L'école des princesses : chapitre 17

17) Marie fait ses débuts sur scène

Une heure après leur départ, les voyageurs arrivèrent à l'orée d'un bois. Jean Polequin expliqua qu'ils devaient traverser au plus vite la forêt afin de rejoindre avant le coucher du soleil le village qui constituait leur prochaine étape.

Pendant que la troupe traversait le bois, Jean expliqua à Marie plus de détails sur la vie de leur compagnie. La troupe traversait le pays allant de ville en ville, faisant le plus souvent étape dans des villages ou des hameaux. Leur itinéraire précis variait d'année en année, mais ils prenaient toujours la direction du sud en automne, pour gagner les régions du pays où l'hiver était le moins rigoureux, et reprenaient la direction du nord pour les mois d'été. Les membres de la troupe se relayaient pour conduire les chariots, afin que, pendant les trajets, les autres puissent préparer les représentations du soir. Quand ils ne conduisaient pas les chariots, les comédiens répétaient leurs rôles, vérifiaient le matériel, les costumes, les accessoires, veillaient à leur entretien, et si nécessaire, procédaient à des réparations, des retouches. Quand un accessoire, un costume ne pouvait être réparé avec les moyens disponibles, l'ensemble des membres de la troupe devait être prévenus, afin de prendre les mesures nécessaires. Chacun participait à l'ensemble des tâches, dans la limite de ses capacités. Marie espéra qu'elle pourrait apporter des compétences utiles à la troupe,  grâce aux leçons que Drake lui avait prodiguées et l'expérience professionnelle qu'elle avait acquise lors des trente derniers mois. Elle promit à Mr Polequin qu'elle espérait contribuer de son mieux à la réussite de la troupe. Jean lui répondit qu'il ne doutait pas qu'elle serait à la hauteur de ses attentes.

Finalement, alors que le soleil était sur le point de se coucher, le convoi arriva à l'entrée d'un petit village de bûcherons. Les chariots firent halte au niveau de la place du village, et Jean ordonna aux autres membres de la troupe de commencer à monter la scène, tandis que Marie et lui sillonnèrent le village pour informer les habitants que leur troupe donnerait une représentation ce soir sur la place.
Dans les villages, l'arrivée d'une troupe itinérante constituait toujours un évènement. En effet, elle représentait l'unique occasion pour les habitants de pouvoir assister à un spectacle théâtral. Jean ne douta pas que la plupart des villageois assisteraient à la représentation.

Marie demanda alors à Jean : "Et quel sera le programme, ce soir?
-  Nos spectacles, répondit Jean, durent près de deux heures, et comprennent toujours deux pièces séparées par un entracte ; en première partie de programme, une farce, puis, en deuxième partie, une pièce avec un thème héroïque, tirée d'une légende ou d'un évènement historique important.
Ainsi, nous apportons à notre public le rire, puis l'émerveillement. Pour ce soir, la farce racontera les mésaventures d'un couple tourmenté par un voisin qui ne cesse de les déranger ; quand au spectacle épique, il racontera la légende du combat du prince Eric contre le redoutable géant Surmir.
- Je suis sûre que ce sera un spectacle qui enchantera le public
- Oui ; et ils seront d'autant plus enchantés qu'ils seront les premiers à voir notre nouvelle actrice pour ses débuts sur scène
- V...vous voulez dire, balbutia Marie, que j'apparaîtrai sur scène ce soir? Mais je ne suis pas prête, je n'ai appris aucun rôle. Comment vais-je pouvoir jouer un personnage?
- Ne t'inquiète pas, tu auras un rôle très facile, sans aucun texte ; celui de la fille du roi,, qui consistera simplement à me rejoindre sur scène, prendre ma main, et marcher avec moi vers le héros quand je lui donnerai ta main pour le récompenser d'avoir tué le géant. Même ta timidité et ton trac seront un atout, car le public pourra croire que cela correspond au personnage.
- Je comprends; mais je suis si intimidée à l'idée de me retrouver sur scène devant un public, pour la première fois
- Bien sûr ; mais j'ai spécifiquement préparé ton rôle pour que tu sois à mes côtés pendant toute ton apparition sur scène, et ainsi, je pourrai te soutenir
- Merci; je vous promets de faire de mon mieux"

Et, ce soir là, devant une foule nombreuse pour un si petit village, la représentation commença. Jacques fut irrésistible dans le rôle du voisin importun, et le public fut hilare pendant toute la durée de la farce. Il fut tout aussi impressionnant en jouant, monté sur des échasses, le rôle du géant Surmir, face au héros joué par Thierry. Dans les coulisses, Marie, costumée en princesse, était dévorée par le trac, et quand le roi joué par Jean l'appela, elle dut mobiliser tout son courage pour entrer sur scène. Heureusement, tout se passa bien, et le public applaudit à son entrée.
A la fin de la représentation, les comédiens saluèrent le public qui applaudissait avec enthousiasme. Après avoir salué, Jean s'adressa aux spectateurs
"Merci mesdames et messieurs pour votre bonté. Ce fut un honneur pour nous de nous être produit devant vous. De plus, le spectacle de ce soir était une grande première. Vous avez eu le privilège d'assister aux débuts de notre nouvelle grande vedette, la jeune et belle Marie. Je suis sûr qu'elle aura su vous émerveiller, et elle va passer parmi vous pour recueillir votre hommage"

Jean donna un chapeau à Marie, et lui demanda d'aller vers le public pour recevoir l'argent que les spectateurs donneraient pour la représentation. Le village était pauvre, et ses habitants ne possédaient que peu d'argent. Cependant, la qualité du spectacle (et les beaux yeux de Marie aidèrent aussi un peu) persuada une majorité de spectateurs à mettre un sou ou deux dans le chapeau que tendait Marie. Jean estima d'ailleurs, après avoir compté la somme totale qu'avait apportée la jeune fille, que la recette se révélait fort convenable pour un petit village pauvre comme celui-ci.

Une fois le spectacle terminé, la troupe tout entière démonta la scène, puis rangèrent tout leur matériel dans les chariots. Une fois cela terminé, les comédiens s'installèrent à leur tour dans les chariots, y préparèrent leur couche, et s'y allongèrent pour une brève nuit de sommeil. Dès l'aube, la troupe avait déjà repris la route.

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