Le terrible destin d'Emilie : partie 18
18) Retour de Lisa et annonces au couple royal
(Lisa est la narratrice)
Peu après le départ d'Emilie, Viviane me délivra et je me changeai pour remettre ma tenue de cavalière. Je rejoignis ensuite Pierrot, qui avait pris en charge Anna et le cheval de la princesse depuis notre arrivée dans la clairière. Je montai ma jument et parcourus la forêt, accompagné du garde squelette qui tenait en bride la monture d'Emilie. Lorsque nous arrivâmes à la lisière, Pierrot me confia le cheval et rebroussa chemin pour retrouver ses souverains. Je continuai alors seule ma route pendant une dizaine de minutes et arrivai aux portes d'un village, et je retrouvai le chevalier Roland qui m'y avait attendu pendant tout le temps de la confrontation avec le seigneur Hydras. Mon fidèle serviteur se chargea de conduire le cheval de la princesse pendant le reste du voyage, et nous arrivâmes aux portes du palais royal en fin d'après midi.
(La mère d'Emilie est la narratrice)
Depuis le départ de ma chère fille, l'angoisse n'avait cessé de tourmenter mon âme. Même si Emilie et la princesse Lisa avaient fait de leur mieux pour tenter de nous rassurer, je restait horrifiée à l'idée de voir mon enfant se confronter à des monstres aussi terrifiants. Après tout, je n'avais que leur parole pour m'assurer que ces créatures n'étaient pas hostiles. Qu'allait-il arriver à ma fille? Je n'avais pas la moindre idée du sort qui l'attendait et cette ignorance se révèlait un supplice abominable. Enfin, alors que le soleil commençait à baisser vers l'horizon, les gardes annoncèrent le retour de la princesse Lisa. Celle-ci était accompagnée de son garde, et ils ramenaient le cheval de mon enfant, mais hélas, Emilie n'était plus parmi eux. Pourquoi n'était elle pas revenue ? Que s'était il passé? Je ne pouvais m'empêcher de craindre le pire, aussi je me précipitai hors de mes appartements pour rejoindre la princesse. Je devais absolument savoir ce qui était arrivé à ma fille. Lorsque je la retrouvai, je la pressai de questions sur mon enfant, mais Lisa me répondit qu'elle me révèlerait tout lors d'un entretien privé en présence de mon époux. Je pris mon mal en patience, et nous retrouvâmes ensemble mon mari dans sa salle de travail. Après que nous nous fûmes tous trois installés sur un siège, Lisa prit la parole:
"Vos Majestés, je me doute que vous êtes impatients de recevoir des informations sur votre fille et de découvrir les raisons pour laquelle elle n'est pas revenue avec moi. Sachez que je vais vous donner immédiatement satisfaction. J'ai de bonnes mais aussi de mauvaises nouvelles à vous annoncer à son sujet."
A cet instant, un tourbillon d'émotions envahit mon coeur. Etait il donc arrivé quelque chose de terrible à mon enfant? Néanmoins, tant le ton calme de la voix de Lisa que sa mention de "bonnes nouvelles" parvinrent à quelque peu apaiser mon esprit.
La princesse poursuivit :
"Je commence par le plus important : Emilie est vivante et en bonne santé.
- Oh, merci, merci, madame m'écriai-je, en poussant un soupir de soulagement. Mais dans ce cas pourquoi n'est-elle pas revenue avec vous.
- J'en viens à présent à des nouvelles plus fâcheuses : votre ennemi, le dragon qui vous menace depuis plusieurs semaines, est venu à notre rencontre, et à présent, il retient votre fille prisonnière."
A cet instant, la joie que j'avais ressentie se transforma en un profond sentiment de détresse et d'angoisse. Donc, ma pauvre enfant est tombée entre les griffes de cet abominable monstre! Mon royal époux était tout aussi affligé, mais à sa tristesse se mêlait aussi de la colère:
- Comment? Mon enfant a été capturée par cette immonde créature sans que vous et vos amis n'ayez rien fait pour la protéger?
- Et qu'aurions-nous pu faire, Votre Majesté? protesta Lisa. Croyez vous que moi ou même le chevalier Roland soyons de taille à affronter un dragon? Quant à mon ami Zogshu, vous n'imaginez quand même pas qu'il va combattre à mort un de ses congénères pour rendre service à des humains qu'il ne connaît pas! Les dragons restent solidaires entre eux. Néanmoins, vous avez tort lorsque vous affirmez que nous n'avons pas protégé votre fille. En effet, nous n'avons certes pas combattu le seigneur Hydras, car votre ennemi répond à ce nom, mais nous sommes parvenus à négocier avec lui.
- Négocier? s'exclama mon époux stupéfait. Que voulez vous dire? Comment peut on négocier avec un tel monstre?
- Justement, en ne le traitant pas comme un monstre, mais en faisant preuve d'une ouverture d'esprit suffisante pour le considérer comme un interlocuteur potentiel, répondit Lisa d'une voix sévère. Et c'est précisément parce que je compte comme ami le dragon Zogshu que le seigneur Hydras a consenti à nous écouter.
