Le terrible destin d'Emilie : partie 15
15) Confrontation entre Emilie et le seigneur Hydras : partie 1
Tandis que l’heure fatidique approchait, je mesurai l’immense dette que j’avais envers Lisa et ses amis. Avant leur arrivée, j’avais imaginé cette journée comme celle au cours de laquelle je vivrais mes derniers instants toute seule, solidement attachée pour éviter toute fuite, tout en me lamentant d’une existence bien trop brève et attendant dans la terreur l’arrivée de l’horrible monstre qui devait me tuer. Or, depuis, la situation avait complètement changé. Certes, j’attendais toujours mon ennemi liée à un arbre et la peur restait présente dans mon âme. Mais celle-ci était sans commune mesure avec celle que j’avais imaginé initialement, car j’étais entourée et soutenue par tout un groupe d’alliés, dont la princesse Lisa, des souverains étrangers et même un autre dragon. De plus, je connaissais le nom de mon adversaire et j’avais établi un premier contact avec lui, et à présent, j’étais persuadée que je survivrais à cette terrible épreuve. Aussi, à mon appréhension se mêlait la curiosité de faire plus ample connaissance avec le mystérieux seigneur Hydras.
Enfin, j’entendis un bruit qui évoquait le battement d’ailes gigantesques, et, en levant les yeux je vis une vaste créature bleu sombre qui se préparait à se poser devant l’arbre auquel j’étais attachée. Je reconnus immédiatement le seigneur Hydras. Il se révélait tout aussi impressionnant aujourd’hui que lors de la fatidique journée au cours de laquelle il avait fait son apparition dans mon royaume. Néanmoins, grâce à mes rencontres avec le seigneur Zogshu j’avais été préparée à faire face à un dragon, aussi, je parvins à rester impassible lorsqu’il se posa face à moi. D’autant que cette fois, je ne lus plus dans son regard de la haine ou de la colère, mais plutôt de la curiosité. A cet instant, le seigneur Hydras prit la parole d’un ton empli de politesse :
« Bonjour madame Emilie
- Bonjour, seigneur Hydras, répondis-je tout aussi poliment
- Je constate avec satisfaction que vous avez fort bien appris les règles de savoir-vivre qu’une princesse humaine doit suivre lorsqu’elle doit faire face à un dragon, continua-t-il d’un ton amusé. Néanmoins, je devine aisément que vous préférerez poursuivre cette confrontation dans des conditions un peu plus confortables.
- Je n’oserai point vous contredire, seigneur. » répliquai-je en me retenant de rire à ma plaisanterie.
Viviane approcha alors de l’arbre pour me détacher. Tandis qu’elle me débarrassait de mes liens, le seigneur Hydras s’adressa à Lisa :
« Bonjour madame. Je suis fort honoré de vous rencontrer. Zogshu m’a beaucoup parlé de vous en des termes fort élogieux, et je n’aurais jamais cru qu’une humaine puisse susciter une telle admiration de la part d’un dragon. Aussi, j’étais fort curieux de faire votre connaissance, afin de découvrir de mes yeux une telle personne.
- Vous me flattez, seigneur Hydras, répliqua Lisa d’un ton un peu embarrassé. C’est Zogshu qui m’honore de son amitié, et je ressens une grande fierté qu’il m’ait accepté comme sa princesse captive.
- Quoi qu’il en soit, vous êtes tous deux invités à assister à mon entretien avec madame Emilie, puisque c’est en partie grâce à vous que j’ai pu croire à un dialogue possible avec des humains.
Lisa et Zogshu donnèrent tous deux leur accord. De mon côté, j’avais enfilé mes bas, mes bottes et ma veste de cavalière avant de rejoindre la table qui avait été installée dans la clairière. Roderick et Viviane était déjà installés à ma gauche chacun ayant une plume, de l’encre et du papier devant eux. Je devinais qu’ils se chargeraient de consigner le compte rendu de cet entretien. Bientôt le seigneur Hydras se plaça face à moi. Quelques instants plus tard, nous fûmes rejoints par Zogshu et Lisa, celle-ci portant toujours sa robe blanche ainsi que des fers au poignets. Tous deux se placèrent à ma droite.
