier de comédienne. Malheureusement, pendant les premiers jours, les rapports entre Marie et Louis furent marqués par une profond malaise.

Louis était un remarquable acteur, mais aussi un homme bon vivant, appréciant la bonne chère, la boisson (il dépensait pratiquement toute sa part sur les recettes en vin ou en bière), et les femmes. Or, Marie constata rapidement que sa beauté ne laissait pas le comédien indifférent, et Louis profitait de tous les instants où il était en tête à tête avec Marie pour lui faire la cour. Ses tentatives de séduction plongeaient Marie dans un profond embarras ; elle essayait autant que possible d'éviter ce soupirant importun, ce qui l'empêchait de se former convenablement. Au bout de quelques jours, la situation devint intenable, et Marie se confia à Madeleine, qui lui conseilla de s'adresser à Jean afin de résoudre le problème. Jean connaissait le tempérament cavaleur de son turbulent partenaire, aussi ne fut il absolument pas étonné des complaintes de Marie. Aussi, il convoqua Louis, et lui expliqua fermement que son attitude menaçait l'harmonie de leur groupe, provoquait une profonde détresse chez sa nouvelle recrue et lui signifia clairement que s'il ne cessait immédiatement d'importuner Marie, il prendrait des sanctions, notamment en ne lui versant plus sa part des recettes. Après ce rappel à l'ordre, Louis cessa ses tentatives de séduction, et rapidement leurs relations s'apaisèrent, et Louis se révéla un remarquable pédagogue et, Marie parvint à rapidement faire progresser son jeu d'actrice grâce à ses leçons. De plus, Louis, malgré son caractère volage, aimait profondément son épouse, et Marie appréciait son dévouement envers Madeleine, ce qui contribua encore plus à améliorer leurs rapports.

La jeune fille avait dès le début développé une étroite complicité avec celle-ci. En tant que seules femmes de la troupe, une solidarité naturelle s'était créée entre elles. De plus, Marie admirait la forte personnalité de Madeleine, qui avait réussi à se faire respecter par ses partenaires masculins, en particulier son mari et Jean. Elle ne laissait personne la maltraiter ou abuser de sa confiance sans riposter vivement, et tous dans la troupe craignaient sa colère. Dans son couple, elle imposait son autorité face à son turbulent époux, et, à l'époque où ils vivaient encore avec eux, leurs enfants. Elle  en avait eu deux de Louis, et les avait éduqués d'une poigne de fer; ils avaient quitté depuis longtemps leurs parents à l'époque où Marie avait rejoint la troupe. Les talents de comédienne et de pédagogue de Madeleine n'avaient rien à envier à ceux de son mari, et la jeune fille tira grand bénéfice de ses leçons.

Néanmoins, de tous ses partenaires, c'est envers Jacques que Marie éprouvait la plus grande affection. Elle avait dès son arrivée au sein de la troupe constaté sa profonde gentillesse. Et, au fil du temps, Jacques se révéla un remarquable soutien pour Marie, la réconfortant alors qu'elle souffrait des avances de Louis, ou lorsqu'elle manquait de confiance en elle lorsqu'elle éprouvait des difficultés à assimiler ses leçons de comédie, cherchant toujours à la faire rire quand elle éprouvait de la peine. Jacques ne réservait pas à elle seule sa gentillesse, mais toute la troupe bénéficiait de sa grande générosité de coeur. Lorsque des conflits éclataient entre les comédiens, en particulier les querelles de couple entre Louis et Madeleine, il cherchait toujours à apaiser les situations, et à favoriser la réconciliation. Lors des moments difficiles, il parvenait à remonter le moral de ses partenaires, grâce à son optimisme, et aussi à ses talents comiques. Il avait le don de susciter le rire chez ses partenaires au moment où l'humeur générale était la plus sombre, et ainsi, chassait le découragement au sein de la troupe. De plus, Jacques était toujours prêt à écouter ses compagnons de route quand ceux ci avaient besoin de se confier. Marie éprouvait une profonde gratitude envers Jacques, pour sa gentillesse et son écoute. Elle souhaitait plus que tout être en mesure d'exprimer sa reconnaissance envers lui, mais Jacques ne demandait jamais rien; il affirmait toujours que le bonheur de ses camarades était sa seule récompense.

En revanche, Marie éprouva de très grandes difficultés à tisser des liens avec Thierry. Le jeune acteur était d'un caractère très timide et solitaire, passant le plus clair de son temps à répéter ses rôles ou à s'adonner à une autre tâche pour le bon fonctionnement de la troupe. Il ne parlait que très peu, et ne semblait pouvoir ne se confier qu'à Jacques. Thierry ne semblait sortir de sa réserve que lorsqu'il interprétait ses rôles, et il était surprenant de voir ce jeune homme si timide jouer des rôles de héros courageux, audacieux, fiers, remplis d'assurance et même souvent de morgue. Hors des répétitions, il ne parlait que rarement à Marie, et toujours avec une extrême politesse. Bien que la jeune fille souhaitât vivement mieux connaître son partenaire, elle sentait que le comédien se sentait très mal à l'aise dès qu'il se retrouvait seul avec elle, et finit rapidement par respecter son désir de solitude et de tranquillité. Elle apprit par Jacques que Thierry lui en fut reconnaissant.

Les rôles interprétés par Marie correspondaient au répertoire typique des jeunes actrices : dans les drames épiques, elle jouait essentiellement des princesses, des fées ou des nymphes, tandis que dans les farces, elle interprétait surtout les rôles de jeunes filles dont tombaient amoureux les jeunes héros naïfs interprétés par Thierry. Marie avait bien conscience que ses rôles manquaient de profondeur par rapport à ceux interprétés par ses partenaires, mais elle tenta de donner le plus possible d'épaisseur à ses personnages par son interprétation.

Elle y parvenait d'autant plus facilement que les choix de mise en scène de Jean l'y encourageaient. En effet, lorsque celui-ci écrivait ses pièces, il se contentait de transcrire les grandes lignes de l'action pour chaque scène, ainsi que la caractérisation des personnages, leur évolution au fil de la pièce, et des indications pour leurs répliques. Il souhaitait que ses comédiens développent une empathie pour les personnages qu'ils interprétaient, et puissent d'eux même deviner leurs réactions, leur ressenti, et la manière dont ils s'exprimeraient selon les circonstances décrites dans l'action. Lors des répétitions, il se contentait de donner à ses comédiens un résumé de la scène qu'ils devaient jouer, puis les laissait improviser leur dialogue, se contentant de les corriger et de les guider, afin qu'ils parviennent à retrouver eux mêmes le ton le plus juste et le plus conforme au personnages qu'ils devaient interpréter.

Marie appréciait beaucoup les méthodes de son metteur en scène, qui faisait appel à son intelligence et à ses capacités d'empathie pour améliorer son jeu d'actrice, et lui permettre de donner vie aux personnages qu'il lui confiait. Même si, un jour, elle espérait pouvoir interpréter des rôles plus complexes, elle savait qu'elle devait auparavant maîtriser parfaitement ceux plus simples que que Jean lui attribuait, avant d'aller plus loin. Aussi s'appliqua à donner le meilleur d'elle même pour chaque personnage, même le plus insignifiant.

Ainsi, au bout de quelques semaines, grâce à son travail intensif et le soutien de ses partenaires,  Marie parvint à développer ses talents de comédienne. Ses compagnons étaient impressionnés par la rapidité de ses progrès, et Jean lui attribua progressivement des rôles de plus en plus importants.







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