- A vous écouter? retorqua mon mari d'un ton sarcastique. Cela ne l'a pas empêché de s'emparer de mon enfant.
- Certes, mais nous sommes parvenus à obtenir de lui qu'il ne fasse pas de mal à Emilie. Et il ne tient qu'à vous pour que votre fille reste vivante et en bonne santé.
- Il ne tient qu'à moi? répondit le roi d'un ton stupéfait. Qu'est ce que cela signifie?
- Que le seigneur Hydras m'a chargée de vous transmettre ses revendications. Elles se résument en une phrase : il exige l'arrêt de toutes les activités humains dans la forêt située au nord est de votre royaume. D'une part, il veut que vous empêchiez tout déboisement de la part de vos sujets, et d'autre part, vous devez mettre fin aux chasses royales qui s'y déroulent.
- Comment? protesta mon mari indigné. Je ne vais quand même pas laisser ce monstre immonde me dicter la manière dont je dois gérer mon propre royaume! Et en plus, il prétend m'empêcher de chasser?
- Mon ami, je vous en prie, suppliai-je d'une voix éplorée. N'oubliez pas qu'il tient notre enfant en otage. Je vous en conjure, ne réveillez pas la colère de notre ennemi, et, par amour pour moi et pour elle, oubliez votre orgueil, et acceptez ces conditions. Croyez vous que nous ayons le choix?"
Je constatai avec soulagement, en voyant ses traits se détendre quelque peu, que mes larmes et ma détresse étaient parvenues à calmer la furie de mon époux. Résigné, celui-ci s'adressa à la princesse :
"Bien madame. Je prendrai les mesures nécessaires afin d'empêcher tout habitant de mon royaume de pénétrer dans la forêt. Mais quelles garanties avons nous que ce seigneur Hydras respectera sa part du marché?
- Mes amis et moi y veillerons, en tant que médiateurs du conflit qui vous oppose au dragon. A ce propos, Votre Majesté, je souhaiterais à présent aller à la rencontre des serviteurs de votre fille. En effet, celle-ci m'a transmis une liste d'effets dont elle aura besoin lors de sa captivité, et elle m'a chargée de les lui chercher."
J'avoue que j'étais quelque peu éberluée d'entendre la princesse évoquer l'emprisonnement de ma fille en discutant aussi sereinement de détails pratiques. Néanmoins je devinai qu'elle n'avait d'autre intention que de veiller à son bien être, aussi, je la dirigeai vers les appartements de mon enfant et j'ordonnai à ses serviteurs de suivre ses instructions.
Une heure et demie plus tard, Lisa nous rejoignit, mon époux et moi dans nos appartements privés.
"Vos Majestés, les affaires de votre fille sont prêtes. Néanmoins, du fait de l'heure tardive, je ne pourrai les lui faire apporter que demain matin. De plus, je vous annonce aussi mon départ pour le même jour, car à présent, la tâche que je devais accomplir en ces lieux est achevée. Néanmoins, je vais continuer à suivre votre affaire de près, et je vous assure que je veillerai à ce que vous soyez informés au plus vite des derniers développements. A présent, permettez moi de me retirer."
Mon mari prit acte de la décision de la princesse qui nous quitta quelques instants plus tard. Néanmoins, quelques minutes après son départ, je sortis à mon tour et courus la rejoindre dans les appartements que nous lui avions réservés en tant qu'invitée. Je frappai à sa porte :
"Madame, me permettez vous d'entrer, je vous prie?"
La princesse y consentit, et me reçut dans ses quartiers avec la grande amabilité qui la caractérisait :
"Votre Majesté, qu'est ce qui me vaut l'honneur de votre visite?
- Madame, je vous prie de pardonner la colère de mon époux. Sachez que j'ai bien conscience de tous les efforts que vous avez fournis pour venir en aide à mon enfant, et que je suis certaine qu'elle serait peut être morte si vos amis et vous-même n'étiez pas intervenus. Aussi, je tenais à vous exprimer ma plus profonde gratitude, et vous assurer que, en dépit des apparences et de la colère qu'il a exprimée tantôt, mon époux éprouve lui aussi de la reconnaissance envers vous pour tout ce que vous avez fait pour notre famille.
- Je vous en prie, tout le plaisir est pour moi. Cela dit, je suis touchée par votre geste.
- Je vais à présent vous laisser prendre un peu de repos. Nous nous retrouverons pour le souper"
La soirée se déroula sans incident notable. Le lendemain, Lisa nous fit ses adieux et quitta le palais en compagnie du chevalier Roland, emportant avec elle une malle contenant les affaires qu'elle devait apporter à Emilie. Mon époux et moi-même avions bien conscience que notre fille n'était pas encore tirée d'affaire. Néanmoins, nous pouvions continuer à garder espoir car nous savions à présent qu'elle disposait d'alliés à ses côtés qui veillaient sur elle dans la terrible épreuve qu'elle endurait.
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