Je me décidai à prendre la parole :
« A présent, seigneur Hydras, je suis prête à vous écouter.
- Madame Emilie, commença le seigneur Hydras d’un ton qui me surprit par sa sévérité, comme vous le savez, je suis venu devant vous et votre famille quelques semaines auparavant afin d’exiger à ce que vous me soyez livrée, faute de quoi je détruirais votre royaume. Sachez que mes intentions n’ont pas changé. C’est la raison pour laquelle je vais au préalable vous demander officiellement votre reddition.
Je ne puis cacher ma stupeur
- Attendez un instant, seigneur Hydras, je ne comprends pas. Je croyais que vous aviez consenti à dialoguer avec moi. N’est ce pas un étrange procédé de commencer des négociations en exigeant immédiatement que je devienne votre prisonnière?
- Madame, répondit le dragon, si je n’étais pas disposé au dialogue, je vous aurais déjà emportée avec moi au lieu de discuter avec vous devant cette table. Il est possible que si vous aviez été la souveraine de votre royaume, j’aurais pu éviter d’en venir à de telles extrémités. Malheureusement, à présent, c’est votre père qui règne à présent, et je considère comme nécessaire de me placer en position de force face à lui. C’est pourquoi je demande à ce que vous deveniez mon otage avant de révéler les raisons qui motivent mes actions. De toute façon n’étiez vous pas prête à sacrifier votre vie pour sauver vos sujets? Or, à présent, je n’exige plus que votre liberté.
- Seigneur Hydras, avant de vous donner ma réponse, puis-je demander l’avis des représentants de la forêt interdite, qui sont présents pour arbitrer nos négociations?
- J’y consens. »
Je m’adressai au seigneur Roderick pour lui demander conseil :
« Madame, me répondit-il, Zogshu et moi avons longuement discuté avec le seigneur Hydras, et nous sommes persuadés que son exigence de vous prendre en otage n’est pas motivée par une pure cruauté de sa part. De plus n’oubliez pas que nous ne pourrons pas tirer au clair cette affaire tant qu’il ne nous aura pas révélé les motivations derrière ses actions. De plus, admettez que son raisonnement se tient. Vous n’êtes pas en position de résoudre le conflit qui l’oppose à votre royaume. C’est la raison pour laquelle nous vous conseillons de vous rendre.
- A vous entendre, j’en viens à douter de votre impartialité puisque vous paraissez approuver son ultimatum.
- Certes madame, mais de notre côté, nous pouvons demander des garanties afin de veiller à votre bien être durant votre captivité. Seigneur Hydras, si la princesse Emilie devient votre otage, convenez vous qu’elle doit être bien traitée et que vous avez la responsabilité d’assurer sa sécurité?
- Bien évidemment, seigneur Roderick. D’autant que n’étant pas habitué à prendre en charge les besoins d’une humaine, votre aide se révèlera précieuse.
- Et vous consentez à ce que Viviane , Lisa, Zogshu ou moi-même lui rendions régulièrement visite afin de prendre de ses nouvelles et nous assurer de sa santé et de son moral?
- Je n’y vois aucun inconvénient.
- Enfin, vous acceptez que vos engagements soient consignés sur un acte écrit dont Viviane et moi-même serons les dépositaires?
- Bien sûr »
En écoutant ce dialogue, je réalisai que Roderick et ses amis restaient mes alliés. De plus, je comprenais bien que le seigneur Hydras n’aurait jamais accepté de telles conditions, notamment des visites de Zogshu qui était largement de taille à l’affronter, s’il avait eu le projet de me garder prisonnière afin de jouir abusément de son pouvoir sur moi. Se pouvait il que ses cruelles actions étaient motivées par de nobles intentions? J’avais à présent des raisons objectives d’y croire. Et de toute façon, je n’avais guère le choix : je devais me livrer au dragon afin de protéger mes sujets. Aussi, j’acceptai à mon tour de consigner par écrit ma reddition.
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